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Générique
A partir de cinq ans, de la GS au CM2, version française, 87 minutes.
Titre original : Storm Boy.
Réalisation : Henri Safran.
Scénario : Sonia Borg, d'après le roman de Colin Thiele.
Image : Geoff Burton. Musique Ken Hammond.
Production : South Australian Film Corporation.
Interprétation : Greg Rowe (Mike, dit « Storm Boy »), Peter Cummins (Tom, le père), David Gulpilil (Main de fer), Judy Dick (l’institutrice), Tony Allisson (le shérif).
Résumé
Mike a dix ans, mais il ne va pas à l’école : il vit seul, avec Tom son père, dans une baraque plantée sur un coin de côte sauvage et magnifique de l’Australie méridionale, loin de la civilisation. Mike, l’enfant-tempête, Storm Boy, a reçu son surnom de son ami aborigène, Main de fer. La rencontre avec cet homme solitaire est pour l’enfant le début d’aventures fertiles en émotions qui changent la vie du garçon et de son père. C’est lui qui va donner à l’enfant son premier livre. Et il joue un rôle actif dans la formation de Mike, l’initiant aux langages de la nature et de son peuple, les Kounaï, le rassurant lorsque des éléments menaçants apparaissent, trouvant les mots de consolation nécessaires à l'apaiser lorsqu’un chagrin trop fort le prend. Mike a élevé trois bébés pélicans dont la mère a été tuée. Tom les relâche quand ils sont grands, mais l’un d’eux, Monsieur Perceval, est resté fidèle à Storm Boy. L’oiseau aide même Tom et Main de fer à sauver des navigateurs en détresse. Les liens du père et du fils se renforcent, avec la présence amicale de l’Aborigène. Plus tard, Monsieur Perceval est abattu par des chasseurs. C’est encore Main de fer qui conduit Mike devant la tombe de l’oiseau et lui montre un nid de jeunes pélicans. « Les pélicans comme Monsieur Perceval ne meurent jamais » dit Main de fer à Storm Boy. Mike peut partir tranquille pour la ville où l’attend une place à l’école.
Note d'intention
Storm Boy touche par la simplicité de sa narration. À l'image des grandes lignes de ciel, des étendues de mer et de côtes, sable et roseaux mêlés, qui campent le décor du film, Safran trace en lignes simples son histoire, campe ses personnages en deux traits, laisse le silence s'installer dans son film. Peu de paroles, beaucoup de place laissée à la lenteur, au regard, aux sensations. De cette simplicité, naît quelque chose d'important dont les enfants ont tout à fait conscience. Par exemple qu'un sourire de Mike prend une place immense tout à coup. Ou encore qu'en dehors du drame de la mort de Monsieur Perceval, le pélican apprivoisé par le petit garçon, autre chose se joue : un choix de vie, un apprentissage, la rencontre de deux êtres dont un, l'enfant, exprime la jeunesse, l'avenir et l'autre, l'Aborigène, la sagesse, l'essence d'une civilisation.
Mots clé
Nature, père/fils, amitié, mer, deuil, école, livre, fugue, seul, traditions
Storm Boy ou le père retrouvé
Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Luce Vigo
Dans le monde entier, Henri Safran est, pour de nombreux cinéphiles, l’homme d’un seul film, Storm Boy, le reste de sa filmographie pourtant importante est peu connue. On peut se demander quelles sont les raisons de ce succès qui ne se dément pas au fil des années. « C’est une histoire simple et c’est ce qui m’a plu » dit Henri Safran au journaliste Éric Leguèbe en parlant du roman homonyme dont le film est tiré, écrit par Colin Thiele, instituteur en Australie du Sud.
Une simplicité apparente
Cette simplicité n’est qu’apparente. Elle existe essentiellement dans la fluidité du récit cinématographique. Celui-ci, dans son mouvement, reprend celui des vagues frappant la plage ou venant mourir en douceur sur la grève, ou encore le mouvement des hautes herbes dans lesquelles les personnages se fraient leur chemin, se cachent, découvrent des trésors, comme un nid de bébés pélicans. Mais la façon dont la situation des personnages, leurs sentiments et leurs relations entre eux et leur relation au monde, évoluent sans grands effets spectaculaires, suscite des questions, relance sans cesse l’intérêt et l’émotion des spectateurs. Le récit s’appuie sur une part d’événements très quotidiens, mais aussi, pour nous, complètement dépaysants sans être folkloriques, et sur une part d’événements qui relèvent de la magie. Mike est un enfant qui vit dans un milieu exclusivement masculin, même ses pélicans sont trois mâles. L’institutrice, seul personnage féminin, apparaît peu, même si elle est appelée à jouer un rôle important dans l’avenir du garçon. Cependant, Storm Boy, dans son silence d’enfant soumis et apparemment heureux, souffre d’un double manque affectif : la présence d’un père qui ne se contenterait pas d’un rôle nourricier, comme le fait Tom, et la présence d’une mère. Tout le film travaille à ce rapprochement du père et du fils qui aura pour conséquence la « réhabilitation » de Tom à ses propres yeux et aux yeux des autres, en tant que père et en tant que citoyen. La présence de Main de fer, doublement exclu, par sa tribu et par lui-même, aide à cette transformation des relations père-fils. L’Aborigène occupe auprès de Mike une place ambiguë : d’ami, de père… et de mère.
Nourrir...
Sans en être conscient, Mike reproduit dans sa relation avec ses trois pélicans, le même rôle de père nourricier que Tom avec lui. Et comme son père également, il prive les pélicans de leur vraie vie en voulant les garder toujours près de lui. Mais il y met plus de sentiments. Main de fer, aussi, attache beaucoup d’importance à la nourriture : on sait que Mike a souvent goûté à sa cuisine et le repas que partage le trio (Tom, son fils et Main de fer) a un rôle déterminant pour la suite des événements. c’est au cours de ce repas partagé, que Tom et Main de fer se font des confidences, dont l’une est mal interprétée par Mike : elle déclenche la fugue de l’enfant qui court à la recherche de la mère absente. Nourriture encore : c’est à l’aide d’un sandwich et d’un verre de lait que l’institutrice tente d’apaiser Mike ! Par de petits faits de ce genre Henri Safran montre bien que c’est d’une autre nourriture dont a besoin l’enfant.
Du paysage comme acteur
Le fait que l’histoire s’inscrive dans un paysage qui ne soit pas seulement un décor n’étonne en rien dans un film australien. Par son immensité, sa beauté, sa diversité et parce que sa terre a été colonisée, arrachée à ses habitants, les peuples aborigènes, le paysage australien n’est jamais filmé innocemment. Il participe au sens de l’histoire. Lorsqu’on découvre pour la première fois la silhouette d’un enfant ramassant des épaves, seul être humain au bord de cet océan balayé par les vents, survolé, habité par des centaines d’oiseaux, nous savons que ce n’est pas qu’une belle image, même si l’on ne se situe alors ni dans le temps ni dans l’espace. Mike, enfant aux cheveux mi-longs, pieds nus, toujours vêtu d’un informe pull-over noir ou verdâtre et de culottes courtes, semble tout à fait à l’aise dans cet espace. Les gestes du père pliant ses filets – comme ceux de Mike rangeant le bois dans le réduit aménagé dans un des murs extérieurs de la grande cabane, ou s’emparant de sa malle à trésors – accentuent cette impression d’intégration à ce lieu qui semble être le bout du monde. Nous savons vite qu’il n’en est rien. Lorsque Tom rompt le silence avec brusquerie, provoquant l’incident de la radio (seulement propre, d’après lui, à créer des envies inutiles et à propager des idées mensongères) son fils lui demande : « Pourquoi est-ce qu’on vit ici ? » et le père lui répond, après un temps de silence : « Parce que c’est le meilleur endroit. » C’est à cet échange, que notre curiosité s’excite. Ce « meilleur endroit » quel est-il ? Et meilleur par rapport à quoi ? À quel autre lieu s’oppose-t-il ? À la ville, à tout ce qu’on peut y trouver, à tout ce qu’on y a perdu en la fuyant : pour Tom, le père, c’est une femme aimée, un travail ; une femme, pour Main de fer ; une mère, une école où apprendre à lire, compter, écrire pour Mike, surnommé par Main de fer, Storm Boy (l’enfant-tempête).
Petite bibliographie
— Storm Boy de Colin Thiele, 1963. Traduction française d’Anne-Marie Chapouton, illustré par Gérard Franquin, Castor Poche/Flammarion, 1986.
— Storm Boy, dossier réalisé par le Groupe de recherche cinéma et éducation - L.F.E.E.P. (collection Un film, un dossier) Mission cinéma et éducation, F.O.L., Annecy.
— La revue du cinéma Image et son, n° 326, mars 1972.
— La saison cinématographique, hors-série n° 82.
— Cinéma australien, sous la direction de Claudine Thoridnet, Cinéma pluriel, collection dirigée par Jean-Loup Passek, Centre Georges Pompidou, 1991.
— Catalogue du 14e festival de cinéma de Douarnenez, Peuples aborigènes d’Australie, 20 août/1er septembre 1991.
— Totem et tabou de Sigmund Freud, Petite Bibliothèque Payot, 1993.
— Du rêve à la loi chez les Aborigènes de Barbara Glowczewski, PUF Ethnologies, 1991.
— Dossier de presse Storm Boy, Cinéma Public Films.
— Fiche de la Ligue française de l’enseignement distribuée par Citévox.
— Cahiers du cinéma n° 483, septembre 1994, Longue distance, L’Australie : du désert à Hollywood de Serge Grünberg.



