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Générique
A partir 8 ans, du CE2 au CM2, version muette, 97 minutes.
Sidewalk Stories, Charles Lane, 1989, USA, 97 minutes, noir et blanc.
Scénario, Production et Réalisation : Charles Lane.
Producteurs exécutifs : Howard M. Brickner, Vicki Lebenbaum.
Producteurs associés : Jeff Pullman, Christopher Quinn.
Assistantes réalisation : Jody O’Neil, Cassie Donovan.
Image : Bill Dill. Montage : Anne Stein, Charles Lane.
Musique : Marc Marder. Son : Paul Cote.
Production : Island Pictures.
Interprétation : Charles Lane (L’Artiste), Nicole Alysia (La Petite Fille). Sandye Wilson (La Jeune Femme), Darnell Williams (Le Père), Trula Hoosier (La Mère), George Riddick (Le Danseur), Tom Hoover (Le Portraitiste), Robert Clohessy, Franklin, Gordon, Bobby Howard (Les Gangsters de la ruelle), Angel Cappellino (La Mère de Bully), Paul James Levin (Bully), Luis Ramos, John Trezza (Les Kidnappeurs), Michael Baskin (Le Portier), Gerald Lane (Le Directeur de l’asile de nuit), Olivia Sklar (La Bibliothécaire), Robert Tuftee (Le Cocher), Chris Kapp, Jeffrey Carpentier, Bobby Johnson, Ben Schneeberg, Luis Garcia (Les Sans-logis).
Résumé
En marge du quartier des affaires et des foules pressées, vivait en ce temps-là à New York un jeune artiste, qui tentait de gagner sa vie en croquant sur le trottoir le portrait des passants. Vivant de peu, même au cœur de l’hiver, il avait élu domicile dans un immeuble abandonné. Un soir, au détour d’une ruelle, il recueille une fillette, dont le père vient d’être assassiné. Il l’adopte et se débrouille tant bien que mal pour la nourrir, la vêtir et la loger. Leurs aventures, souvent cocasses, parfois un peu amères, mais toujours empreintes de tendresse, leur font arpenter les trottoirs, les asiles de nuit, les bibliothèques et les jardins publics, mais également l’appartement luxueux d’une riche jeune femme. Lorsque la fillette retrouve enfin sa mère, l’artiste s’efface : il ne lui reste rien, pas même l’immeuble en ruine qui l’abritait. Et, le conte achevé, il réalise que le trottoir a l’odeur, le goût d’acier de la réalité.
Note d'intention
Tourné à New York en février 1989, Sidewalk Stories (Histoires de trottoir) a été, la même année, présenté à Cannes dans la sélection de la Quinzaine des Réalisateurs. L’enthousiasme des spectateurs, qui ont applaudi debout le film pendant plus d’un quart d’heure, lui a valu de remporter le Prix du Public. Puis, accompagné cette fois de la musique de Marc Marder, le film a remporté le Grand Prix et le Prix de la Mise en Scène au festival de l’Humour de Chamrousse. D’autres prix internationaux viendront consacrer le succès de Sidewalk Stories , parmi lesquels on peut remarquer le Prix Spécial Guggenheim, couronnant le film comme meilleure « Source d’inspiration pour les enfants ». Sorti aux Etats-Unis le 3 novembre 1989, il remporte un vif succès auprès du public et de la critique. Dès sa sortie en France, le 25 avril 1990, il est loué par une presse nationale presque unanime et remporte un beau succès commercial. Aussi bien, c’est sur des bases solides que le film s’est construit : sur l’amitié et la complicité, nouées dès les années 70 dans les sous-sols de l’université, entre Charles Lane et le compositeur Marc Marder.
Mots clé
New-York, clochard, rapt, musique, Chaplin, burlesque, vie quotidienne, ville, muet/sonore, artiste de rue
Le retrait, le voile et l’énigme
Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Rose-Marie Godier
"Au début d’un chant nous ne pouvons savoir
ce qui va suivre, mais en entendant le dernier son,
nous comprenons tout ce qui a précédé."
Guido d’Arezzo, Micrologus, 1025.
C’est à la mort de Charlot que nous convia en 1952, dans Les Feux de la rampe, Charlie Chaplin : Charlot meurt, non pas sur scène, mais en coulisse et face au spectacle de la beauté du monde, face au corps en mouvement d’une ballerine, qui prolonge encore le souvenir du Petit Vagabond. Mais Charlot jamais ne fut un personnage ; comme Arlequin, et sous l’effe td’un curieux évhémérisme, il fut d’emblée un mythe. Chaplin le sait bien. Les mythes ne meurent pas, point n’est besoin de les ressusciter. Et si on les convoque, ce n’est pas à la manière dont on convoque les spectres, les doubles, ou les fantômes, mais à seule fin de révéler dans le tissu de notre modernité d’anciennes forces oubliées. Jean Renoir s’enthousiasmait pour les tragiques grecs, que le recours aux mythes, c’est-à-dire à des histoires que tout le monde connaissait, préservait de tout racontage d’histoires : « Dans une structure qui est toujours la même, on est libred’améliorer ce qui est seul valable, le détail de l’expression humaine » . De la même manière envisageait-il la commedia dell’arte : jouer « à la cane », c’est-à-dire improviser sur des canevas, permettait l’expression la plus pure du « réalisme intérieur », qui faisait à ses yeux tout le prix de l’art cinématographique. Ainsi, en recourant au mythe du Petit Vagabond – celui qui dans Le Kid entreprenait d’adopter un enfant –, Charles Lane n’entreprend pas un film nostalgique, encore moins archaïsant ; si l’on ne peut s’empêcher de voir, derrière la silhouette de l’Artiste, celle de l’homme à la canne, c’est que dans Sidewalk Stories le présent se fait réminiscent.
Les deux films ne sont pas superposables, et dans le « bougé » qui s’opère entre l’Autrefois et le Maintenant, Sidewalk Stories propose aussi une figure rédimée de l’artiste : dans Le Kid, le mauvais père qui abandonne la femme et l’enfant, était peintre ; pour Lane, le peintre est figure de l’altruisme. Dans ce film, que le spectateur d’aujourd’hui ne peut envisager d’un regard innocent, et où, pour reprendre les mots de Walter Benjamin, « l’Autrefois rencontre le Maintenant dans un éclair pour former une constellation », une évidence s’impose : dès la rencontre entre l’Artiste et la fillette, dès l’adoption, est nécessairement inscrite pour nous leur finale séparation. Car, semblables aux spectateurs du théâtre grec, nous connaissons la fin. Et, de même que cette fin pesait sur la perception entière de la tragédie attique dès son commencement, de même la fin de la fable pèse-t-elle sur les images légères de Sidewalk Stories – non pas l’épilogue, qui reste une totale surprise, mais la fin de l’histoire d’amour entre les deux personnages. Sidewalk Stories se joue dans l’éphémère, dans un temps précieux, fragile : dans un temps orienté. Aussi le film échappe-t-il au burlesque, au temps accéléré et au « présent du ressenti, perpétuellement renouvelé », qui dans les films du genre autorise tout juste une « lecture à court terme » et provoque le rire. Dans Sidewalk Stories le réel n’est jamais loin, celui des rues, des commissariats, des asiles de nuit : le film, loin d’abstraire ses personnages de la réalité, entreprend de construire autour d’eux l’impalpable enclave du rêve et de la liberté. Assez loin du réel pour éviter l’émotion, et de l’irréel pour écarter le rire, la comédie progresse sur une ligne de crête – du moins jusqu’à sa toute fin. Et l’on peut se demander si Charles Lane ne s’est pas précisément servi de certaines formes établies, afin de donner du sens à certaines propriétés du cinéma
Car Sidewalk Stories n’est pas un film muet : la montée sonore de la dernière séquence est là pour attester, non pas de l’absence du son dans toutes celles qui l’ont précédée, mais de son retrait. Et c’est bien de silence qu’il faut parler ici. Quelles forces anciennes Charles Lane entendait-il capter, quelles étaient les qualités du silence dont s’entouraient les films, jusqu’à ce qu’avec l’avènement du parlant, nous les nommions « muets » ? Ou, plus précisément, revenons à la question ouverte par Stanley Cavell : « A quoi a-t-on renoncé en renonçant au silence du cinéma ? »
Petite bibliographie
- Jérôme Charyn, New York : chronique d’une ville sauvage, Découvertes Gallimard, Mémoire des lieux, 1994.
- Catherine Pouzoulet, New York, New York : espace, pouvoir, citoyenneté dans une ville-monde, Belin, 2000.
- Leonardo Benevolo, Histoire de la ville, Parenthèses, 2000.
- Paul Blanquart, Une histoire de la ville : pour repenser la société, La Découverte, 1998.
- Colin Rowe et Fred Koetter, Collage City, Infolio, 2002.
- Patrick Declerk, Les Naufragés, coll. Terre Humaine, Plon, 2001.
- Djemila Zeneidi-Henry, Les SDF et la ville : géographie du savoir-survivre, Bréal, 2002.


