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Le Voyage de Chihiro
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Générique

À partir de 8 ans, du CE2 au CM2.

Japon, 2001, 2h02, dessin animé, couleur, version française.
Titre original : Sen to Chihiro no Kamikakushi.
Traduction littérale : la mystérieuse disparition deSen et Chihiro.
Réalisation: Hayao Miyazaki.
Scénario : Hayao Miyazaki.
Production : Toshio Suzuki (Studio Ghibli).
Directeur de l’animation : Masashi Andô.
Directeur artistique : Yoji Takeshige.
Musique : Joe Hisaishi.
Distribution : Buena Vista.
Prix : Ours d’or, Festival de Berlin, 2002 ; Oscar du film d’animation 2002.

Résumé

Chihiro est une petite fille de dix ans, grincheuse et gâtée, recroquevillée à l’arrière de la voiture de ses parents. Ils approchent de leur nouvelle maison, et elle est triste de quitter sa vie d’avant. Par erreur, s’étant engagés dans une « forêt obscure », ils se retrouvent dans un parc de loisirs abandonné. Par goinfrerie, ayant perdu la « voie droite », le père et la mère sont magiquement transformés en cochons. Chihiro est alors brutalement embarquée dans un cauchemar incompréhensible au royaume des ombres. Elle devient l’humble travailleuse, d’abord clandestine puis sous contrat – mais la patronne est une sorcière diabolique – d’un immense établissement de bains anachronique, qui œuvre au repos temporaire des innombrables esprits de la nature de la tradition shintoïste. Rien n’est normal dans cet univers tantôt sous - et tantôt sur-humain, sauf les règles de la vie en communauté, du travail, de la solidarité, de l’amitié et de l’amour qui, elles, sont rigoureusement celles de notre monde, et que Chihiro apprend très vite et très rudement. Elle parvient à ne pas se laisser réduire, et à conserver son intégrité et sa mémoire alors que son nom même lui est dénié. C’est de cette manière qu’elle se sauve elle-même et parvient à racheter la métamorphose infamante de ses parents, retrouvés au finale comme si rien n’avait eu lieu (… que le lieu lui-même et son animation, dans toutes ses possibilités d’aventure).

Note d'intention

Le Voyage de Chihiro est sorti au Japon en juillet 2001 et a battu le record absolu d’entrées pour un film, au Japon, depuis l’invention du cinéma : plus de vingt-trois millions de spectateurs. Il a reçu, entre autres, l’Oscar du film d’animation et il est le premier film d’animation à avoir reçu l’Ours d’or au Festival de Berlin. Cela n’était jamais arrivé depuis sa fondation en 1952 ; au Japon, l’événement a fait la une de tous les journaux.
Ce film est ainsi, comme le dit avec raison Wanatabe Yasuchi, spécialiste japonais du cinéma d’animation, « la marque d’une prise de conscience internationale de l’incroyable degré de qualité atteint par l’animation japonaise depuis l’après-guerre. »

Mots clé

Parents/enfants, métamorphose, envol, monstre, labyrinthe, invisible, disparition, dragon, étrange, animal, fabuleur, dessus-dessous, nourriture

Ça sent l’humain ou La divine comédie humaine

Le Voyage de Chihiro Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Hervé Joubert-Laurencin

 

 

Dante, avec La Divine Comédie (dont Le Voyage de Chihiro estdu reste un pastiche), a décrit sous la forme d’un long poème le voyage, aller et retour, d’un humain au royaume des morts, créant ainsi, dans l’Italie médiévale, l’une des plus immenses fantasmagories de l’histoire de la culture. Balzac, dans le Parisdu XIXe siècle, a décidé d’appeler son œuvre romanesque fleuve La Comédie Humaine. Hayao Miyazaki a dessiné, dans le Japon du XXIe siècle, une œuvre d’une semblable ambition, et d’une semblable modestie dans la description, pas à pas, des comportements humains, au croisement des deux premières : une Divine Comédie humaine, qui ne pouvait être qu’un Dessin animé de long métrage, puisque l’histoire la plus simple de l’être humain y est contée à travers tantôt ce qui le tire vers l’animalité et tantôt ce qui le dépasse, deux conditions figurables mais sans référents dans le réel.

De Porco à Chihiro : des cochons aux dieux
Dire d’un personnage dégoûtant qu’il est un porc est une chose ; cela peut être une métaphore. Le montrer animalisé par une peinture à la Jérôme Bosch ou à travers un film par un effet de montage ou un trucage, plus ou moins « invisible » (traditionnel ou numérique), en est une autre. Cela peut devenir une métamorphose fantastique. Dessiner les mouvements d’un porc habillé en humain est tout différent, car un dessin animé d’un assez long métrage crée un monde de substitution au-delà du désir humain. Métaphore et métamorphose ne sont plus que des prétextes de départ à la formation d’un univers cohérent, dans lequel le spectateur accepte ou pas d’entrer, mais où, une fois entré, un porc équivaut à un radis blanc ambulant, une grenouille parlante à des limaces femmes de chambre, des batraciens contremaîtres à des dragons blancs, des dieux poussins à des hommes-têtes ou des fantômes noirs, une lanterne piétonne à un bébé géant et une petite fille à des boules de suie sautillantes (cet inventaire pour tenter de dresser une première liste des êtres apparaissant dans Chihiro, à l’exception des deux figures de la maîtrise de l’univers : Yubaba la sorcière, équivalant au producteur du film et Kamaji aux bras ballants, représentant l’animateur au travail, c’est-à-dire Miyazaki lui-même). Hayao Miyazaki avait déjà admirablement exploré cette voie étrange du cinéma avec Porco Rosso (Japon, 1994), au titre explicite. Dans ce film, le protagoniste était un aviateur humain à tête de porc, mais aussi une énigme ambulante car évoluant naturellement au milieu des autres humains, tous traités de la façon la plus réaliste possible pour un dessin animé moderne. L’énigme de la tête porcine de Marco Pagotto alias Porco trouvait, dans le film, sa solution poétique – pas exactement son explication – avec un récit et des images que l’on retrouve inversées, du côté positif des forces de vie, dans Chihiro. Coupable d’avoir transformé la beauté gratuite et d’ordre quasi divin des premiers vols humains aéronautiques en une sauvage et avilissante action guerrière pendant le conflit de 1914-19185, le héros avait vu sa face porter la trace de cette faute après un mystérieux voyage en avion chez les morts, au-dessus d’une mer de nuages. Ce n’est qu’une « Grande Illusion » de croire qu’on est un héros chevaleresque quand on fait la guerre en avion : on n’est qu’un porc ; le héros a donc attrapé une tête de porc comme Pinocchio des oreilles d’âne pour s’être comporté comme un fainéant. Dans Chihiro, le motif de la mer de nuages réapparaît au point culminant de l’amour entre les deux innocents, Haku et Chihiro : séquence 14, cinq minutes avant la fin du film. Dans ce bref moment hors du temps, paradisiaque dans Chihiro mais infernal dans Porco Rosso, l’aviateur voyait, loin au-dessus de sa tête, avec stupéfaction, une immense nuée blanche, une sorte de Voie lactée qui, de plus près, se révélait constituée de milliers d’avions avec leurs pilotes morts à la guerre, en train de partir au ciel. La nuée blanche serpentine devient, dans Chihiro, le motif classique du Haku Ryu, le grand dragon blanc de la mythologie japonaise : esprit de la rivière polluée lorsqu’il repart purifié des Bains d’abord, Haku ensuite, esprit d’une rivière également victime de l’urbanisation (nous apprenons qu’elle a été recouverte). Chihiro constitue donc, par rapport à Porco Rosso, un stade supérieur dans la création d’un univers paradoxal, en même temps que le film de 2001 semble reprendre celui de 1994 à la source, en inventant une sorte de développement de sa scène primitive antérieure au récit. Chihiro, en effet, se débarrasse assez vite de la fonction parentale en faisant vivre au père et à la mère, dans l’histoire du film, l’aventure pré-filmique de Porco : la métamorphose en cochon. Seule leur fille pourra les empêcher (et éviter elle-même !) de devenir de nouveaux adultes dénaturés.

Analyse de séquence

Extrait vidéo provenant du site image
Cet extrait correspond à l'analyse de séquence du Cahier de notes, "Passage interdit ou quand elle eut dépassé les fantômes, le pont vint à sa rencontre" par Hervé Joubert-Laurencin, p.24

 

 

 

 

 


Petite bibliographie

Livre illustré sur le film
Le Voyage de Chihiro, Milan, 2002

Le cinéma d’animation japonais
Il n’existe pas d’ouvrage de référence en français sur le cinéma d’animation japonais. Voir cependant, en plus des articles des revues de cinéma classiques sur Le Voyage de Chihiro (faciles à trouver : sortie française en avril 2002) :
Animeland, hors série n°3 sur Isao Takahata, Hayao Miyazaki et le studio Ghibli, Paris, janvier 2000.
-– Catalogue du festival Nouvelles images du Japon, Forum des images, Paris, 2001 (invitation de Hayao Miyazaki).
Catalogue de la rétrospective Aux sources de l’animation japonaise des années 20 aux années 50, Maison de la Culture du Japon à Paris, Paris, novembre 2002 (texte de synthèse par Watanabe Yasuchi).
Cahier de notes sur Gauche le violoncelliste (repères chronologiques de l’animation japonaise, historique du studio Ghibli et du compagnonnage de Miyazaki et Takahata, par Ilan Nguyên et Xavier Kawa-Topor.)

Petite sélection de sites internet
Sur Le Voyage de Chihiro, Miyazaki, le studio Ghibli :
http://nausicaa.net/ (en anglais)
directement sur Miyazaki : http://www.nausicaa.net/miyazaki/ghiblink/
directement sur le film : http://nausicaa.net/miyazaki/sen/
http://www.onlineghibli.com/ (en anglais)
http://www.buta-connection.net/ (en français)
http://www.oomu.org/ (en français)
http://www.zoomavant.com/dossier/02/chihiro/itw.htm (en français) : entretien avec Miyazaki (issu du dossier de presse) et autres entrées sur le film.

Sur la civilisation japonaise :
Un dictionnaire en ligne des kanjis de l’écriture japonaise : http://kanji.free.fr/
Le site de l’ambassade du Japon en France : http://www.fr.emb-japan.go.jp/
Sur ce site, voir notamment un rapport sur les évolutions de la politique éducative du Japon :
http://www.fr.emb-japan.go.jp/brief/01-0051education.html

 

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