- Le film
- Point de vue du Cahier de notes
- Outils
- Photos
- Affiche
Générique
À partir de 5 ans, de la GS au CM2.
Hayao Miyazaki, Japon, 2008, 1h40, animation, couleur, version française.
Titre original : Gake no Ue no Ponyo
Scénario : Hayao Miyazaki
Musique : Joe Hisaishi
Studio d'animation : Studio Ghibli
Production : Toshio Suzuki
Date de sortie : Japon : 19 juillet 2008, France : 8 avril 2009
Distributeur : Walt Disney Company.
Résumé
Sôsuke, 5 ans, vit avec sa mère dans une maison perchée en haut d'une falaise. Son père travaille sur un bateau, il n'a pas souvent le loisir de le voir. Un jour, alors qu'il joue au bord de la mer, Sôsuke rencontre Ponyo, un petit poisson-fille enfermé dans une bouteille en verre. Le coup de foudre entre les deux enfants est instantané, ils ne veulent plus se quitter. Mais le père de Ponyo, Fujimoto, créature de la mer autrefois humaine, ne voit pas d'un bon œil que sa fille veuille vivre avec les hommes. La petite fille va alors tenter par tous les moyens de vivre comme les humains, sur terre, mais son entêtement va déclencher un bouleversement de l'ordre naturel des choses, qui prend la forme d'un tsunami géant. Finalement, pour vivre définitivement avec Sôsuke, Ponyo devra renoncer à ses pouvoirs magiques, ce qui donne lieu à une spectaculaire scène finale de réconciliation entre le monde de la mer et le monde des hommes.
Note d'intention
Ponyo sur la falaise est un beau film d'animation pour lequel Hayao Miyazaki a fait le choix d'un travail traditionnel, en refusant d'utiliser des images numériques pour privilégier les couleurs pastels et les aquarelles. À plusieurs titres ce long-métrage d'animation peut être considéré comme une lecture du célèbre conte d'Andersen, La Petite Sirène. Une nouvelle fois, le génial cinéaste japonais aborde ses thèmes de prédilection : l'influence néfaste des hommes sur leur environnement naturel, les catastrophes entraînées par le non-respect des règles dictées par la Nature. Pourtant, la résolution du chaos provoqué par Ponyo et Sôsuke entraîne une fin heureuse et donne au film une tonalité plus lumineuse que dans d'autres films de Myazaki, comme par exemple Princesse Mononoké. Enfin, l'omniprésence de la menace du Tsunami offre aux spectateurs occidentaux un aperçu de l'angoisse permanente dans laquelle vivent les japonais et donne aux récents événements de la catastrophe nucléaire de Fukushima une résonance toute particulière.
Mots clé
amitié, animation, catastrophe naturel, écologie, fille-poisson, tsunami
Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Hervé-Joubert Laurencin
Ah ! tu n’as que trop d’eau, pauvre Ophélie !
Hamlet, IV, 7
Un double événement précède et déclenche Ponyo.
Un événement très grand, naturel, dans le monde : le 26 décembre 2004, un tsunami (mot japonais formé avec « port » et « vague ») se déclenche dans l’océan indien et frappe les côtes de l’Indonésie, du Sri Lanka, du sud de l’Inde et de la Thaïlande. C’est le tsunami le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité. Un tremblement de terre au large de Sumatra provoque des vagues géantes qui atteignent jusqu’à trente-cinq mètres de hauteur, et l’eau déferle en s’enfonçant loin et haut dans les terres. La mer a envahi la terre.
Un événement très petit en comparaison, culturel, dans le monde économique et artistique du cinéma : en février 2005, l’entreprise Ghibli, studio de production japonais de dessins animés « à visage humain », comme le héros de Ponyo qui s’oppose en cela à celui de Porco rosso, par la volonté de Hayao Miyazaki décide d’un changement de cap dans son développement technique, et donc poétique. Les films Ghibli, avec l’aide et sous la pression du progrès technique en informatique des vingt années précédentes, avait été vers toujours plus de détails dans la représentation dessinée du réel : pour rester au sommet de sa réputation et sauvegarder le désir et le plaisir de travailler, Miyazaki décide d’inverser cette croissance et de revenir au fondamentaux du cinéma d’animation (moins de somptuosité plastique, plus d’animation, tout l’effort sur le mouvement coloré rythmé) et de faire marche arrière en dessinant tout à la main et en abandonnant toute velléité de 3D (voir « Hayao Miyazaki à propos de son film » dans Autour du film). L’animation a envahi l’anime.
Double confirmation : le 29 août 2005, l’ouragan Katrina, moins meurtrier, envahit néanmoins une partie de la Louisiane très pauvre, et provoque un immense sentiment d’affolement chez les Américains, dont l’un des cauchemars est que leurs crocodiles géants, ces êtres d’allure préhistoriques, viennent se promener sous la surface de l’eau près des habitations ; début 2006, Hayao Myiazaki commence à concevoir l’histoire future de Ponyo, dont l’esquisse officielle est connue au printemps. Ponyo tournera autour de l’histoire d’un tsunami, le paysage quotidien des personnages sera, comme on l’a déjà vu dans certains de ses films, inondé, les Japonais grands et petits de ce récit sauront faire face à la catastrophe, sans résignation et avec beaucoup de calme, plus habitués que d’autres peuples à dialoguer avec une nature brutale.
Les Occidentaux apprennent ou redécouvrent donc en 2004 en même temps le nom et la réalité du tsunami, tandis que les Japonais connaissent bien sa réalité et savent le nommer et le comprendre depuis toujours : les tsunamis ayant touché leur pays remontent à 1605, 1611, 1703, 1707, 1766, 1792, 1896, 1923, 1933, et, parmi ceux qu’a pu connaître Miyazaki, 1946 (il avait cinq ans comme les deux personnages de Ponyo…) et 1966. Ponyo rappelle cette vie des Japonais avec la catastrophe naturelle et en quelque manière les prépare à l’énorme cataclysme du 11 mars 2011, moins de trois ans après la sortie du film, qui voit une partie du Japon ravagé par un nouveau tsunami et la planète un moment menacée par ses centrales nucléaires inondées.
En conclusion, parler seulement d’idéologie (de militantisme, de souci, de message) écologiste à propos de l’œuvre, au fond très importante pour notre époque, de Miyazaki, est paresseux : il s’agit bien plutôt de philosophie. N’étant pas néanmoins philosophe de profession, le cinéaste pense et répond aux sollicitations du monde qui l’entoure en termes d’esthétique du cinéma : de dessin, de style, de rythme.
Analyse de séquence
Extrait vidéo provenant du site image
Cet extrait correspond à l'analyse de séquence du Cahier de notes, "De la mer à la mère" par Hervé Joubert-Laurencin, p.20
Petite bibliographie
Sur le film
- Dossier de presse « Frenetic Film », 2008 téléchargeable sur http://frenetic.ch/films/667/pro/PONYO_DP.pdf
- Thomas Sotinel, « Nous étions devenus esclaves de notre propre technique », Le Monde du 7 avril 2009, et « Japon, la culture du désastre », Le Monde du 16 mars 2011.
Le cinéma d’animation japonais
- Animeland, hors série n°3 sur Isao Takahata, Hayao Miyazaki et le studio Ghibli, Paris, janvier 2000.
- Catalogue de la rétrospective Aux sources de l’animation japonaise des années 20 aux années 50, Maison de la Culture du Japon à Paris, Paris, novembre 2002 (texte de synthèse par Watanabe Yasuchi)
- Cahier de notes sur Gauche le violoncelliste (repères chronologiques de l’animation japonaise, historique du studio Ghibli et du compagnonnage de Miyazaki et Takahata, par Ilan Nguyên et Xavier Kawa-Topor)
Sur Hayao Miyazaki
- Miyazaki l’enchanteur, Vincent-Paul Toccoli, Gersende Bollut, éditions Amalthée, Nantes, 2008
- Hayao Miyazaki, cartographie d’un univers, Raphaël Colson, Gaël Régner, Paris, Les moutons électriques, Lyon, 2010
Petite sélection de sites internet
Sur Hayao Miyazaki, le studio Ghibli et Ponyo :
http://www.buta-connection.net/ (en français)
(notamment sur Monmon, l'araignée d'eau :
http://www.buta-connection.net/films/courts_musee_ghibli_monmon.php)
http://nausicaa.net/ (en anglais)
(directement sur Ponyo : http://www.nausicaa.net/wiki/Ponyo_on_the_Cliff_by_the_Sea)
http://www.oomu.org/ (en français)
Résumé utile du « Ring », la tétralogie de Richard Wagner
(la « Chevauchée des Walkyries » se trouve dans le Prélude de l’acte III, scène 1)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Der_Ring_des_Nibelungen






