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Princes et Princesses
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Générique

À partir de cinq ans, de GS à CM2.

France, 2000, 70 minutes, animation, couleurs.
Auteur et réalisateur : Michel Ocelot.
Animateurs : Lionel Kerjean, Gilles Burgard, Pascal Lemaire, Georges Sifianos, Bénédicte Galup, Inni Karine Melbye, Michel Ocelot, Hugues Bourdoncle.
Décorateurs : Michel Ocelot, Richard Mithouard, Inni Karine Melbye, Bénédicte Galup, Lionel Kerjean.
Monteuses : Anita Vilfrid, Michèle Péju, Dominique Leféver.
Assistantes monteuses : Aïcha Benhalima, Dominique Brune-Dursen.
Compositeur : Christian Maire.
Ingénieur du son musique : Jean Taxis.
Bruiteurs : Dominique Lemaire, Bertrand Boudaud.
Ingénieur du son mixage : Alec Goosse.
Retouche d‘images : Florent Mounier.
Producteurs : Didier Brunner, Jean-François Laguionie.
Coproduction : La Fabrique, Les Armateurs, Studio O,Gebeka films.
Interprétation (voix des personnages) : Arlette Mirapeu, Philippe Cheytion, Yves Barsaq (avecFrançois Voisin).
Distribution : Gebeka films.

Résumé

À la tombée de la nuit, entre des immeubles d’une ville moderne, une fille et un garçon se rejoignent dans la salle d’un cinéma abandonné. Avec la complicité de l’ancien projectionniste et sous l’œil attentif d’un oiseau nocturne, ils s’inventent des histoires. Une abondante documentation consultée par ordinateur attise leur imagination. Chacun se dessine un costume qu’un robot confectionne sur mesure. Puis, ils passent derrière le rideau de scène pour interpréter les personnages de leur conte. L’écran s’allume à six reprises.

La Princesse des diamants

Une princesse, victime d’une malédiction, doit être délivrée par celui qui parviendra à rassembler les cent onze diamants de son collier égarés dans l’herbe, avant l’écoulement fatidique d’un sablier. Un jeune prince accomplit ce prodige avec l’aide des fourmis qu’il a sauvées du feu.

Le Garçon des figues

Le second récit transporte les enfants en Égypte ancienne où un jeune et pauvre fellah obtient les faveurs de la reine Hatshepsout en lui offrant chaque jour une figue fraîche mûrie en plein hiver. L’intendant du palais, jaloux, ourdit une machination qui se retourne finalement contre lui. Et le fellah prend sa place auprès de la reine.

La Sorcière

Nous sommes maintenant au Moyen Âge. Un roi offre la main de sa fille à qui pénétrera dans le château de la sorcière. Plusieurs princes s’y essaient en vain : la forteresse résiste à tous les assauts. Finalement, un jeune observateur descend de l’arbre où il était perché et demande poliment à la sorcière la permission d’entrer. L’hôtesse du château se montre si aimable que le jeune homme renonce pour elle à la princesse.

Le Manteau de la vieille dame

Le Japon de la période Edo. Sur le chemin qui la ramène chez elle, une vieille dame vêtue d’un somptueux manteau est accostée par un brigand. Le robuste gaillard propose de la porter. Mais il la conduit en un lieu désert pour la détrousser. Hélas pour lui, la vieille dame qui a gardé toute sa vigueur lui serre les côtes dans l’étau de ses cuisses. Et voici le pauvre bougre contraint de jouer les montures dociles jusqu’au bout de la nuit.

La Reine cruelle

Dans un monde de science-fiction, une reine soumet ses prétendants à l’« épreuve de la cachette ». Si l’un d’eux parvient à échapper aux investigations du méga radar jusqu’au coucher du soleil, il deviendra son époux. Tous échouent. Sauf un montreur de fabulo qui, se faisant lui-même passer pour l’un de ces petits animaux mélomanes, trouve refuge dans la chambre de la reine.

Prince et Princesse

Et pour finir, un parc romantique où une princesse romantique embrasse un prince romantique. Mais tout se passe exactement à l’inverse d’un conte de fée : le prince se transforme en crapaud et la princesse en limace. Comment sortir de cette impasse ? La seule issue est de s’embrasser, de s’embrasser encore… jusqu’à l’inversion finale des rôles.

Note d'intention

C’est pour la télévision que Michel Ocelot imagine initialement les contes de Princes et Princesses. Il projette une suite de courts métrages singuliers, reliés entre eux par un motif commun. Le principe sera donc celui d’une série d’histoires autonomes que s’inventent, un soir après l’autre, deux jeunes héros. Le budget étant minime, Michel Ocelot choisit le recours à l’animation de silhouettes en papier. Le titre du film reprend au pluriel celui du dernier conte Prince et Princesse. Porté par le succès de Kirikou et la sorcière et la notoriété nouvellement acquise de son auteur, Princes et Princesses rencontre un large public et contribue à faire de son réalisateur une figure désormais incontournable de l’animation française.

Mots clé

Contes, séance de cinéma, costume, couleurs, envol, ombre et lumière, prince/princesse, sorcière, château, métamorphose

L’ombre amoureuse ou la petite fabrique des images

Princes et Princesses Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Xavier Kawa-Topor

 

 

Tout commence dans une salle de cinéma abandonnée, où les bobines ont fini de tourner. Le spectacle s’est arrêté, le public a déserté. Le rideau est baissé sur l’écran blanc. La scène d’introduction de Princes et Princesses fournit d’emblée bien plus qu’un prétexte narratif à l’enchaînement des six contes : elle pose la condition d’existence du cinéma de Michel Ocelot. Un écran vierge qui semble faire écho à la pensée d’Oscar Wilde : tout ce qu’il faut savoir ignorer pour pouvoir créer ! Si cet écran est vide d’images, c’est que les lieux sont désaffectés. Dans cette ville moderne qui enferme les humains dans des appartements anonymes, où le lien social s’est distendu, la salle de cinéma a fermé ses portes. Au fronton, les lettres de la vieille enseigne s’affaissent une à une dans l’obscurité et l’indifférence. Triste tableau des années 1980 où l’individualisme gagne. Derrière la mosaïque lumineuse des appartements, on imagine la multitude des postes de télévision allumés sur des programmes différents. Et voici que dans la nuit, une jeune fille et un garçon s’évadent de leur citadelle de béton respective et se rejoignent en cachette, tels de nouveaux Roméo et Juliette. L’amour, pourtant, n’est pas en jeu, du moins pas encore. Il viendra au bout de la nuit, au terme du jeu, précisément. Pour le moment, les protagonistes se glissent à l’intérieur du cinéma et prennent place derrière leurs tables à dessin. Comme il n’y a plus de film à voir, toute liberté est donnée d’en imaginer de nouveaux. Au service de la créativité des jeunes gens, la salle de cinéma dispose d’un équipement clandestin improbable : ordinateurs, tables lumineuses, bibliothèque et bras robotisés d’un « costumatic » futuriste. Cependant, pour mettre en image les histoires qu’ils s’inventent, les héros de Michel Ocelot choisissent une forme de spectacle artisanale : le théâtre d’ombres. Vêtus de costumes de circonstance, ils se dissimulent à l’abri du rideau rouge, avant que la lumière du projecteur ne s’allume, pour interpréter eux-mêmes les héros de leur conte. Leurs propres silhouettes apparaissent sur la toile – ou plus vraisemblablement derrière – telles de vivantes ombres chinoises. Cette « régression technique » souligne, bien sûr, la portée de l’acte de nos jeunes clandestins : un acte de résistance qui réinvestit l’écran blanc, vestige d’avant l’ère télévisuelle, et lui redonne vie, une vie d’images rudimentaires, comme une évocation fantomatique de celles du passé. Mais elle dénote également un tout autre désir de retour. L’imagerie clandestine sur l’écran n’est plus une simple projection devant des spectateurs mais la composition vivante des silhouettes des jeunes gens devenus acteurs, et mus par le besoin d’incarner eux-mêmes leurs personnages, d’éprouver leurs histoires, de faire l’expérience de la fiction avec une intensité et un engagement égaux si ce n’est supérieurs à la vie même. Cette nécessité irrépressible de jouer, de jouer avec son ombre comme avec un double étrange, rappelle la pulsion tout enfantine qui consiste, dans une salle decinéma, à tendre la main dans le faisceau lumineux du projecteur pour la voir envahir l’écran vierge. Princes et Princesses se présente donc comme un théâtre d’ombres, ou plus exactement comme le film d’un théâtre d’ombres prenant lui-même place dans un cinéma abandonné. Deux niveaux de réalité se distinguent de prime abord : la salle d’une part, et l’écran d’autre part, où se succèdent les représentations des contes, véritables fictions dans la fiction. Soit un espace en trois dimensions et l’autre réduit à un plan. Le premier se caractérise par une certaine profondeur de champ créée parles arrière-plans dessinés. Quant au second, il trouve sa singularité dans la lumière qui en émane et accentue le contre-jour. Mais ce qui rend ténue la frontière entre ces deux espaces fictionnels, c’est l’usage indifférencié des ombres de part et d’autre. Michel Ocelot aurait pu rendre flagrante la dichotomie en réservant l’usage des silhouettes découpées à l’écran de cinéma pour utiliser ailleurs un autre procédé. Mais il ne le fait pas, optant pour une solution de continuité qui a l’avantage décisif de rendre immédiate l’intégration des personnages à la réalité plane de l’écran de cinéma et insensible leur passage d’un espace à l’autre. Le doute se produit alors dans l’esprit du spectateur sur la nature même des images projetées sur l’écran : film ou théâtre d’ombres ? Le contexte joue en faveur de la première hypothèse ; mais les sièges laissés vides par le garçon et la fille, et leurs voix étouffées provenant de l’arrière-scène, prouvent le contraire.

Petite bibliographie

Sur le cinéma d’animation
— Giannalberto Bendazzi, Cartoons : le cinéma d'animation, 1892-1992, Liana Levy, 1991.
— Olivier Cotte, Il était une fois le dessin animé, Dreamland, 2001.
— Hervé Joubert-Laurencin, La lettre volante : quatre essais sur le cinéma d’animation, Presses de la Sorbonne nouvelle, 1997.
— Pierre Jouvanceau, Le Film de silhouettes, Le Mani, 2004
— René Laloux, Ces dessins qui bougent, - 1892-1992 cent ans de cinéma d’animation, Dreamland, 1996.
— Michel Roudevitch, Pascal Vimenet, « Le cinéma d'animation », CinémAction n° 51,1989.

Sur les contes
— Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Laffont, rééd. 2003.
— Vladimir Propp, Morphologie du conte, Seuil, rééd. 1999.
Il était une fois les contes de fées - Catalogue de l'exposition de la Bibliothèque nationale de France, collectif, Seuil, 2001.

Autour des films de Michel Ocelot
— Georges Sifianos, « Une technique idéale, entretien avec Michel Ocelot », Positif n° 370, décembre 1991.
— Luce Vigo et Catherine Schapira, Cahier de notes sur…Kirikou et la Sorcière, Les enfants de cinéma.
— Jean-Claude Landier, Princes et Princesses, dossier pédagogique, Gebeka films et Hatier.
Princes et Princesses, dossier de presse du film édité par Gebeka films.

Livres de Michel Ocelot
Autour de Kirikou
— Michel Ocelot, Kirikou et la Sorcière, Milan, 1999.
— Michel Ocelot, Tout sur Kirikou, Seuil, 2003.
— Michel Ocelot, Philippe Andrieu, Kirikou et la Hyène noire, Milan, 2004.
— Michel Ocelot, Philippe Andrieu, Kirikou et le Buffle aux cornes d’or, Milan, 2004.

Autour de Princes et Princesses
— Michel Ocelot, La Vieille Dame et le Voleur, Seuil, 2000.
— Michel Ocelot, Prince et Princesse, Seuil, 2000.
— Michel Ocelot, La Princesse des diamants, Seuil, 2000.
— Michel Ocelot, La Reine cruelle, Seuil, 2001.
— Michel Ocelot, La Sorcière, Seuil, 2001.
— Michel Ocelot, Le Garçon des figues, Seuil, 2001.

 

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