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La vie est immense et pleine de dangers
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Générique

À partir de 8 ans, du CE2 au CM2.

France, 1994, documentaire, couleurs. Durée : 80 minutes.
Réalisation, image, son : Denis Gheerbrant.
Montage : Catherine Gouze.
Production déléguée : Les Films d'ici/ Richard Copans.
Coproduction : Les Films d'ici, La Sept/Arte, l'INA.
Participation : CNC, Institut Curie, Association des parents et amis des enfants soignés à l'Institut Curie, Fondation de France.
Distribution : Les Films du Paradoxe.

Résumé

Au cinquième étage de l'Institut Curie, à Paris, il y a un service où sont soignés les enfants malades du cancer. C'est là que le réalisateur Denis Gheerbrant a préparé puis tourné son film. Seul, sans équipe technique, il a écouté et filmé ces enfants, Dolorès, Khalid, Steve et les autres… Un jour Cédric est arrivé. Denis l'a accompagné tout au long de sa maladie, dans ses questions, ses réflexions et ses révoltes, de plus en plus près, jusqu'à le retrouver guéri.

Note d'intention

« Les enfants malades que j'ai filmés pensaient beaucoup aux enfants qui verraient ce film. Ils se sentaient à l'écart de la vraie vie, celle d'avant la maladie, celle qu'ils espéraient retrouver vite, même si tout était fait à Curie pour qu'ils puissent se sentir dans un univers familier. […] Alors pour ces enfants, ce film était une manière de faire comprendre ce qu'ils vivaient aux autres enfants, et aussi aux adultes. Quand on explique aux autres, on comprend mieux pour soi-même et, bien sûr, cela fait du bien. » Denis Gheerbrant.
« Montrer » La vie est immense et pleine de dangers à des enfants, ne doit pas être vécu par les enseignants, parents ou programmateurs comme une décision difficile mais comme une décision « grave ». Car on y parle de l'enfance, de la vie et de la mort, sujets, que très jeunes – quand c'est dit comme dit Cédric à Denis, et écouté comme écoute Denis – les enfants peuvent comprendre, sans peur, en y cheminant tranquillement.

Mots clé

Réel, altérité, peur, hôpital, paroles, filmeur/filmé, épreuve, télévision, jeu vidéo, chevelure, par la fenêtre

Dans l’hôpital apprivoisé, un parcours initiatique

La vie est immense et pleine de dangersExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Marie-Christine Pouchelle, ethnologue, directeur de recherche au CNRS, Centre d'ethnologie française, Musée national des arts et traditions populaires

 

 

L’hôpital est généralement perçu comme un monde à part, aussi bien par les malades et leurs proches que par les équipes soignantes. Monde à part en raison des enjeux vitaux qui sont sa raison d’être, à cause de la proximité quotidienne de la souffrance, de la détresse et de la mort. Mais aussi parce que lesreprésentations scientifiques du corps et de la maladie qui y ont cours ne sont pas toujours familières, tant s’en faut, à ceux qui viennent y chercher la guérison. D’ailleurs, même lorsque ces savoirs appartiennent aux patients (quand ces derniers sont eux-mêmes médecins par exemple) ils sont par définition décalés par rapport aux évidences immédiates que le corps, ses alchimies internes et la maladie éveillent chez tout individu. À ce décalage, le film fait allusion lorsqu’on nous montre l’échographie subie par Cédric, ou lorsqu’au téléphone le médecin décrit à son correspondant la tumeur de Dolorès, tandis que la caméra est fixée sur le visage de l’enfant inquiète.

Le monde hospitalier et la tradition du secret technique
D’autre part l’hôpital lui-même s’est beaucoup revendiqué comme lieu initiatique distinct de l’espace profane pour les corporations professionnelles qui y exercent leurs savoirs. En excluant les familles des espaces de soins (ce qui n’est pas le cas dans le service où est hospitalisé Cédric) les soignants ont longtemps cherché non seulement à conserver l’exclusivité de leurs savoir-faire, mais peut-être aussi à esquiver le regard que les profanes pourraient porter sur leurs pratiques. En sus de leurs nécessités techniques, ces pratiques ont en effet une dimension rituelle qui ne renvoie pas aux malades mais à la dynamique interne de l’équipe soignante en tant que groupe social. De sorte que l’opacité bien connue de nombre d’institutions thérapeutiques protège encore souvent non pas le malade mais la « cuisine » hospitalière dont il est l’objet. Au sortir de cet espace relativement étranger qu’est l’hôpital, les patients n’ont pas acquis un véritable statut d’initiés au savoir médical, même si, surtout dans le cas de traitements prolongés, ils finissent par posséder une certaine compétence (voir l’épisode où Cédric s’inquiète de son cathéter). L’interdit qui continue de peser sur le dossier médical et sa consultation directe par les intéressés (même médecins) ou leurs proches montre que les malades ne sont pas censés franchir la frontière qui sépare les profanes des experts. En cela notre système médico-hospitalier fonctionne d’une manière opposée aux sociétés traditionnelles puisque dans celles-ci, même si les chamanes ont aussi leurs secrets, la maladie est susceptible d’apparaître comme une épreuve initiatique qui peut transformer le malade en thérapeute. Cependant, certaines des coutumes propres à l’espace hospitalier se rapprochent de celles qui sont observables dans les sociétés initiatiques traditionnelles. C’est vrai des usages même les plus techniques, telles les précautions d’asepsie qui, au bloc opératoire, en réanimation, et dans le « secteur » décrit dans le film (la chambre stérile), aboutissent à une topographie particulière ainsi qu’à des comportements d’isolement et d’évitement qui évoquent puissamment les rituels d’exclusion temporaire des candidats à l’initiation. Il n’est pas bien sûr question de nier l’importance de la bactériologie, mais de montrer que les précautions prises sont surdéterminées par des raisons d’ordre symbolique. En effet tout se passe comme si les transformations qui affectent les individus dans leur être le plus intime nécessitaient une enceinte, pour se dérouler correctement et efficacement. Le dispositif est celui de la clôture du ventre maternel lors de la gestation, laquelle sert de modèle universel pour toutes les mutations qu’auront ensuite à vivre les individus. C’est que, comme dans le fourneau des cuisinières, comme au plus profond de l’athanor des alchimistes, comme au cœur des centrales nucléaires (et comme dans les salles de radiothérapie) sont en jeu des énergies vitales originelles dont le subtil maniement conserve une part d’inconnu. Aussi ne doit-on ni permettre que des éléments extérieurs viennent interférer de manière incontrôlée dans le processus en œuvre, ni laisser les forces en jeu déborder du cercle magique qui isole l’intéressé du reste de l’humanité. Qui sait où elles iraient se fixer ensuite ?

Le film : d'une contagion redoutée à un utile exorcisme
Qu’il y ait du danger quelque part, c’est bien ce que nous dit Cédric. C’est bien ce que nous ressentons nous aussi au vu de ces séquences, et encore plus parfois à l’idée que ce film soit vu par des enfants du même âge. Mais de quel ordre est donc cette inquiétude, sachant que les enfants, pour leur part, n’ont pas nécessairement les mêmes angoisses que leurs parents ou leurs maîtres ? Est-ce que nous ne craignons pas, justement, qu’il n’y ait quelque chose de contagieux dans ces images? Comme si le film venait défaire toutes les conjurations dont nous entourons la vie de nos enfants ?

Petite bibliographie

— Daniel Oppenheim, L'Enfant et le Cancer. Le travail d'un exil, Paris, Mayard, 1996.

— Ginette Raimbault, L'Enfant et la Mort, 1976 (réédition au Seuil en 1995). Des enfants malades parlent de la mort.

— Sima Daniel Kipman, L’Enfant et les sortilèges de la maladie, Coll. Laurence Pernoud, Stock.

— Le n° 99/100 « L’enfant face à la mort » de la revue Thanatologie (1994) publie une bibliographie très complète : grands textes (ethno, psychanalyse, etc.) avec une sélection
remarquable de livres et d’albums destinés aux enfants (à partir de trois ans jusqu’aux adolescents).

 

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