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Génériques et résumés

Programme constitué de 5 courts métrages

À partir de 8 ans, du CE2 au CM2

Distribution : Les films du Paradoxe

Regards libres

Romain Delange, 2005, France, 35 mm, couleur, 11 minutes
Réalisation : Romain Delange
Image : Nicolas Loir
Son : Antoine Ouvrier
Montage : Jean-Baptiste Beaudoin
Musique : Frédéric Ozanne
Production : Les Films du Cygne
Résumé : Des enfants observent, commentent et critiquent un tableau. Le spectateur, lui, imagine.

Petite lumière

Alain Gomis, France, 2002, 35 mm (super 16), couleur, 1,85, dolby SR, 15 minutes
Scénario et réalisation : Alain Gomis
Image : Aurélien Devaux
Son : Alioune Mbow
Montage : Fabrice Rouaud
Musique : Patrice Gomis, Constance Barrès
Interprétation : Fatima / Assy Fall, Alloune / Djolof Mbengue, Le père / Thierno Ndiaye Doss, La mère / Awa Mbaye, Antou / Coumba Diamanka, Marie-Louise / Fatou Diouf
Production : Mille et Une Production
Résumé : Dakar, Sénégal. Fatima, une petite fille de 8 ans, observe attentivement la lumière qui s’allume et s’éteint lorsqu’elle ouvre et referme la porte du réfrigérateur. Est-ce que le frigo reste allumé quand la porte est fermée ? Cette question initiale déclenche une série d’interrogations plus larges sur l’existence du monde. Fatima se met à regarder et écouter différemment tout ce qui l’entoure : les bruits de la ville, les passants dans la rue mais aussi ses proches qui ne comprennent pas toujours ses rêveries. Elle ferme les yeux et se demande si les gens existent encore quand elle ne les voit plus. Elle écoute les bruits autour d’elle et, par le seul pouvoir de son imagination, les mélange à des sons qu’elle invente. Son livre, qui raconte l’histoire d’un Esquimau, lui donne des idées : glissant sur le sable, elle s’imagine sur un traîneau puis, cachée sous un drap blanc, elle se croit sous une banquise. Elle finit par comprendre le mystère du frigo, dont elle découvre l’interrupteur. Mais ses jeux fantaisistes et ses questions métaphysiques agacent sa famille et Fatima reçoit une belle série de gifles ! Cela ne l’arrête pas pour autant. Elle continue d’observer et d’interroger de son regard tout ce qui l’entoure : un garage automobile, un ouvrier, une ampoule, le soleil… Enfin, après l’avoir rêvée et entendue partout autour d’elle, elle se retrouve face à la mer.

Gbanga-Tita

Thierry Knauff, 1994, Belgique, 35 mm, noir & blanc, Dolby SR, 7 minutes
Réalisation : Thierry Knauff
Image : Michel Baudour, Antoine-Marie Meert
Son et mixage : Bruno Tarrière
Montage : Philippe Bourgueil, Thierry Knauff
Production : Les Productions du Sablier, Abacaris Films
Résumé : Un Pygmée Baka, Lengé, cadré en gros plan, s’exprime face à des enfants que nous entendons off sans jamais les voir. Entre conte et chant auquel il les fait participer, il leur transmet une légende ancestrale.

Le Chœur (Hamsorayan)

Abbas Kiarostami, 1982, Iran, 35 mm, couleurs, 1.66, son mono, 17 minutes
Réalisation : Abbas Kiarostami
Scénario : Abbas Kiarostami d’après Mohammad Javad Kahnamo’i
Image : A.R. Zarindast
Son : Ahmad Asgari et Changiz Sayad
Montage : Abbas Kiarostami
Assistant réal. : Naser Zera’ati
Interprétation : Yusef Moqaddam, Ali Asgari, Teymur et les enfants de Rasht
Production : Kanun (l’Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes)
Résumé : Un vieil homme sourd se promène dans les rues de Rasht, n'hésitant pas à retirer son appareil auditif lorsque l'environnement se révèle trop bruyant. En rentrant chez lui, le grand-père prend soin de laisser la porte de la cour entrouverte pour ses deux petites filles. Il s'emploie ensuite à ses occupations quotidiennes, ôtant son sonotone pour ne pas subir les coups assourdissants des marteaux-piqueurs venant de la rue. Mais accidentellement, la porte se referme. De retour de l’école, les deux filles sonnent à la porte, mais le vieil homme n’entend pas. Elles se mettent alors à crier sous la fenêtre du grand-père, en vain. Petit à petit, d’autres écolières se joignent à elles, et bientôt, ce sont toutes les petites filles du quartier qui s'y mettent, formant un chœur scandant à l’unisson : « Grand-père, ouvre la porte ! ».

L’illusionniste

Alain Cavalier, 1992, France, 35 mm, (gonflé du 16 mm), couleurs, 1.37, son mono, 13 minutes
Réalisation : Alain Cavalier
Image : Jean-François Robin
Son : Alain Lachassagne
Montage : Marie-Pomme Carteret
Production : Isabel Pons (Douce), La Sept
Résumé : Antoinette est illusionniste. Elle a 86 ans et exerce ce métier avec passion. Alain Cavalier a choisi de la filmer hors de son lieu de travail, c’est-à-dire sans scène, sans public. Dans un tête à tête avec la caméra, Antoinette nous fait d’abord découvrir quelques tours de magie puis évoque des moments forts de sa vie : son enfance, sa rencontre avec son mari, pourquoi ils sont devenus tous les deux illusionnistes amateurs et comment, après sa mort, elle a continué sans lui. Les tours de magie d’Antoinette sont pleins de malice et de joie de vivre. Pour elle, être illusionniste est un don de soi : engagée dans une association caritative, elle met son art au service du bonheur aux autres.

Note d'intention

Un des motifs qui a présidé à l’élaboration de ce programme de courts métrages était de rappeler que le documentaire est aussi du cinéma. Il est vrai aussi que le cinéma est toujours du documentaire. Autrement dit, nonobstant sa dimension réaliste qui tend à ce que la réalité de la fiction illusionne le spectateur, tout film enregistre, à son corps plus ou moins défendant, un peu ou beaucoup de la réalité à l’œuvre au moment du tournage : postures, vêtements, modes de transport, espaces urbains… La matérialité contemporaine du tournage colle toujours à la peau du film.

Mots clé

courts métrages, magicien, réel, vérité

5 courts métrages à l'épreuve du Réel

Extraits des Points de vue.
écrits par Amanda Robles, Olivier Payage et Jacques Kermabon de Bref, le magazine du court métrage

Regards libres

Apologie de l’attention

Regards libres emprunte aux voies du suspense. Mais ici, aucun meurtre n’a été commis. L’événement longtemps dérobé à notre regard et dont les témoins convoqués pour en rendre compte nous entretiennent tour à tour est un tableau. Ce principe formel consistant à filmer des enfants d’une dizaine d’années qui réagissent face à une toile signée Jérémy Chabaud tout en ne nous permettant pas de voir celle-ci, manifeste une certaine dimension démonstrative. Parallèlement, le procédé nous conduit à imaginer ce que les mots des enfants suggèrent jusqu’à ce que les linéaments d’images nées ainsi en nous se confrontent in fine avec l’œuvre enfin montrée longuement, frontalement.
De quelle liberté se revendique le titre ? Dans l’entretien qu’il nous a accordé, Romain Delange explique les raisons de la tranche d’âge choisie. Ces enfants ne sont pas encore trop bridés par un savoir reconnu, une culture instituée dont la présence, quand bien même ils ne la maîtriseraient pas, pèserait sur leur parole. Ce qui émane de leurs propos recoupe une palette de réactions type que la mise en scène et le montage orchestrent en ménageant différents tempos, des silences, des hésitations, des rires impromptus.
Le prégénérique nous familiarise avec un premier visage en gros plan et avec le principe du regard fixé sur un objet auquel l’enfant réagit. Après le générique, l’enfant qui pénètre précautionneusement dans la salle affine le dévoilement du dispositif. Ensuite, le montage va alterner des raccords de mouvements – par l’entremise du panoramique circulaire qui passe du visage net à l’arrière du tableau flou et réciproquement – à des coupes dans le plan qui privilégient la logique des paroles prononcées. De son côté, le recours à des tandems apporte un autre type de dynamisme au film. Au lieu d’enchaîner les témoignages les uns à la suite des autres, le film les entremêle selon une progression pas complètement linéaire, qui procède par associations – à la barque évoquée par l’un fait suite le bateau qui avance – ou échos – la dimension descriptive présente au début demeure vivante jusqu’à la fin.

Gbanga-Tita

La part du hasard

À quoi correspond ce gros plan qui isole cet Africain ? Pourquoi ne pas avoir montré les enfants à qui il s’adresse et qu’on entend pourtant distinctement ? Quel sens a ce récit qu’il leur conte ? La tenue dont fait preuve Gbanga-Tita, la rigueur du parti pris, font que le spectateur qui le découvre peut difficilement se départir de l’envie de reconstituer une intentionnalité. Pourtant, les cartons qui encadrent les deux plans du film nous donnent le contexte de leur réalisation. Même si la mise en scène en a été programmée – et comment pourrait-il en être autrement avec la lourdeur du matériel qu’il a fallu emporter au fin fond de la forêt équatoriale – Gbanga-Tita est le fruit du hasard, un de ces moments de grâce qui adviennent parfois pendant un tournage. Dans un film, il y a ce qu’on prévoit, ce qu’on sème et ce qu’on cueille par inadvertance. Ici, comme l’explique Thierry Knauff dans l’entretien et comme le laisse entendre le troisième carton, le destin a fait coïncider la durée technologique de la pellicule qui restait dans la caméra et le temps mis par Lengé à boucler son histoire. Que ce dernier soit mort quelques semaines après – comme nous l’apprend le carton final – apporte une émotion supplémentaire au sentiment d’assister à un instant unique arraché à l’oubli, de découvrir un document plus qu’un documentaire. Nous sommes ainsi condamnés à l’attitude qui, toujours, devrait être prioritairement la nôtre face à une œuvre : tenter de mettre en mots l’émotion que le film provoque en nous.
D’une certaine façon, il s’agit de la captation d’un spectacle dans lequel Lengé est à la fois conteur, chanteur et chef de chœur, dans l’exécution duquel toute frontière entre spectateur et participant est abolie. Il serait plus pertinent d’admettre que nous n’avons pas de substantif adéquat pour nommer ce qui se joue là, en pleine nature : la transmission d’un conte mille et une fois répété, d’un récit initiatique qui renvoie à une conception du monde et passe par une sorte de chant.

Le Chœur

Mobiliser le regard

Regarder n’est pas une évidence, nous en faisons l’expérience tous les jours. La plupart des choses ou des gens que nous voyons, nous ne les regardons pas. Même si le cinéma contribue souvent à détourner le regard de ce qui nous entoure, il peut aussi le mobiliser, et nous apprendre, lentement, une autre façon de faire sens. C’est ce que propose, de films en films, le cinéma d’Abbas Kiarostami, une ouverture sur ce qui vient à se donner pour peu que l’on regarde. Ce cinéma est là pour nous ouvrir les yeux.
Quand il réalise Le Chœur en 1982, Kiarostami est déjà l’auteur de nombreux films dont les protagonistes sont des enfants ; le monde de l’enfance est d’ailleurs le sujet presque exclusif de son cinéma depuis 1969, date à laquelle il fonde le département cinéma au sein de l’Institut pour le développement intellectuel des enfants et des jeunes adultes (le « Kanun » cf Autour du film). Si le film s’ouvre comme un cahier d’écolier, c’est qu’il se situe d’entrée sur un plan pédagogique, le cinéaste se soucie de nous apprendre quelque chose. Mais apprendre ici n’a rien à voir avec les devoirs d’école et les leçons à retenir. Il s’agit d’abord d’une expérience, celle d’un mouvement qui nous force à sortir (étymologiquement « éducation » signifie « tirer hors de »). Mais sortir de quoi ?
L’exposition pourrait être celle d’un film d’action. Les premiers plans nous montrent une cavalcade empressée qui ne laisse rien deviner de la suite. Il y a un élan irrépressible dans cette intrusion, une brutalité qu’accentuent la frontalité des plans et la verticalité des murs. D’abord statique, la caméra suit le mouvement et se laisse entraîner dans la course en travelling arrière. Un plan serré des jambes puis de la tête du cheval prisonnier de ses harnais redouble le sentiment de violence de cette irruption d’un réel que la caméra ne peut contenir. Mais soudain la charrette ralentit ; un vieil homme en interdit le passage, un homme fragile et replié sur lui-même, un homme qui tourne le dos.

l'Illusionniste

Illusions et réalités - Un portrait

Qu’est-ce que le cinéaste nous donne à voir d’Antoinette ? Comment nous la dépeint-il et grâce à quelles techniques cinématographiques ?
Nous ne connaissons d’abord d’elle que ses mains et sa voix. Le cinéaste commence par filmer avec attention ses gestes ; la caméra, portée à l’épaule, est très proche d’Antoinette et le cadreur doit suivre la vivacité de chacun de ses mouvements. Le spectateur du film est ainsi un spectateur privilégié : grâce au gros plan, il lui est permis d’être plus près de la scène que dans n’importe quelle salle de spectacle. Il peut alors observer en détail les gestes de l’illusionniste et peut tout à fait penser que, si bien placé, il parviendra peut-être à deviner le « truc ». On remarque qu’Antoinette accompagne chacun de ses gestes d’un commentaire. Dans un tour de magie, l’une des astuces consiste en effet à attirer l’attention du spectateur ailleurs, par la parole mais aussi par des gestes inutiles qui servent à en dissimuler d’autres. Antoinette, l’illusionniste, est ainsi présentée d’entrée de jeu comme un être de gestes et de paroles.
Mais c’est aussi un visage magnifique, radieux, dont le sourire malicieux vient illuminer le film, avec un effet à retardement. Si le cinéaste prend du temps avant de faire apparaître le visage d’Antoinette, c’est pour créer une sorte de surprise, mais aussi peut-être pour signifier, par les moyens du cinéma, combien il faut de temps pour approcher quelqu’un et pour parvenir à bien le filmer. Cavalier n’est pas de ceux qui jettent leur caméra au visage des passants. S’il parvient à filmer au plus près Antoinette, c’est qu’il a su instaurer entre elle et lui une relation de confiance, presque d’intimité.

Captation d'une conférence de Bartlomiej Woźnica

 

Cette captation est réalisée par le CDDP du Val-d’Oise dans le cadre du dispositif École et cinéma qui réunit en partenariat l’Inspection académique, les associations Écrans VO, Les enfants de cinéma, le CDDP et la Drac Île-de-France.

 

Petite bibliographie

Sur le cinéma documentaire
Guy Gauthier, Le documentaire un autre cinéma, Nathan université, 1995.
François Niney, L’épreuve du réel à l’écran, De Boeck université, Bruxelles, 2000.
François Niney, Le documentaire et ses faux-semblants, Klincksieck, 2009.
Jean Breschand, Le documentaire l’autre face du cinéma, Cahiers du cinéma, Scérén-cndp, 2002.

Sur L’illusionniste et Alain Cavalier :
Alain Cavalier, « Mes dates-clés », Libération (09 juin 2004)
Alain Cavalier, « Une Vie » : texte autobiographique consultable sur le site internet :
http://www.arkepix.com/kinok/DVD/CAVALIER_Alain/dvd_coffret_filmeur.html
René Prédal, « Douze portraits d’Alain Cavalier », Jeune cinéma n° 206 (février-mars 1991) p. 13-17, et n° 225 (janvier 1994) : entretien sur plusieurs films.
René Prédal, Alain Cavalier : Filmer les visages, L’Avant-Scène cinéma, n° 440-441, mars-avril 1995
Amanda Robles, « Alain Cavalier et le buffet Henri II », Bref n°72 (mai-juin 2006), p.8-11
Michel Estève (dir.), Alain Cavalier, Études cinématographiques, n° 223-231, 1996, Lettres modernes Minard
Amanda Robles, Alain Cavalier : le contact et la preuve, Le Havre : de l'incidence éditeur, 342 p., parution novembre 2010.

Sur Petite Lumière :
François Bonenfant, « Petite Lumière », Bref n° 58, automne 2003, p. 49
Olivier Joyard, « L’Afrance », Cahiers du cinéma n° 565 (février 2002) p. 85
Stéphane Khan, « L’Afrance », Bref n° 52, printemps 2002, p. 14
Manuel Merlet « Entretien avec Alain Gomis » (4 février 2002) : texte consultable sur le site Internet :
http://www.fluctuat.net/cinema/interview/gomis2.htm
Jacques Morice, « Andalucia », Télérama (mars 2008) : texte consultable sur le site Internet :
http://www.telerama.fr/cinema/films/andalucia,331571,critique.php
Frédéric Strauss, « L’Afrance », Télérama (30 janvier 2002). Texte consultable sur le site Internet :
http://www.telerama.fr/cinema/films/l-afrance,55722,critique.php
Axel Zeppenfel, « Extase », Cahiers du cinéma, n° 632 (mars 2008) p.19-20

Sur Abbas Kiarostami :
Abbas Kiarostami . Textes, entretiens, filmographie, Petite bibliothèque des cahiers du cinéma, 2008
Jean-Luc Nancy, L’Evidence du film Yves, Ed. Klincksieck, 2001
Frédéric Sabouraud Abbas Kiarostami, le cinéma revisité - Presses Universitaires de Rennes, 2010
Hormuz Kéy Le cinéma iranien / l'image d'une société en bouillonnement, Karthala, 1999
Alain Bergala Abbas Kiarostami - Cahiers du cinéma : SCEREN-CNDP, 2004
Youssef Ishaghpour, Le réel, face et pile: Le cinéma d'Abbas Kiarostami, Ed. Farrago, 2000
Philippe Ragel, Kiarostami, le cinéma à l'épreuve du réel, Éd. Yellow Now 2008

Sur Gbanga-Tita et Thierry Knauff :
Jacques Kermabon « Thierry Knauff, La vie après », Bref n°9, mai juin 1991
Jacques Kermabon « Du court métrage considéré comme un haïku », Bref n°21, été 1994

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Les enfants de cinéma

 

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