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Jiburo
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Générique

à partir de 5 ans, de la GS au CM2

Lee Jeong-hyang
Corée, 2002, 87 mn, couleurs / Version originale, sous-titres français, existe également en version française / Titre anglais : The Way Home/ Titre français : Sur le chemin de la maison.
Production : CJ Entertainement, Tube Pictures.
Producteur : Hwang Moo-hyun, Hwang Jae-yo.
Producteur exécutif : KimSeug-bum.
Scénario : Lee Jeong-hyan.
Image : Yoon Hong-shik.
Direction artistique : Shin Jum-hee.
Montage : Kim Jae-feom, Kim Sang-beom.
Musique : Kim Dae-hong, Kim Yang-hee.
Interprétation : Kim Eul-boon (la grand-mère), Yoo Seung-ho (Sang-woo, l’enfant), Dong Yohee (la mère de Sang-woo), Min Kyung-hyung (Cheol-yee, le jeune garçon), Yim Eun-kyung (Hae-yeon, la fillette).
Distribution : Les Films du préau

Résumé

Le temps de retrouver du travail, une jeune mère, installée à Séoul et élevant seule son enfant, Sang-woo, le confie à sa grand-mère, qui vit dans une campagne reculée, coupée de tout, en pleine montagne. Très mécontent de cette décision, l’enfant, qui ne connaît pas sa grand-mère, une vieille femme voûtée, muette, qui s’exprime par gestes, témoigne en toutes circonstances de sa mauvaise humeur, alors que la grand-mère refuse toute relation d’autorité face à son incorrection récurrente, et se montre patiente et compréhensive. Il se réfugie dans son univers qui, outre sa nourriture apportée par sa mère, est composé pour l’essentiel de ses jeux et de sa console vidéo portable. Lorsque les piles de son jeu sont usées, il se rend seul au village voisin pour en trouver, sans succès. Ayant perdu son chemin, il est raccompagné en vélo par un vieux paysan qui lui vient en aide. Refusant l’amitié du garçon du village voisin, Cheol-yee, Sang-woo changera d’attitude quand il verra qu’il a pour ami une jeune fille, Hae-yeon, faisant tout désormais pour attirer l’attention de cette dernière. Accompagnant sa grand-mère au marché de la ville voisine, il découvre ses maigres moyens de subsistance (la vente des produits de son jardin) mais la laisse rentrer seule, préférant la complicité du garçon et de la fillette. Jouant des mauvais tours au garçon, en lui faisant croire qu’une vache enragée le poursuit, il sera heureux de compter sur lui pour écarter le danger lorsque l’animal sera à ses trousses. Il changera d’attitude à son égard, découvrant que les autres peuvent lui être utiles et ne sont pas seulement les jouets de ses amusements personnels. Lorsque la grand-mère tend à Sang-woo une enveloppe timbrée à son adresse en lui demandant de lui apprendre à écrire quelques formules types (« Je suis malade », « Tu me manques »), l’enfant découvre la valeur et la signification du besoin de l’autre et du lien affectif. Au moment de la séparation, lorsque la mère revient chercher son enfant, le message offert en cadeau par Sang-woo à la grand-mère sur ses cartes de super héros qu’il ne ramène pas avec lui (« Tu me manques »), vaut à la fois pour elle par rapport à lui (un « modèle » de lettre à son usage, son sentiment envers son petit-fils) mais aussi pour lui par rapport à sa grand-mère, sous la forme d’un aveu implicite. La grand-mère rentre seule chez elle, découvrant en chemin les cartes laissées par Sang-woo, avant de retrouver sa maison au sommet de la colline.

Note d'intention

Jiburo, film coréen contemporain, raconte l’histoire d’un petit garçon capricieux qui, pendant les vacances d’été, va apprendre à devenir humain grâce à sa grand-mère. La vieille dame accueille son petit-fils dans son humble demeure, une baraque de bois dans un petit village. Le jeune citadin habitué aux jeux vidéo et à la nourriture fast-food va, non sans douleur, découvrir une nouvelle façon de vivre.
Avec pudeur, la réalisatrice montre la difficulté de communiquer entre les générations, un fossé culturel que la société de consommation ne cesse de creuser.

Mots clé

Grossièreté, ridicule, cruauté, jeu vidéo, vacances, sale gosse, rural, garçon/fille, grand-mère

 

Jiburo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Charles Tesson

 

« Puise en toi l’idée de ce que tu peux faire pour les autres, voilà qui te mettra dans le sens du ren ! »
(Entretiens de Confucius, « Des disciples »,
Livre VI, 28).

 

Un enfant des villes, de la génération des jeux vidéo, se retrouve en vacances forcées chez sa grand-mère, en pleine campagne reculée, coupée de tout. Le tableau est dressé mais ils’agit seulement d’un cadre, non de la finalité de l’histoire. Si l’enfant retourne à la fin à Séoul avec sa mère, le film, à aucun moment (c’est heureux) ne l’a mis en demeure de choisir entre deux modes de vie, deux types de confort. Certes, on joue sur les contrastes (une télé qui ne fonctionne pas, la galère pour trouver des piles, l’absence de KFC dans le secteur) mais on ne verra pas au final l’enfant, même s’il se débarrasse de ses jouets avant de rentrer, devenir un adepte d’un retour à la nature ou faire le choix d’un renoncement à l’austérité monacale. L’enrichissement se situe ailleurs. Le parcours de l’enfant ne va pas dans le sens d’une opposition tranchée entre tradition et modernité, le film ayant l’intelligence de ne pas s’enfermer dans ce schéma. Jiburo ou Sur le chemin de la maison (on aurait envie d’ajouter, « sur le chemin de la raison ») est le récit d’une transformation intérieure, l’histoire d’un enfant qui passe de l’égoïsme à la découverte du lien affectif, tissé à partir du besoin de l’autre et de l’expérience du manque. L’envers de l’égoïsme serait moins l’altruisme que le sentiment de solitude, l’absence ressentie de l’autre et le vide qu’il laisse en soi. D’où l’importance des mots écrits, des dessins, sur lesquels le film s’achève. Sang-woo est ce qu’on appelle un « enfant-roi », parfois rebaptisé familièrement « tête à claques », tant il est insupportable et caractériel. Des claques, il en reçoit, de sa mère, et il en distribue aussi (il bouscule la grand-mère), même s’il semble plus habile de ses pieds, contre sa mère et contre le pot qu’il envoie valser par terre. Manifestement, personne ne lui résiste et tout le monde semble s’écraser devant ses caprices et ses exigences. Sa mère n’est plus à la hauteur et ne maîtrise plus la situation. La grand-mère et le jeune voisin, Cheol-yee, sur le même registre comportemental, ne sont pas rancuniers. Ils le laissent faire ses écarts sans rien lui dire. Ils semblent sans réaction et font montre d’une extrême tolérance. Tous les deux refusent la surenchère du « œil pour œil », celle de la riposte immédiate, du cercle de la vengeance et de la réprimande. Non violents, ils sont tous les deux (on y reviendra) les deux sages confucéens du film, deux maîtres d’une maîtrise qui ne passe pas par le contrôle, la discipline, la sanction et la punition et qui apprennent à l’enfant à devenir humain. En revanche, une seule personne lui tient tête, la fillette Hae-yeon qui le gronde ouvertement pour avoir piétiné son aire de jeu et exige des excuses sur le champ. L’enfant s’écrase sans riposter, fait exceptionnel, parce qu’il veut lui plaire, entrant dans un rapport de séduction et de reconnaissance (être vu d’elle, attirer son attention)…

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Petite bibliographie

Sur le film
– Barbara Velasco, « Un été chez grand-mère », www.cndp.fr/tice/teledoc
– La presse a parlé du film au moment de sa sortie (28 septembre 2005) : voir Télérama, Le Monde, Cahiers du cinéma, Positif, le site Critikart.com, etc.

En général
Entretiens de Confucius, trad. Anne Cheng, Le Seuil, « Points », 1981.
– Marcel Granet, La Pensée chinoise (« Confucius et l’esprit humaniste »), Albin Michel, 1988 et 1999.
– Anne Cheng, Histoire de la pensée chinoise (« Le pari de Confucius sur l’homme »), Seuil, 1997.

 

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