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Générique
À partir de 8 ans, du CE2 au CM2
Wu Tian-Ming, Chine, 1995, couleurs.
Titre original : Bian Lian (changement de masques)
Scénario et dialogues : Wei Minlung
D’après une nouvelle de Chan Makwal
Directeur de la photographie : Mu Dayuan
Montage : Hui Yuiuan
Décors : Wu Xujing
Musique : Zhao Jiping
Interprétation :
Le Roi (Wang) : Chu Yuk
Gouwa : Chao Yimyim
Maître Liang : Zhao Zhigang
Tianci : Zhang Rhuitang
Sortie en France : 8 avril 1998
Distribution : Cinéma Public Films
Ce film a reçu plus de 30 récompenses. Acteurs et réalisateur ont été distingués dans les festivals du monde entier, d’Istanbul au Canada, en passant par la Pologne. Il a été remarqué notamment comme meilleure co-production aux Huabiao Awards. Il a reçu le prix du meilleur film en 1997 au Festival de Venise.
Résumé
En Chine, au début du 20ème siècle, Wang parcourt la région du Sichuan sur sa modeste embarcation. Ce vieil homme est « le roi des masques ». Il sait, en un éclair, faire se succéder les masques de soie qu’il porte sur son visage. C’est ainsi qu’il gagne sa vie, accompagné de son singe Général. Mais il se fait vieux et il a peur de mourir, sans avoir transmis son art à un héritier mâle. Encouragé par un autre artiste, Maître Liang, il se décide à acheter un petit-fils, Gouwa. Wang commence alors l’apprentissage de son élève, le conduisant aux représentations de Maître Liang. Mais tout bascule quand on apprend que Gouwa n’est qu’une fille. Touché malgré lui par le désespoir de Gouwa qui ne veut pas être vendue pour la huitième fois, Wang la garde comme servante et lui apprend à faire des acrobaties. Mais le destin s’acharne sur nos deux personnages. La fillette devra quitter Wang et retombera dans les griffes de son ancien vendeur. Wang, lui, sera accusé injustement de vol d’enfants. Pourtant, grâce à l’aide de Maître Liang et à l’amour et la volonté de Gouwa, le grand-père et la fillette se retrouveront. Mieux encore : le roi des masques acceptera de transmettre son secret à Gouwa.
Note d'intention
Petite sœur de cinéma de Paï (autre film du catalogue École et cinéma), Gouwa est la figure marquante et émouvante du Roi des masques. Tout au long du film, la petite héroïne têtue et courageuse, n’aura de cesse de vouloir imposer son statut de fille dans le monde du spectacle où la tradition veut que le secret d’un art ne soit transmis qu’à un héritier mâle. Véritable plongée dans le monde du spectacle de rue et de l’opéra, le spectateur peut penser dans un premier temps qu’il ne s’agit que d’une histoire de transmission. Quand on apprend que Gouwa est une fille, l’enjeu du film prend une dimension plus humaine et morale. En effet, une fille chinoise est peu considérée dans la Chine des années 30. Le cinéaste fera subir à ses personnages plusieurs épreuves qui leur apprendront à dépasser préjugés et coutumes injustes. Leur amour de l’opéra leur donnera la clé du bonheur.
Mots clé
Acrobatie, apprentissage, argent, au feu !, au fil de l'eau, chevelure, courage, garçon vs fille, grand-père, opéra, pauvreté, sauvé de la noyade
Point de vue du
Cahier de notes sur...
écrit par Marie Omont
Le Roi des masques met en scène une tradition chinoise ancestrale : l’opéra. Deux personnages incarnent deux grandes écoles : l’acteur Maître Liang celle de l’opéra de Pékin et Wang celle de Sichuan. Le film de Wu Tian-Ming interroge la responsabilité de l’artiste face aux injustices de la société. Comment dépasser les vieux adages, les crispations traditionnelles, les superstitions archaïques ? Comment - pour reprendre l’image de Liang -apporter un peu de chaleur sur cette terre froide ? En artiste chinois, Wu Tian-Ming use du détour pour mettre en jeu la place de l’art dans le monde.
Mise en scène pudique et dynamique de la misère
La forme la plus avancée du cinéma doit être une combinaison de réalisme et de romantisme, et cette combinaison doit être ORGANIQUE. Faute de quoi, on aura un produit bâtard. Voilà sans concession l’idéal que Wu Tian-Ming formulait en 1988 et qu’il semble bien avoir réalisé avec Le Roi des masques.
Le sujet du film est poignant : comment le vieux maître des masques parviendra-t-il à accepter de transmettre son art à un enfant acheté qui n’est rien qu’une fille ? Wu Tian-Ming se fait ici le témoin d’une tradition chinoise qui perdure à l’heure actuelle : « bian lian », l’art des masques, ne se transmet au grand jamais à une fille. Ce thème, il l’aborde de façon réaliste mais également poétique. Le cinéma chinois de la Quatrième génération dont Wu est un éminent représentant ne se permet d’aborder les problèmes sociaux qu’avec la distance du film historique. Nous sommes donc au début du siècle, dans une période troublée, inquiète et pauvre, où la vente d’enfants est monnaie courante, si l’on peut dire. La séquence du marché aux enfants (séquence 5) est caractéristique de son traitement du réel : poétique mais sans concession. Nous ne savons pas
exactement où se déroule l’action : le montage – par un fondu enchaîné -– nous conduit d’emblée au coeur de cet espace insolite. Wang est abordé immédiatement par une enfant qui lui
offre ses services comme servante. Elle se jette à ses pieds. Dure réalité de cette époque : pour assurer un avenir à ses enfants, on les donnait ou vendait comme domestiques. La caméra suit
le vieil homme mais dans la profondeur de champ s’esquissent d’autres destins tragiques : les enfants sont transportés, poussés, tirés, vendus. La bande-son résonne de cris, de plaintes. Wang traverse cet espace, comme gêné d’en arriver à se trouver là. L’espace fermé est éclairé par le haut, le sol recouvert de paille : atmosphère poussiéreuse. Les divers personnages passent devant la caméra : Wu Tian-Ming n’appuie sur aucun détail, c’est sans pathos qu’il nous laisse entrevoir cette dure réalité. Sous le regard affligé de Wang, nous suivons au premier plan une femme qui peine à laisser sa fille à celui qui l’emporte. Aucune larme, aucun cri : le renoncement de la pauvreté. Alors qu’il se dirige vers la sortie après avoir refusé d’acheter deux pièces un nouveau-né, il est interpellé : « grand-père! ». Déjà sur le seuil, il va sortir enfin vers la lumière. Il se retourne et, pour la première fois, est cadré en gros plan. En contrechamp, nous découvrons Gouwa, au centre du plan et dans un puits de lumière. Là encore, la caméra reste pudique, en plan moyen. Mais la musique nous révèle l’instant magique. Suivent deux plans des visages des personnages, en champ/contrechamp. Celui de Wang est éclairé par la lumière
venant de la rue et celui de Gouwa par le puits de lumière qui la surplombe. Voilà comment l’on quitte le réalisme pour amorcer une rencontre. En travelling latéral, la caméra accompagne Wang qui se dirige en silence vers l’enfant. Les bruits du marché ont cessé dans la musique. Il se baisse jusqu’à l’enfant et se trouve lui aussi dans le puits de lumière, comme dans une sorte de révélation. Mais ce n’est pas l’enfant qui répondra à ses questions : un homme est entré dans le champ qui cache Gouwa et l’exclut.
Analyse de séquence
Extrait vidéo provenant du site image
Cet extrait correspond à l'analyse de séquence du Cahier de notes, par Marie Omont, p.22
Petite bibliographie
Sur le net
http://www.chinacinema.fr : présentation et entretien avec Wu Tian-Ming
http://fr.ulike.net/clubs/film : chercher le film pour voir une vidéo d’un spectacle de changement de masques (vous en trouverez d’autres sur Youtube en tapant « bian lian ».
http://www.icilachine.com/cinema/films/1243-le-roi-des-masques-de-wu-tianming.html : analyse et informations sur le film (visible en chinois non sous-titré).
www.arsinica.net : Créée en 2003, l’association Arsinica est l'un des acteurs principaux des échanges cinématographiques entre l'Europe et la Chine.
Dossiers sur le film
http://cinegamin.free.fr/pages/docpeda/pdf/roimasq/roi.pdf
http://www.abc-lefrance.com/fiches/Roidesmasques.pdf
Le Roi des masques, dossier « Collège au cinéma », édité par le CNC.
Année de parution 2001, auteurs du document : Luc Bossi et Joël Magny.
Le film est entré dans le dispositif Collège au cinéma en 1999/2000 et sorti en 2006/2007.
Filmographie et résumés des films
Festival de la Rochelle, cahier n°6, 1985 (« La vie »).
Festival des 3 continents de Nantes, du 27 novembre au 4 décembre 1984 (« la rivière sauvage »).
Neuvième Festival des 3 continents de Nantes, du premier au 8 décembre 1987 (« Le vieux puits »).
Le studio Xi’an
Cahiers du cinéma, numéro 404, de février 1988, article de Jean-Paul Aubert, « Xi’an, toujours au centre ».
Cahiers du cinéma, numéro 427 de janvier 1990, entretien avec Bérénice Reynaud.
Neuvième Festival des 3 continents de Nantes, du premier au 8 décembre 1987, entretien avec Wu Tien Ming.
Le cinéma chinois
Le cinéma chinois, sous la direction ed Marie-Claire Quiquemelle et Jean-Loup Passek, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1985.
Nouvelles Chines, Nouveau cinémas, Bérénice Reynaud, Éditions Cahiers du cinéma, 1999.
Le Cinéma asiatique, Antoine Coppola, Éditions de L’Harmattan, 2004.
L’opéra chinois
Le théâtre en Chine, Tseng Yong-yi, Picquier, 1990.
Théâtre en Orient, par Ma Hia-Tsin dans L’Histoire des spectacles, encyclopédie de la Pléiade, 1965.
Promenade au jardin des poiriers, l’opéra chinois classique, Jacques Pimpaneau musée Kwok on, 1983.
Pensée chinoise
Le détour et l’accès, stratégies du sens en Chine, en Grèce, François Jullien, 1995, Points Essais.
Grammaire de l’objet chinois, Michel Culas, Éditions de l’amateur, 1997.
Un barbare en Asie, Henri Michaux, 1933, Éditions Gallimard, collection L’Imaginaire.
Chine, peuples et civilisation, sous la direction de Pierre Gentelle, La découverte/poche, 2004






