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Le Roi et l’Oiseau
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Générique

À partir de 5 ans, de la GS au CM2.

85 minutes.
Réalisation Paul Grimault.
Scénario : Jacques Prévert et Paul Grimault d'après le conte d'Andersen, La Bergère et le Ramoneur.
Dialogues : Jacques Prévert.
Image : Gérard Soirant.
Musique : Wojciech Kilar.
Chansons : Joseph Kosma (musique), Jacques Prévert (paroles).
Production : Les Films Paul Grimault, Les Films Gibé, A2.
Voix des personnages : Jean Martin (l'Oiseau), Pascal Mazotti (le Roi), Raymond Bussières (le Chef de la police), Agnès Viala (la Bergère), Renaud Marx (le Ramoneur),…
Distribution : Gébéka films

Résumé

L’Oiseau présente l’histoire dans laquelle il s’illustra… Dans son immense et luxueux palais bâti au milieu de nulle part, le Roi Charles Cinq et Trois font Huit et Huit font Seize de Takicardie distrait sa solitude en tirant sur d’innocents volatiles – presque toujours sans succès car il louche affreusement. Cette activité lui attire l’hostilité de l’Oiseau-père, qui trouve bientôt une occasion de venger sa famille. Le despote convoite une Bergère, elle-même amoureuse d‘un Ramoneur qui le lui rend bien. Le jeune couple s’évade des tableaux où ils sont peints, mais leur bonheur est de courte durée : le Roi – ou plutôt son double peint – les pourchasse avec toute sa police et un gigantesque Robot destructeur. Grâce à l’assistance et à la ruse de l’Oiseau, après bien des péripéties et des dangers, le Ramoneur et son bienfaiteur arrachent la Bergère aux griffes du Roi au moment même de leur mariage et délivrent le peuple opprimé de la Ville Basse. Le Roi disparaît à tout jamais tandis que le Robot passe dans le camp des libérateurs en écrasant d’un poing puissant la cage-symbole de la tyrannie.

Note d'intention

Au cours de son histoire mouvementée, Le Roi et l'Oiseau a rassemblé dans sa boîte des éléments inattendus qui en font un film atypique du cinéma d'animation et aussi un « film-culte ». Avoir comme auteurs Prévert et Grimault, partir d'un conte d'Andersen, développer dans la couleur somptueuse de ses décors des petits personnages porteurs d'une histoire, mais aussi de l'Histoire, faire résonner les chansons de Prévert/ Kosma, les jeux de mots de ce beau parleur d'Oiseau, mais aussi les signes de la lutte contre l'obscurantisme et pour la liberté… C'est beaucoup. On peut y ajouter, entre autres, une intense poésie et constater que, même très jeunes, tous les enfants adorent ce film.

Mots clé

Envol, pouvoir, domination, soulèvement, Prévert, love-story, vertige, dessus-dessous, références picturales, rébellion, château, roi, escaliers

Jusqu’au bout du rêve

Le Roi et l’OiseauExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Jean-Pierre Pagliano

 

 

Un film d’exception
Depuis un bon demi-siècle (la première version du film date de 1953), l’aventure de la bergère et du ramoneur traverse allègrement nos écrans et la mémoire de plusieurs générations de spectateurs. Des premiers croquis pour La Bergère tracés en1945 à la sortie du Roi et l’Oiseau en 1980, ce fut aussi pour Paul Grimault une longue aventure, qu’il résumait ainsi : « J’ai mis cinq ans pour le réaliser et trente pour trouver l’argent ! » Notre pays est le berceau du dessin animé. Pourtant – malgré une certaine embellie en ce début du XXIe siècle – on y réalise peu de longs métrages, et lorsqu’on en produit ils sont généralement animés à l’étranger pour des raisons économiques. Avec une légitime fierté, Jacques-Rémy Girerd pouvait présenter sa Prophétie des Grenouilles (2003) comme « le premier dessin animé de long métrage entièrement fabriqué en France depuis Le Roi et l’Oiseau ». À cet égard déjà, le film de Grimault et Prévert est une référence. Il l’est à bien d’autres titres – si j’ose dire, puisqu’il en a précisément changé, de titre, au cours de sa houleuse histoire. Bien avant que l’animation n’entre dans le champ plus large de la cinéphilie (elle cesse à peine d’être perçue comme un genre marginal), Le Roi et l’Oiseau avait déjà réussi cette percée. Seul dessin animé couronné par le Prix Louis-Delluc (en décembre1979), il est également le seul – avec Blanche-Neige et les Sept Nains – à figurer parmi les cent films préférés des Français (sondage-palmarès du Mondeet de la Fnac, octobre 1999). Son importance ne se limite pas à l’Hexagone. Tout autant que Le Petit Soldat (1947), Le Roi et l’Oiseau est considéré commeun des sommets de l’animation mondiale. Et l’on sait que l’influence de La Bergère et le Ramoneur a été décisive sur lesmaîtres japonais Takahata et Miyazaki : le dessin animé pouvait éveiller les consciences, marier réalisme et symbolisme, dégager une profonde émotion en faisant exister (et pas seulement bouger) les personnages sur l’écran. Juste retour des choses : ces qualités sont aujourd’hui reconnues par le public français dans Le Tombeau des lucioles ou dans Le Voyage de Chihiro. Au Japon, l’animation n’est pas un genre réservé à l’enfance. Elle souffre encore chez nous de ce préjugé terriblement restrictif, même si les goûts et les mentalités évoluent avec l’arrivée, notamment, des longs métrages nippons. Le Roi et l’Oiseau, plus nettement que La Bergère et le Ramoneur, s’était déjà affranchi de la barrière des âges. Ce classique se transmet de génération en génération, comme les poèmes et les chansons deJacques Prévert, qu’on découvre dans l’enfance et qui nous accompagnent toute la vie. Le dessin animé de Grimault peut d’ailleurs être abordé comme un film de Prévert. On y reconnaît des thèmes, des types, une invention verbale communs aux films écrits par le poète pour son frère Pierre, pour Grémillon, Renoir ou pour Marcel Carné. C’est surtout cette dernière association, étiquetée « réalisme poétique » dans les Histoires du cinéma, qu’évoquait André Bazin après la présentation de La Bergère et le Ramoneur au festival de Venise 1952 : « Il est troublant de constater par exemple la permanence d’un thème qu’on aurait pu croire inséparable du réalisme cinématographique, celui de la banlieue, et qui révèle ici sa véritable valeur métaphorique. À l’univers du roi méchant (…) s’opposent les quartiers souterrains où le soleil ne pénètre jamais mais où chante l’aveugle qui croit à la lumière. On pense à l’Aubervilliers du Jour se lève (…) et l’on comprend mieux quels symboles de la condition humaine Prévert poursuivait dans les cercles de l’enfer suburbain. »

Réalisme dans la fantaisie et raffinement dans la satire
Si judicieux que soit le commentaire d’André Bazin, il serait mal venu d’étendre à l’ensemble du film ce réalisme noir dont Prévert a effectivement été le chantre pour Carné. La collaboration avec Grimault prend d’autres couleurs. Alors que Carné illustre le versant nocturne de Prévert, Grimault incarne son versant solaire. Le poids du destin ne pèse pas chez Grimault, la fatalité – sociale ou métaphysique – lui est étrangère. La façon dont les deux amis s’approprient l’histoire d’Andersen est très révélatrice de leurs intentions. Dans le conte danois, la velléité émancipatrice des deux protagonistes tourne court : ils rejoignent bien vite leur coin de cheminée au lieu d’explorer « le vaste monde ». Chez Prévert et Grimault, au contraire, la résignation n’est pas de mise et l’évasion réussie des jeunes amoureux fera des émules, jusqu’à changer l’ordre du monde…

Petite bibliographie

DES LIVRES
— Paul Grimault, Traits de mémoire, Le Seuil, 1991. « Autobiographie graphique » de l’artiste, couvrant l’ensemble de ses activités (cinéma, illustration, publicité, paysages…). Ouvrage
grand format richement illustré, complété par une chronologie bio-filmographique très détaillée.
— Jean-Pierre Pagliano, Paul Grimault, Lherminier, 1986 ; réédité chez Dreamland, 1996. Analyse de l’univers de Paul Grimault, suivie d’entretiens avec le cinéaste, de témoignages,
d’une filmographie complète et d’une bibliographie. Nombreux documents, photos de films, croquis, etc.
Paul Grimault, artisan de l’imaginaire, catalogue de l’exposition rétrospective du Palais de Tokyo, Paris, 1991. Ouvrage collectif comportant de nombreux documents de travail et le détail
des oeuvres exposées.
Paul Grimault et Jacques Prévert, Le Roi et l’Oiseau, Gallimard, 1980. Le film raconté en mots et en images, avec dialogues et chansons.

UN DVD
Le Roi et l’Oiseau, 2003, StudioCanal Vidéo (réf. 302144-0).
Outre la version entièrement restaurée du Roi et l’Oiseau, ce double DVD contient l’autre long métrage de Paul Grimault, La Table tournante (en collaboration avec Jacques Demy), deux documentaires inédits sur l’artiste et sur la réalisation du Roi et l’Oiseau, des films publicitaires de Paul Grimault et de Jean Aurenche.

UN CD
La B.O. du Roi et l’Oiseau (musique de Wojciech Kilar), entièrement remastérisée, Play-Time, 1997. Distribution Wagram Music (réf. PL 970936). Livret de 16 pages couleurs (témoignages,
photos, documents).

INTERNET
Le site officiel : www.paulgrimault.com

 

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