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Katia et le crocodile
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Générique

à partir de 5 ans, de la GS au CM2, Version française, 70 minutes.

Titre original : Katia a krokodyl.
Réalisation : Vera Plicova Simkova et Jan Kucera.
Scénario : Ota Hofman, d'après Katia et le crocodile de N. Gernertova et G. B. Jagdfeld.
Image : Frantisek Valert.
Musique : Zdenek Liska.
Production : Studios Barrandov.
Interprétation : Yvetta Hollenarova (Katia), Minka Mala (Minka), Tomas Barboka (le garçon du supermarché), Alois Minsky (le grand-père).
Distribution : Les Films du Paradoxe.

Résumé

Dans la rue, Katia, brunette de huit ans, sa clé accrochée au cou par une ficelle, essaye de tuer le temps. Rencontré par hasard, un écolier lui confie les animaux de sa classe qu'il doit garder pendant les vacances : deux lapins, un petit singe, un étourneau qui parle, des souris blanches, une tortue et un bébé crocodile ! Katia ramène la ménagerie chez son grand-père, le violoniste. Minka, la petite sœur veut jouer avec les animaux et les laisse s'échapper… Grand-père laisse ouvert le robinet de la baignoire où niche le crocodile... celui-ci se sauve par la gouttière, l'étourneau s'envole, la tortue fait l'objet de trocs successifs, le singe parcourt les toits, les lapins vagabondent. La bande des enfants parcourt la ville à la recherche des fugitifs. Tout le quartier est en émoi. Quelle journée !

Note d'intention

Katia et le crocodile : avant tout un film que l'on peut montrer à des tout petits, ce qui n'est pas toujours facile dans le cadre d'un cinéma de fiction, de grande qualité. L'image – noire et blanche, portant une « couleur » éclatante, celle de l'intense vivacité du film – les fascinera, le sujet aussi (garder des animaux de l'école). Les bruits, le « jingle » accompagnant l'apparition de l'inquiétant crocodile, la ville livrée aux enfants, la narration (simple mais ménageant un « suspense »), les nombreux personnages, les effets magiques (les ballons qui remontent au ciel), sont des éléments liés par une grande maîtrise dans la réalisation, et saupoudrés d'une certaine impertinence et d'une poésie certaine. Malgré une version française un peu datée…

Mots clé

Ville, vacances, happy-end, escaliers, bestiaire, bande, grand-père, anarchie, débordement

Splash ! ! !

Katia et le crocodileExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Anne-Sophie Zuber

 

 

En bras de chemise, veste sur le bras et instrument à la main, des musiciens descendent en trottinant une rue en pente. Ils trottinent mais ne courent pas car leur âge ne leur permet pas d’aller aussi vite que leur curiosité les y pousserait. En effet tout l’orchestre « troisième âge » dont Louis est l’un des violonistes, a abandonné sa répétition pour aller vérifier, de visu, l’incroyable nouvelle : Louis aurait un crocodile dans sa baignoire ! Louis n’aurait-il pas des visions après avoir bu un petit coup de trop ? Louis, c’est Grand-Père, le grand-père de Katia et Minka, deux petites filles dégourdies et autonomes, qui sont au cœur de l’aventure : Katia s’est engagée à garder pour la journée la colonie animalière d’une école, que lui a confiée Micha, petit garçon rencontré au hasard de la rue ; mais sa petite sœur, Minka, en voulant jouer avec les animaux, les a tous laissés s’échapper. Et voici que, juste au bas de cette rue en pente parcourue par les vieux musiciens, se mêlant à leur flot, déboule une cavalcade d’enfants : Katia a prévenu ses copines de la présence des animaux chez elle et les voilà toutes, courant et suivies d’une flopée d’autres petits curieux alléchés par le crocodile. D’un côté des vieillards, de l’autre des enfants, réunis là dans un mélange des âges tout à fait réjouissant.

Débordements
La multitude des personnages envahit l’écran, déborde du cadre et me renvoie à l’image où l’eau ayant rempli toute la baignoire, le crocodile, grimpé sur la planche qui flotte, s’échappe par la fenêtre ouverte. Mais il n’y a pas que la baignoire qui déborde dans cette histoire : les ballons jaillissent des boîtes et rebondissent comme des éclaboussures, les enfants dévalent rues et escaliers comme de l’eau qui coule, pour se répandre dans l’appartement de Katia complètement inondé (pour de vrai !). La scène où Katia et Micha franchissent impétueusement la porte cochère de la cour de l’immeuble évoque encore cette image d’eau bondissante. Pour détourner l’attention des enfants de la rue, Katia a fait semblant de retourner chercher un éléphant oublié, entraînant derrière elle les plus curieux. Faisant volte-face, elle rentre en courant et somme les enfants de la cour de bloquer la porte pour empêcher l’éléphant d’entrer. Mais, poussé par une locataire furieuse, l’obstacle saute, comme un bouchon. Débordement encore, le petit vent de folie qui, gagnant tout le quartier, pousse un courageux vieillard à cheveux blancs et un ancien combattant portant élégamment chapeau, cravate et parapluie, à vagabonder sur les toits à la recherche du fameux crocodile. Débordement aussi, dans le merveilleux insolite avec la séquence du ballon de Katia qui tourne dans le ciel, celle des carreaux cassés qui se réparent magiquement, celle, finale, des ballons qui remontent, tout bondissants, les marches de la rue, bouclant l’histoire. L’image est poétique certes, mais c’est parce qu’elle est cinématographique qu’elle prend toute sa force.

Investir les adultes
Pour nous faire partager cette explosion, les réalisateurs alternent des gros plans et des plans rapprochés (en particulier sur les enfants) avec des vues générales qui nous plantent dans un pittoresque quartier (du vieux Prague ?). Il faut sans arrêt plonger les yeux dans la cour ou les lever vers les balcons et les toits pour suivre les galopades des enfants, les escapades des animaux. C’est un vrai plaisir de capter ainsi des fragments de cette si belle ville, plus qu’un décor, presqu’un personnage, discret certes, mais présent tout de même. La grande mobilité de la caméra accentue cette découverte « à la sauvette » mais pas superficielle pour autant. Car c’est l’un des charmes de ce film que de montrer des enfants qui investissent aussi librement une ville comme terrain de jeux et qui, de plus, jouent à détourner les actions des adultes : « Moi aussi, j’veux jouer ! » s’écrie le petit garçon qui a ouvert les robinets de la lance à incendie pendant que les plus grands ont déjà escaladé l’échelle des pompiers. Pour les récupérer, il faut les faire sauter dans la toile tendue par les valeureux pompiers ! L’occasion est trop belle : une véritable noria s’installe immédiatement…

Autour du film

Petit point d'histoire
Au moment du tournage de Katia et le crocodile, en 1966, la Tchécoslovaquie vit les heures agitées qui vont précéder le « Printemps de Prague ». Une vague libérale déferle dès le début des années soixante. Novotny est réélu en 1964. Dubcek est à la tête du parti slovaque. Contestations et critiques violentes se succèdent, alimentées surtout par des écrivains, des intellectuels.
Le bouillonnement social et intellectuel est immense : le cinéma tchèque – avec entre autres des cinéastes comme Ivan Passer, Milos Forman ou Vera Chytilova – rend compte parfaitement, dans sa créativité même, de cette aspiration à la liberté, pétrie, comme seuls les Tchèques savent le faire, d’humour, d’ironie, d’une sorte d’attirance pour le chaos façon
burlesque… Ce sont des paramètres que l’on retrouve, sousjacents, dans Katia et le crocodile.
Le pouvoir commence à prendre des mesures courageuses vis-à-vis de la censure, de la presse etc. Les Tchèques tiennent à leur projet de « socialisme à visage humain ». Mais Moscou ne l’entend pas de cette oreille et le 20 août 1968, les troupes du Pacte de Varsovie envahissent le pays.*

* Ce texte est rédigé à partir d’éléments pris dans le chapitre que Gaston Haustrate consacre à la Tchécoslovaquie dans son ouvrage Le Guide du cinéma, Syros, 1984.

 

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