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La Prisonnière du désert
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Générique

À partir de huit ans du CE2 au CM2.

Version française, ou version originale sous-titrée, 119 minutes.
Titre original : The Searcherss
Réalisation : John Ford
Scénario : Franck S. Nugent d'après le roman d’Alan le May
Image : Winton C. Hoch, Alfred Gilks (seconde équipe), (VistaVision).
Son : Hugh Mc Dowell, Howard Wilson
Musique : Max Steiner
Montage : Jack Murray
Production : C.V Whitney, Mérian C. Cooper, Warner Bros
Interprétation : John Wayne (Ethan Edwards), Jeffrey Hunter (Martin Pawley), Henri Brandon (le chef Comanche « Scar »), Vera Miles (Laurie Jorgensen), Ward Bond (le capitaine révérend Clayton), Natalie Wood (Debbie Edwards)
Distribution : Action Gitanes

Résumé

Trois ans après la guerre de Sécession, Ethan Edwards revient auprès des siens. Son frère, Aaron, sa belle-sœur, Martha, ses nièces, Lucy et Debbie et son neveu, Ben, vivent dans un ranch implanté dans un désert. Martin Pawley, trouvé par Ethan, après le massacre de sa famille par les Indiens, partage leurs destinées. Après des années de séparation, l’amour entre Martha et Ethan reste entier. Le lendemain de la venue d’Ethan, les Texas Rangers de Clayton (militaire et révérend) passent prendre Aaron pour récupérer du bétail volé chez les Jorgensen. Ethan et Martin le remplacent. Quand ils reviennent, la ferme se consume. Aaron, Martha et Ben ont été tués, les deux filles ravies par leurs agresseurs : des Comanches aux ordres de Scar. Le groupe abusé ne perd pas de temps pour rattraper Lucy et Debbie. La mâchoire guerrière des Comanches se referme sur lui. Il en réchappe et n’insiste pas. Ethan continue, flanqué de Martin et de Brad Jorgensen (fiancé de Lucy). Ethan enterre Lucy trouvée morte dans un canyon. Éperdu de douleur Brad s’offre aux balles des Comanches. Plus passe, plus Debbie se mue en une femme indienne pour Scar, et plus Ethan rumine ses intentions criminelles pour sa nièce. Après deux années de chasse infructueuse Ethan et Martin regagnent le corral des Jorgensen. Pour le plus grand dépit de Laurie (fiancée de Martin), ils repartent le lendemain. Une lettre en souffrance d’un certain Futterman les relance sur la piste de Debbie. Une longue errance recommence, racontée par Martin qui écrit à Laurie. Jusqu’au jour où un vieux Mexicain les conduit sous la tente de Scar où se trouve Debbie. Le lendemain la jeune fille accourt les prévenir. Ethan sort son arme, Martin couvre Debbie, quand jaillissent les Comanches. Fuite. Le mariage de Laurie Jorgensen (lassée d’attendre) et de Charly (son soupirant) est interrompu par l’arrivée surprise des deux searchers. Il l’est aussi par un jeune lieutenant venu chercher du renfort pour capturer Scar qui campe dans la région. Martin tente seul la prise de Debbie. Il tue Scar qui les surprend. Ethan surgit et ramène sa nièce vivante chez les Jorgensen. Il repart seul dans le désert.

Note d'intention

Œuvre majeure de John Ford et du Cinéma, La Prisonnière du désert (1956) marque un tournant dans la filmographie du réalisateur. Le film porte la marque des doutes et des incertitudes du maître envers un genre – le western classique – trop souvent enclin à délivrer une idéologie factice. Dès le début, on note une caractérisation inhabituelle du héros Ethan (interprété par John Wayne), un homme abattu, amer, raciste. Ce n’est qu’au terme de sa longue quête que s’opère sa conversion, et qu’il accepte enfin « l’Autre ». « Conduire les enfants dans une salle de cinéma voir La Prisonnière du désert est une bouleversante connaissance poétique et plus que jamais une décisive expérience politique. Il faut les deux, réunies dans la plénitude d’une grande œuvre ».

Mots clé

Filiation, rapt, caverne, seul, errance, métissage, racisme, assassinat, indigènes, rural

Le Prisonnier du désir

La Prisonnière du désertExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Pierre Gabaston

 

 

Où l’explicit réfléchit l’incipit

Après plusieurs années de recherche acharnée Ethan retrouve Debbie, kidnappée par les Comanches, et la ramène chez les Jorgensen. Descendu de cheval, il prend Debbie dans ses bras et la dépose sur les planches de leur auvent. Le vieux couple l’aide à gagner l’intérieur en rasant de face la caméra. Ethan reste seul sur le seuil, s’écarte pour laisser passer Laurie et Martin. Il regarde le jeune couple réconcilié comme l’image d’un bonheur dont lui-même n’a jamais su saisir le moment. A-t-il trop idéalisé Martha, comme une femme au foyer ? Pourquoi son frère Aaron lui a-t-il soufflé Martha ? N’a-t-il pas su lui avouer sa passion ravageuse ? Questions sans réponses, trous noirs de l’histoire, connaissance perdue. Sa grande carcasse redouble le bord droit du cadre de la porte et remarque dans l’espace du plan le jeune couple. Il le consacre, en devient son premier témoin. Il voit Martin avec Laurie, il revoit Martha en Laurie. Mais Martin a pu s’enhardir pour voler Debbie sous le tipi de Scar. Il y a pire, Scar connut Martha et Debbie, il y a de quoi devenir fou… Muet, mélancolique, Ethan se retourne, pris dans son cadre, et s’en retourne, repris par le désert, indéfiniment. Il repart, sans être aimé quelque part. Étonnant effet de réel à cet instant. Ethan sort de lui-même etreste lui-même dans la sortie de lui-même. Le désert l’arrache à tout ce qui n’est pas d’une essence, le désert le réduit aux passions essentielles. Son effacement dans l’éternité matérielle d’un film est son apothéose. Il s’absorbe dans la fresque ocre d’un Mythe. Faut-il imaginer Ethan heureux ?

Il nous tourne le dos. La Prisonnière du désert s’arrête là. Cette œuvre n’est pas une révélation pour un au-delà, mais une direction pour notre gouverne en ce monde-ci. Martha/Laurie : pulsions. Deux mouvements identiques aux finalités contraires. Martha s'arrête dans son élan pour Ethan. Laurie court libre vers Martin. Elle s'engage sans retenue dans le champ dégagé du format Vista Vision. Martha/Laurie : reprises de dos par la caméra. L'une biffée (croix des bretelles dans son dos), l'autre blanche et ouverte. L’impulsion comprimée de Martha, pour qui un interdit endigue son mouvement à l’arrivée d’Ethan, se déplace et se libère avec Laurie qui bondit et franchit la rampe de la scène familiale, sort de son cadre en deux plans. Plus de frein au transport de son cœur. La beauté humaine éclate, se cristallise soudain dans un élan de vie de quelques secondes, dans ce film de Ford Laurie s’affranchit du temps de l’histoire à travers un espace maintenant réduit et à nouveau parcouru. Écrasée par le vide qui assiège sa maison Martha hallucine le retour d’Ethan et, de la fiction, le fait revenir à la vie. Ainsi naît la réalité de l’histoire avec Ethan perdu et retrouvé : sort précurseur de celui de Debbie, perdue, elle aussi, et retrouvée. Ils reviendront réunis. Jusqu’au clivage tragique de ce dernier plan fixe qui à la fin du film les fissure et les sépare à jamais. Debbie rentre, mais pas Ethan. Vacant, disponible, Ethan regagne la profondeur de champ qui l’avait vu poindre, mais cette fois il la remonte en sens inverse, errant dans un espace ouvert à une histoire sans fin. Il fut l’infatigable arpenteur qui traça les sillons de l’histoire. À nous, maintenant, de savoir écrire le scénario de l’Histoire. Ethan face à nous. Plus de retournement à 180° sur l’axe de la projection de son désir. Différence essentielle avec l’ouverture du film. Ethan entrait dans le décor de son rêve nostalgique de survivant de l’Histoire, le foyer des Edwards : épée en main, Ethan de guerre revient habiter un canevas brodé aux formes un peu mièvres d’une douce imagerie populaire. Deux éléments fondamentaux composent ce tableau. La longue tableau tour de laquelle se ressoude une famille pour le rituel des repas. Et l’âtre, pour un Ethan s’imaginant prendre son temps, brûlant nonchalamment des bûches dans la cheminée. Ethan s’est-il perdu dans l’illustration d’un livre des cérémonies édifiantes à l’imagerie de chromo ?

Petite bibliographie

John Ford, La Prisonnière du désert, une tapisserie navajo, Jean-Louis Leutrat, Adam Biro, 1990.

John Ford, Peter Bogdanovich, Edilig, Paris, 1988.

John Ford, Linsday Anderson, Hatier, Paris, 1985.

John Ford, Andrew Sinclair, Édition France-Empire, Paris, 1980.

Pour John Ford, Jean Roy, Édition du Cerf, Paris, 1976.

John Ford, sous la direction de Patrice Rollet et Nicolas Saada, Éditions de l’Étoile/Cahiers du Cinéma, Paris, 1990.

 

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