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La Table tournante
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Générique

A partir de 4 ans, de la MS au CM2, France, 1988, noir et blanc et couleurs, 78 minutes.

Réalisation en prises de vues réelles : Jacques Demy
Scénario : Jacques Demy et Paul Grimault
Image : Raymond Picon-Borel.
Musique : Wojciech Kilar.
Montage : Sabine Mamou.
Production : Les Films Paul Grimault/La SEPT.
Avec les voix de : Paul Grimault, Anouk Aimée, Alain Costa et les voix de Matthieu Demy (le petit clown), Anouk Aimée (la Bergère), Jean-Charles Rousseau (l’épouvantail et le robot).... Distribution : Gébéka films.

Résumé

Dans son studio, le cinéaste Paul Grimault montre à un petit clown de dessin animé ses principaux courts-métrages d’animation. Petit à petit, d’autres de ses personnages se joignent à la projection, comme la comédienne Anouk Aimée qui prêta sa voix, en 1950, à la première version du Roi et l’Oiseau, et Alain Costa, animateur du Petit clown pour la version de 1980 du même film. Dix films anciens sont ainsi proposés, auxquels vient encore s’ajouter une courte histoire nouvelle, Le Fou du roi, spécialement réalisée pour ce film.

Note d'intention

Dès les années trente, Paul Grimault se passionne pour le dessin animé et réalise ses premiers essais. Le succès du Roi et l’oiseau, sorti en 1980, confirme son désir de rééditer ses premiers court-métrages qu’il rassemble en 1988, sous le titre La Table tournante, avec l’aide de Jacques Demy. Dans La Table tournante, les dessins animés se mêlent aux prises de vue réelles de Paul Grimault dans son atelier, passant les bobines des films sur sa table de montage. Grâce à la magie du cinéma, un papier froissé se transforme en petit clown animé, un ours dessiné se métamorphose en personnage humain, un voleur de paratonnerres entre dans l’écran de projection. Un spectacle unique qui permet de découvrir l’imaginaire, la fantaisie et la poésie de Paul Grimault.

Mots clé

Séance de cinéma, cinéaste, neige, grand/petit

Tout le monde à table !

La Table tournanteExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Jean-Pierre Berthomé

 

 

Faut-il s’étonner que Paul Grimault ait choisi, pour être son interlocuteur dans La Table tournante, le plus modeste de ses personnages, et le plus récent, de préférence à tous ceux – plus connus – qu’on aurait aisément imaginés dans ce rôle. Ce petit clown anonyme qui dansait devant le tyran du Roi et l’Oiseau, c’était le cadeau du cinéaste aux spectateurs qui n’avaient pu voir en son temps La Bergère et le Ramoneur tel qu’il aurait voulu le film alors. Le seul personnage ajouté, avec la complicité de Jacques Prévert, au scénario initial. À l’époque, il aurait voulu en confier l’animation à l’un de ses collaborateurs les plus chers, Henri Lacam (celui qui avait animé le roi à l’origine, et aussi l’acrobate et le bonhomme de neige du Petit Soldat). Lacam est mort trop tôt pour animer les pirouettes du petit clown et c’est au benjamin de l’équipe nouvelle, Alain Costa, que Grimault a confié le relais, avec la tranquille confiance que sa fraîcheur d’invention compenserait son inexpérience.En le faisant réapparaître dans La Table tournante, le cinéaste confirme la place toute particulière du petit clown dans son œuvre. Celle du petit dernier de la famille, à qui on pardonnera bien des bêtises et des espiègleries parce qu’il représente la jeunesse et le futur. Peu d’œuvres évoquent autant que celle de Grimault l’idée de famille, avec ses bons et ses mauvais sujets, ses histoires plus ou moins secrètes, ses ressemblances et ses oppositions, ses situations qui se reproduisent, ses cousins perdus de vue et qui resurgissent un jour, on ne sait d’où, avec leurs histoires et leurs mystères. Peu d’œuvres sinon, justement, celle de Jacques Demy. Au malicieux Gô des Passagers de « la Grande-Ourse » répondent comme des frères le voleur de paratonnerres puis Niglo, le troubadour de La Flûte magique, tous identiques et différents à la fois, comme le seront encore les sinistres héros du Diamant et du Chien mélomane, ou les flics balourds du Voleur de paratonnerres qui reparaissent, plus menaçants, dans Le Roiet l’Oiseau. En ce sens, La Table tournante a tout d’une réunion de famille – autour d’une table, bien sûr – dont on profiterait pour présenter les grands cousins au petit dernier-né. L’avantage des grandes familles, c’est qu’on y peut choisir qui préférer. Impossible donc d’ignorer les faces inquiétantes de cet univers partagé entre lumière et ombre : le chat de L’Épouvantail, l’exploiteur du Diamant, le marchand de canons du Chien mélomane, le diable du Petit soldat. Pour le meilleur et pour le pire, ils font partie de la fratrie, soit. Mais rien n’impose de les inviter aux réjouissances, après tout, pas plus d’ailleurs que le robot du Roi et l’Oiseau, qui rêve encore de tout casser. Et, si l’on y prête bien attention, les policiers qui viennent se joindre au petit groupe pour regarder le dernier film ne sont pas les flics du Roi et l’Oiseau, mais ceux plus bonasses, moins dangereux dans leur éclatante stupidité, du Voleur de paratonnerres. Prendre ainsi le temps de rassembler la famille pour la passer en revue en fait mieux ressortir l’unité évidente, mais la réunion ici réalisée de tous les personnages et de tous les films fait éclater aussi la nette évolution dans le temps qui caractérise l’œuvre de Grimault.

Petite bibliographie

Sur Paul Grimault
— Paul Grimault, Traits de mémoire, Le Seuil, 1991 (livre de souvenirs très abondamment illustré).
— Paul Grimault, Le Roi et l’Oiseau, Gallimard, 1980 (dialogues, chansons et images du film).
— Paul Grimault, Les Passagers de « la Grande-Ourse », Gallimard, Réunion des Musées nationaux, 1995 (film raconté et abondamment illustré).
— Jean-Pierre Pagliano, Paul Grimault, Dreamland, 1996 (réédition du premier ouvrage intégralement consacré à Grimault).
— Collectif, Paul Grimault, artisan de l’imaginaire, catalogue de l’exposition montrée au Palais de Tokyo, 1991.
Image et son n° 204, avril 1967 (contient en particulier les découpages du Voleur de paratonnerres et du Petit Soldat).
Banc-Titre n° 11-12, mars 1980 : spécial Paul Grimault/Le Roi et l’Oiseau.

Sur le cinéma d’animation
— Robert Benayoun, Le Dessin animé après Walt Disney, Jean-Jacques Pauvert, 1961.
— Ramond Maillet, Le Dessin animé français, Institut Lumière, Lyon, 1983.
— Pascal Vimenet et Michel Roudévitch, Le Cinéma d’animation, CinémAction n° 51, 1989.
— Giannalberto Bendazzi, Cartoons, Liana Levi, 1991.
— et le Cahier de notes sur ... Le Roi et l’Oiseau réalisé par Jean-Pierre Pagliano, Les enfants de cinéma.

 

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