U
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Générique

À partir de 8 ans, du CE2 au CM2.

France, 2005, dessin animé, couleur, 75 mn
Réalisation: Serge Elissalde.
Scénario : Grégoire Solotareff.
Musique : Sanseverino.
Création graphique : Grégoire Solotareff.
Création story-board : Serge Elissalde.
Décors : Grégoire Solotareff en collaboration avec Serge Elissalde.
Production : Valérie Schermann, Christophe Jankovic (PrimaLinea Productions).
Studios d’animation : Angoulême, Shan-gaï, Kiev, Ho Chi Minh.
Interprétation des voix : Les habitants du château : Isild Le Besco (Mona, princesse solitaire jaune), Vahina Giocante (U, petite licorne blanche), Marie-Christine Orry (Goomi, vieille rate), Jean-Claude Bolle-Reddat (Monseigneur, son fils, rat vieux garçon). Les wéwés : Sanseverino (Kulka, chat musicien rouge), Guillaume Gallienne (Lazare, frère de Kulka, lézard bavard vert), Maud Forget (Mimi, souris gironde, sœur de Kulka), Artus De Penguern (Rouge, frère de Kulka, loup violoniste rouge), Bernard Alane (Baba, père lapin), Bernadette Lafont (Mama, mère lapine).
Distributeur : Gébéka Films

Résumé

Une toute petite princesse perdue dans un royaume désolé près de la mer voit, un jour de sa vie d’enfant solitaire et sinistre, dans son donjon vide et rempli d’escaliers, apparaître une amie née de ses pleurs, et qui porte, pour cette raison, le nom de son cri plaintif (uhhh, uhhhh): «U», tout simplement. U est une licorne blanche et douce, née pour la protéger. Devenue une belle jeune fille longiligne, avec ses interminables oreilles de chien, Mona ne pleure plus. Elle est optimiste et curieuse de la vie. Elle se moque des menaces de ses sinistres parents d’occasion, la vieille Goomi et son fils Monseigneur, deux rats d’égout, et commence à se trouver belle. L’arrivée dans la forêt d’une famille de manouches (migrants et musiciens) : deux parents lapins et des enfants de toutes les races, un lézard, une souris, un loup et un chat, tous très humains…l’intéresse beaucoup. Surtout le chat guitariste, Kulka, qui a son âge et sait comment on embrasse quand on est grand (incroyable mais vrai : avec la langue !) U sent venir sa fin, elle épie les amours naissantes de Mona et Kulka, rapetisse quand ils commencent à parler la même langue, celle de l’amour partagé, et s’envole comme un fétu de paille malgré l’autre amour que lui porte Lazare le lézard. Mona et Kulka s’embarquent pour le voyage de la vie, par la terre ou par la mer, comme «une bouée attachée à une corde de guitare», tandis qu’U minuscule revivra dans les airs avec Lazare qu’elle aime.

Note d'intention

Comme les dessins de Grégoire Solotareff dans ses livres pour enfants et comme les chansons amusantes et rythmées de Sanseverino (qui prête sa voix et son allure au chat Kulka), U montre les moments essentiels de la vie humaine à travers la légèreté de la vie de tous les jours, les petites chansons et les caricatures d’humains en animaux. Il renoue ainsi avec deux très anciennes traditions : celle des fables et celle des chansons populaires.

Mots clé

Eveil amoureux, grand/petit, invisible, nomades, décor, château, princesse, animal fabuleux, chat, chanson, jazz, références picturales, anthropomorphisme

Le don des langues

UExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Hervé Joubert-Laurencin

 

 

Qui est U ? D’où vient U ? Où va U ?
Voici les premières questions que le titre impeccable du film de Grégoire Solotareff et Serge Elissalde oblige le spectateur à se poser. Il ne s’agit pourtant pas d’un film métaphysique. Il développe au contraire un réalisme psychologique de caractères que beaucoup de films français d’acteurs devraient lui envier. Encore moins d’une œuvre mystique. La licorne, comme tous les animaux un peu plus naturels qui l’entourent (individus décomplexés d’être ce qu’ils sont, bêtes sans bêtise, aussi idiotes, c’est-à-dire aussi particulières, singulières et réelles que les hommes), n’a rien d’un être fabuleux. Elle est même presque totalement retirée de toute mythologie, elle est rationnelle et douée d’un solide sens pratique et ne se laisse réduire à aucun symbolisme attesté. Elle l’explique du reste placidement en marchant : « Je ne suis pas une fée. Les fées changent le destin, moi je l’accompagne, c’est très différent. » Aussi libre qu’un toon (un personnage de cartoon classique, comme le Goofy de Disney ou le Droopy de Tex Avery), mais sans son inclination à l’absurde, elle reste cependant l’énigme du film, donc sa possible explication, en même temps que l’asssurance de son mystère vital. L’énigme du début : D’où venons-nous ? Qu’est-ce que naître ? L’énigme de la fin : Où allons-nous ? Comment vivons-nous avec la mort ? L’énigme du milieu : Qui sommes-nous ? Comment grandissons-nous ? Que se passe-t-il quand nous passons, peu importe l’âge au fond, de puer à puber, de l’enfant à l’adulte, phase dite de l’adolescence (le verbe latin adolescere signifie tout simplement : « grandir ») ? En somme, le film U, autrement dit le filmu bien connu de la fillu qui rencontre le garçu, ne nous laisse pas le choix : comme le capitaine Haddock dans un album d’Hergé, à la recherche de son aïeul mort depuis longtemps, et du trésor caché sous son nez dans son futur château de Moulinsart (quête du destin en même temps par le passé et par l’avenir), il nous faut rechercher le secret de la licorne.

Le secret de la licorne
La première constatation, à laquelle il ne faut surtout pas rester, est qu’à première vue, il n’y aurait aucun secret. D’où vient U ? Elle le dit elle-même : elle est apparue parce qu’une petite fille pleurait, et elle sera désormais son amie pour lui éviter la solitude. Quel secret chuchote-t-elle à l’oreille de Kulka, l’adolescent qui va devenir homme en épousant sa protégée? Le pathétique album en relief tiré du film nous en donne la primeur (je cite) : « Le jour où une jeune fille tombe amoureuse, la licorne qui la protège disparaît. Elle vole au secours d’une autre petite fille qui, à son tour, a besoin d’elle. » Où va U ? Elle rétrécit comme Robert Scott Carey dans un film hollywoodien, et, comme lui, rejoint le ciel et les étoiles, tout enétant sauvée in extremis par l’amour de son lézard pendant le générique de fin. Pourtant, si l’on chausse des lunettes d’approche pour saisir les détails concrets du film, tout change : pour les pleurs, le côté bonne fée est peut-être de trop (on peut douter que l’ami qui arrive quand vous pleurez est bien le meilleur de tous : en tout cas ça se discute), et leur matérialité, cri et larmes (le cri « Uuuuuu » et le liquide lacrymal), est sans doute plus importante que l’action de pleurer ; pour la fin, le décor a son importance : on est en plein générique, c’est-à-dire au milieu des lettres dans un film dont le titre est une majuscule ; quant au secret, c’est à la fois trop malin et pas malin de lui donner ainsi un contenu, car le problème d’U, c’est d’être le secret du secret (U est une forme du symbolique, pas un symbole…) Il vaudrait mieux rester cool, comme Kulka, le chat musicien, et fermer une oreille pour mieux entendre. Quoi ? Qu’est-ce que vous dites ?

Le don des larmes
D’abord, U ne vient pas consoler les pleurs d’une petite fille sans défense, elle est littéralement engendrée par les larmes de Mona, elles-mêmes provoquées par une goutte de sang rouge, sur la table, et au bout de son doigt jaune. Des larmes et du sang: un peu de liquide humain. Elle disparaîtra avec la puberté de Mona (du sang aussi, chez les filles), et ses baisers profonds (du mélange de salive, comme le dit délicieusement la scène comique). U arrive avec la douleur (le doigt égratigné) et part avec le plaisir ; elle naît de la solitude enfantine et meurt du mariage adulte (de l’accouplement, de la vie à deux, du partage avec l’autre, de la famille fondée et non subie). Dans Les Oiseaux d’Alfred Hitchcock, la fiction commence à l’instant où l’héroïne observe, dégoûtée, une goutte de sang sur son doigt ganté de gris, petit élément pervers qui fait tache dans le tableau, anomalie qui trahit la présence de la mort : c’est ce même plan qui est repris tel quel au tout début d’U.

Petite bibliographie

Deux albums tirés du film
- U de Grégoire Solotareff, Ecole des loisirs, collection « Album », 60 pages
- U de Grégoire Solotareff, Ecole des loisirs, collection « Loulou & Cie », 11 tableaux-théâtre en relief double-page (très décevant ! Notamment, l’explication du secret de U, dans le dernier tableau est à contresens du film, ainsi que la tonalité générale).

Trois sites internet
Le site du film : http://www.primalinea.com/u/index.fr.html (complet et illustré ; bibliographie Solotareff complète)

Un dossier sur Solotareff sur le site du CRDP de l’Académie de Créteil :
http://www.crdp.ac-creteil.fr/telemaque/document/solotareff.htm
(Un long entretien avec l’auteur avant la sortie du film, une bibliographie.)

…et bien sûr la fiche auteur du site de l’Ecole des Loisirs :
http://www.ecoledesloisirs.fr/php-edl/auteurs/fiche-auteur.php
(voir aussi tout le site : http://www.ecoledesloisirs.fr/menu.htm

Plus de 150 livres ! Solotareff écrivain dessinateur
Si l’on en croit la bibliographie qui semble la plus complète (sur le site du film U), les deux albums U étaient, à l’automne 2006, les 142 et 143ème volumes signés Solotareff. Son premier livre pour enfants date de 1985. Parmi les plus fameux (ou qui plaisent le plus à l’auteur du présent Cahier de notes) : La bataille de Grand-Louis et de Petit-Robert (1986, Ecole des Loisirs [EDL] – absent de la fenêtre bibliographique en ligne de l’éditeur ; très beau trait produit par agrandissement ; proche du pionnier de la BD et du cinéma d’animation Winsor McCay, comme Docteur Piqûre, de 1988, EDL), Ne m'appelez plus jamais mon petit lapin (1987, EDL), Loulou (1989, EDL), Tom. Le Maximagier (1990, Hatier, réalisé avec Alain Le Saux), Mathieu (1990, EDC), Barbe rose (1990, EDL), Quand je serai grand, je serai le Père Noël (1990, EDL), Le dictionnaire du Père Noël (1991, Gallimard), Petit musée. Livre d’initiation à l’art (1992, EDL), Le diable des rochers (1993, EDL), Un jour, un loup. Histoires d’amis, histoires d’amour (1994, EDL), Toi grand et moi petit (1996, EDL), Les garçons et les filles (1997, EDL – absent de la bibliographie de l’éditeur ; le chef d’œuvre de l’auteur : aussi fascinant que les portraits du Fayoum !), Trois sorcières (1999, EDL).
Les séries : Théo et Balthazar (1985-1988, et 1996) , Qui ? (1986), Monsieur l’ogre (1986-1988), Kiki la souris (1988-1991), Bébé ours (1990-1991), Des devinettes sur (1993), Kiko (1993-1995), Histoire d’un (1993), Madame-Monsieur (1994), Bébé (1994), Contes des quatre saisons (2000-2005 : contes et nouvelles).

Autres
Caillois Roger, Le mythe de la licorne, éd. Fata Morgana 1991

 

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