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Porco Rosso
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Générique

À partir de cinq ans, de GS à CM2.

Version française, 93 minutes.
Réalisation : Hayao Miyazaki.
Scénario : Hayao Miyazaki.
Image : Atsushi Okui.
Animation : Megumi Kagawa, Toshio Kawaguchi.
Effets spéciaux : Kaoru Tanifuji, Tomoji Hasizume, Tokiko Tamai.
Production : Studio Ghibli.
Voix françaises : Jean Reno (Porco Rosso), Adèle Carasso (Fio), Gérard Hernandez (Piccolo), Sophie Deschaumes (Gina), Jean-Pierre Carosso (Mama Aiuto), Jean-Luc Reichman (Curtis).

Résumé

Dans une petite partie du monde (l’Adriatique italo-balkanique), et à un bref moment de l’histoire (vers1929, sous la dictature fasciste) – plus sûrement dans l’utopie d’un monde imaginaire qui ne serait peuplé que d’hydravions –, un chasseur de primes, aimé des femmes et pourtant mystérieusement affublé d’un visage de porc depuis un voyage dans l’au-delà dont il est revenu vivant, est en lutte avec de ridicules pirates de l’air. Contre leur mercenaire, le matamore américain Curtis, s’engage une lutte plus homérique – ou plus westernienne – qui culmine dans un duel final public. L’enjeu de la lutte semble autant l’argent que deux femmes idéalisées, successivement Gina, l’amie d’autrefois de Marco devenu Porco, amoureuse transie de son vieux camarade, nostalgique de l’avant-guerre qui chante Le temps des cerises, et Fio, ingénieur mécanicien, jeune fille en fleur et garçon manqué. Les personnages essentiels du film sont néanmoins les hydravions en bois de l’entre-deux-guerres, et notamment le Savoia S-21 rouge du héros, dont toute la partie centrale du film est consacrée à la reconstruction dans une petite fabrique familiale milanaise très couleur locale. Si bien que, nonobstant l’aspect prodigieusement réaliste, pour un dessin animé, des décors et des comportements, l’important, dans Porco Rosso, reste de dessiner et d’animer un avion très rouge qui vole avec quelques autres au-dessus d’une mer très bleue.

Note d'intention

Porco Rosso est inspiré d'un manga (bande dessinée) de Hayao Miyazaki, L'Ère des hydravions. Il est intéressant de montrer un long métrage d'animation, récent et venu du Japon – pays qui abreuve les chaînes de télévisions d'innombrables séries regardées par tous les jeunes. Ce film porte en lui toutes les contraintes des « projets colossaux que sont les dessins animés de long métrage », mais il a su exprimer, à travers un dessin clair et précis, une originalité narrative. Semblant s'inspirer de films d'aventures, Porco Rosso crée un monde utopique, une fable, un mystère. C'est aussi un film sur la nostalgie et Le Temps des cerises, chanté par Gina, est là pour le rappeler.

Mots clé

Guerre, aventure, envol, nuages, étrangeté, charme, monstre, métamorphose, chanson, avion, anthropomorphisme

La grande illusion ou l’ordinaire dans l’extraordinaire

Porco RossoExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Hervé Joubert-Laurencin

 

 

Porco Rosso est la création d’un monde utopique, de fable, de graphisme et de mouvement, déguisé en film d’aventures classique, photographique, au réalisme comportemental à l’hollywoodienne. Il exprime les exactes tensions qu’on trouve à l’œuvre dans tous les projets colossaux que sont les dessins animés de long métrage. Tandis que les courts métrages sont, dans le champ de l’animation, la part libérée des contraintes, le lieu privilégié de l’invention et de l’art (en dehors du phénomène commercial des séries, qui représente, quant à lui, la partie la plus prisonnière), les longs métrages sont des entreprises risquées et pleines d’entraves, surtout d’entraves à la liberté créatrice. De ce pointde vue, Porco Rosso s’en tire avec un relatif bonheur, et cela est probablement dû au fonctionnement du studio Ghibli, et, en général, à la carrière indépendante qu’a menée Hayao Miyazaki à l’intérieur de l’industrie moderne du dessin animé japonais. Il apparaît que la conscience claire des contraintes liées au métrage a contribué à façonner le film, ce que l’on peut appeler, en première analyse, son scénario. En ce sens, Porco Rosso est l’histoire d’un pilote affublé d’une tête de porc, conçue à l’intérieur d’une entreprise à visage humain. Au-delà et en deçà du scénario et des contraintes de fabrication, nous allons nous intéresser à la manière dont ce film invente, et construit sur ses bases une mythologie, à la fois originale et « gratuite » dans son invention, comme toutes les vraies mythologies, en même temps que dépendante de la forme qu’elle s’est choisie ou qui l’a choisie : le dessin et l’animation.

In illo tempore
« En ce temps-là... » : ainsi commencent les contes. Ainsi s’insinue Porco Rosso dans notre mémoire. Car c’est d’un film sur la nostalgie qu’il s’agit. Celle-ci est portée explicitement par le personnage de Gina. D’une part parce qu’elle chante Le Temps des cerises, une chanson que l’on peut tenir pour l’élégie du romantisme révolutionnaire, dans laquelle se mêlent les regrets des amours passées et ceux de la Commune de Paris, elle-même mélange du rêve d’un communisme utopique et de la réalité d’une société historiquement réalisée, proposition contradictoire proche de l’ordre du conte, et reprise par la création de l’univers de Porco Rosso. D’autre part par ses mouvements doux, sa voix mesurée, son rôle maternel de protectrice des grands enfants, son caractère idéaliste d’amoureuse transie, et sa manière de collectionner les photos et les souvenirs de sa jeunesse. Personnage qui n’existait pas dans la première mouture de l’histoire de Porco Rosso, Gina n’est que l’alter ego, le dédoublement fémininde Marco Pagotto, ravagé lui aussi, peut-être même jusque dans son corps, par la nostalgie ou, du moins, par le souvenir, « la griffe » du passé (pour reprendre le titre français d’une œuvre de Jacques Tourneur.) Avant même la caractérisation du personnage de Gina, c’est toute l’histoire qui est, à l’origine, empreinte d’une nostalgie qu’on pourrait qualifier d’« antiquaire», attirée par le passé, comme les enfants ou les grands enfants peuvent collectionner les maquettes d’appareils attachés à un illo tempore très précis, à un autre temps et un autre lieu que celui de leur vie quotidienne. En témoigne sans ambiguïté le document essentiel que constitue la bande dessinée (le manga, doit-on dire pour être à la mode, puisqu’il s’agit d’une BD japonaise) de Hayao Miyazaki intitulée L’Ère des hydravions, parue ennovembre1984, justement dans un magazine japonais de modélisme : Model Graphix. De fait, à l’exception d’un plan très bref de la séquence 18, il n’apparaît pas dans le film un seul appareil qui ne soit un hydravion de l’entre-deux-guerres : cela fonctionne comme une obsession constructive, une convention proprement fabulatoire, d’autant plus forte qu’elle s’insinue dans la perception du spectateur à proportion du réalisme historique et dessiné des machines. La mythologie qui se crée possède une couleur, ou plutôt une bannière tricolore – qui n’est pas exactement celle du drapeau italien, très présent, quant à lui, dans les décors: une mythologie bleu, blanc et rouge. Bleu idéal et altier pour l’addition ou la fusion de la mer et du ciel adriatiques (la Méditerrannée est, du reste, le siège historique de nos mythologies antiques), blanc maternel – et peut-être couleur du neutre et de l’épuisement des contraires –, pour la Voix Lactée, les sillages blancs, l’écharpe de Porco claquant au vent et les nuages protecteurs, rouge politique et terrestre de l’avion et des cerises-gouttes de sang de la Commune, enfin.

Petite bibliographie

• Articles autour de Porco Rosso :
Positif, n° 412, juin 1995 (entretien avec le réalisateur).
Kaméha, n° 11, juin 1995 (éditions Glénat).
Player, juin 1995 (reportage aux studios Ghibli).

• Album tiré du film :
Porco Rosso, la légende, éditions Glénat, 1995.

• Pour situer le cinéma d'animation japonais

Cartoons (le cinéma d'animation, 1892-1992), par Giann Alberto Bendazzi, éditions Liana Levi, 1991, chap. XIX.

 

 

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