Ponette
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Générique

À partir de 8 ans, du CE2 au CM2.

France, 1996, couleur. Durée : 100 min.
Réalisation : Jacques Doillon
Interprétation : Victoire Thivisol (Ponette), Delphine Schiltz (Delphine, la cousine), Matiaz Bureau Caton (Matiaz, le cousin), Léopoldine Serre (Ada). Marie Trintignant (la mère), Xavier Beau-vois (le père), Claire Nebout (la tante), Aurélie Vérillon (laFille de l'internat), Henri Berthon (L'instituteur). Carla Ibled (Carla), Luckie Royer (Luce), Antoine du Merle (Antoine), Marianne Favre (Marianne). Avec la participation des enfants de l'école de Saint-Auban-sur-l'Ouvèze.
Scénario : Jacques Doillon
Image : Caroline Champetier
Musique : Alain Sarde
Son : Jean-Claude Laureux, Dominique Hennequin
Décor : Henri Berthon
Montage : Jacqueline Lecompte
Production : Les films Alain Sarde, Rhône-Alpes Cinéma
Distribution : Tamasa.
Assistants à la mise en scène : Marie de Laubier, Sandrine Revet, Emmanuel Rigaut
Collaboration au premier scénario : Brune Compagnon
Casting enfants : Antoinette Boulat
Répétitrice et assistante responsable des enfants : Kris Portier de Bellair
Psychanalyste auprès des enfants : Marie-Hélène Encrevé.

Résumé

Ponette, quatre ans, se retrouve à l’hôpital, le bras cassé, après un accident de voiture où sa mère a trouvé la mort. Après l’enterrement, son père, qui travaille à Lyon, la confie à sa tante, à la campagne, chez qui elle retrouve ses cousins Mathias et Delphine. Ponette ne se résout pas à la mort de sa mère et cherche un moyen de lui parler, de la faire revenir. Dans un premier temps, elle s’isole et refuse de jouer avec ses cousins. Sa tante, croyante, lui parle du ciel et de Dieu qui a accueilli sa mère auprès de lui. Son père, qui vient la voir de temps en temps, lui dit de ne pas écouter ces « histoires» et que les morts ne reviennent pas et ne parlent plus aux vivants. À la rentrée, les trois cousins se retrouvent dans l’internat d’une école privée, dans un village voisin. Conseillée par ses cousins et d’autres enfants, elle tente de contacter Dieu afin de faire revenir sa mère et de lui parler. Une fillette autoritaire, Ada, lui fait passer les « épreuves » qui lui permettraient de devenir une « enfant de Dieu » et de lui demander directement de faire revenir sa mère. Ponette désespère car ses prières restent sans réponse. Un matin, au petit jour, elle se rend seule sur la tombe de sa mère qui apparaît pour lui demander de cesser de pleurer et de profiter de la vie. Sur le chemin du retour, portant le pull-over rouge que sa mère lui a confié avant de disparaître, Ponette retrouve son père et lui annonce que sa mère est revenue pour lui demander « d’apprendre à être contente ».

Note d'intention

Ponette est un film étonnant dans l’histoire du cinéma. Il aura fallu la foi d’un cinéaste comme Jacques Doillon pour qu’un projet artistique si ambitieux aboutisse.
En effet, c’est une petite actrice de 4 ans, Victoire Thivisol, qui porte le film sur ses épaules ! De plus, le sujet traité est très difficile: il s’agit de la mort accidentelle de la mère ! Autant dire que le pari du cinéaste était périlleux !
Et pourtant le résultat est là : Ponette est un film magnifique, sensible et émouvant. Le ton n’est jamais larmoyant, ni mièvre. Les enfants, et surtout le personnage de Ponette, sont filmés avec justesse grâce au talent d’un artiste courageux.

Mots clé

Deuil, épreuve, tombe, fugue, peur, hôpital, cette nuit-là, en quête, père/fille, pension, laïcité

 

PonetteExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Alain Bergala

 

 

De Ponette je dirai d’abord que c’est une des plus belles leçons de confiance dans le cinéma que je connaisse. Pour entreprendre un tel film, il a fallu au cinéaste une ténacité à toute épreuve et croire avec la foi du charbonnier qu’il pouvait demander au cinéma quelque chose que personne ne lui avait jamais demandé et que le cinéma aurait la générosité de lui donner en échange. C’est ce qui s’est passé. Rien pourtant ne garantissait que ce projet insensé ait une chance d’aboutir, et d’aboutir à un film de cette force d’évidence et de cette maîtrise de mise en scène. Tout le menaçait d’échouer ou de devenir fortement antipathique : le pari de faire porter le rôle principal et permanent sur les épaules d’une petite fille de quatre ans ne sachant pas lire ; le danger pour un adulte d’écrire les dialogues d’enfants de cet âge ; le danger de manipulation, voire d’exploitation de l’enfance au bénéfice de la réussite du film ; le danger des émotions faciles et du chantage sentimental quand on parle d’une enfant qui vient de perdre sa mère ; le danger de baisser les exigences de la mise en scène devant la difficulté de travailler avec des acteurs si petits : le dangerde faire sur un tel sujet un film malaisant dont le spectateur sortirait en état d’angoisse, avec une boule dans la gorge. C’est un film unique qui prouve que si le cinéaste fait confiance au cinéma et à sa relation aux acteurs, s’il est bien au clair avec ses intentions, s’il a une solide morale du cinéma et s’il est prêt à prendre tous les risques, le miracle peut avoir lieu et il peut éviter les nombreux écueils qui menaçaient son projet et parvenir à réaliser un film limpide, mis en scène avec la plus grande rigueur, au-dessus de tout soupçon quant à son rapport à l’enfance, un film dont l’émotion n’est jamais obtenue par un quelconque chantage aux sentiments et dont on sort – que l’on soit grand ou petit – parfaitement apaisé, plus léger et confiant dans les puissances de la vie qu’on n’y était entré.

Une expérience vécue au présent du personnage
Le sujet aurait pu s’y prêter mais on chercherait en vain une once de morbidité dans ce film où l’on partage sans la moindre avance ni surplomb ce que vit ce personnage de quatre ans qui vient de perdre sa mère. Et devant le mystère de la mort et du deuil, où nous sommes toute notre vie toujours aussi démunis, où personne n’a de l’avance sur personne, le personnage de Ponette, dans cette traversée du deuil le plus lourd à porter qui soit pour une enfant, celui d’une mère, nous permet d’approcher l’incompréhensible, l’inacceptable – la mort subite d’un proche – par notre expérience de spectateur du film. Doillon, en effet, s’est farouchement refusé à tout effet de surplomb sur ses personnages et quand il déclare qu’il a beaucoup appris de cette petite fille sur son propre rapport au scandale de la mort, il faut le prendre au pied de la lettre. Ce film est le contraire d’un film où le cinéaste penserait en savoir plus que son personnage d’enfant sous prétexte que c’est un enfant, ou, pire, utiliserait une enfant pour créer du pathos sur son dos. Ce que l’on sent en permanence dans Ponette, c’est que Doillon, Ponette, Victoire (l’actrice qui l’incarne) le film lui-même, le spectateur, avancent en même temps, au même pas, dans l’inconnu de cette traversée du deuil. Jour après jour, scène après scène, ce que fait Ponette ne semble jamais obéir à un scénario qui en saurait plus qu’elle sur l’état où elle en est avec la mort de sa mère. Et nous, spectateurs, vivons son expérience au présent avec le sentiment que tout est ouvert, que chaque séquence qui arrive apporte des expériences, des recherches, des hypothèses de vie nouvelles dont nous ne savons pas au moment où nous les partageons si elles seront viables ou non, ni quel sera leur avenir. Il était essentiel pour que le film donne le sentiment d’avancer au pur présent d’une expérience que Victoire, la petite actrice, soit parfaitement synchrone au tournage avec le présent de chaque scène. Tout reposait donc sur son travail d’actrice. Doillon sait depuis longtemps que c’est de la relation entre le cinéaste et le comédien que dépend la réussite du jeu d’acteur. Il lui fallait donc trouver le bon rapport de travail avec Victoire et compter sur elle, comme sur une actrice adulte, pour donner l’impression au spectateur, à chaque plan, qu’elle ne sait pas d’avance ce qu’elle va faire ni dire dans la fraction de seconde qui va suivre, même lorsqu’elle a un texte écrit à dire et des indications de mise en scène très précises à jouer. La petite actrice y est parvenue avec une incroyable puissance d’invention, sans jamais donner l’impression d’anticiper sur les gestes, les mimiques, les postures, les mots qui vont être les siens. Le spectateur, par son truchement, a l’impression d’expérimenter avec elle, en même temps qu’elle, quelque chose de la traversée de ce moment difficile de la vie, et d’en sortir avec la force (par procuration) de cette expérience dont Ponette sort elle-même renforcée dans son désir de vivre.

Petite bibliographie

Éléments de bibliographie
– Jacques Doillon, Le Jeune Werther, Gallimard, coll. « Pages blanches », 1993.
– René Predal, Jacques Doillon. Trafic et topologie des sentiments, Cerf - Corlet, coll. « Septième Art », 2003.
– Alain Philippon, Jacques Doillon. Entretiens. Scénario de La Vengeance d’une femme, Yellow Now/Studio 43/Ciné 104, 1991.
– Brigitte Labbé, Michel Puech, Azam Jacques, La vie et la mort, Milan Jeunesse, coll. « Les Goûters philosophiques ». Existe également en « livre-audio ».

DVD disponibles
Un DVD remarquable du film Ponette, coédité par MK2 et le SCEREN-CNDP dans la Collection « Eden cinéma » avec, en bonus, un film d’Alain Bergala, Rencontre avec Jacques Doillon, et des témoignages de collaborateurs et de Jacques Doillon lui-même…
Neufs films de Jacques Doillon sur l’enfance, en 2 Coffrets DVD ( édités par MK 2).
– Enfance 4 – 11 ans.
– Enfance 12 – 18 ans.
Par ailleurs, de très nombreux films de Jacques Doillon existent en DVD chez des éditeurs divers.

DVD en rapport avec le sujet de la mort
– Carl. Th. Dreyer, Ordet, 1955.
– Denis Gheerbrant, La Vie est immense et pleine de dangers, 1994.
– Christine Pascal, Le Petit Prince a dit, 1992.
– Carlos Saura, Cria Cuervos, 1976.

Sites à visiter
Journal L’Humanité – Entretien du 25 septembre 1996 avec Jacques Doillon : www.humanite.fr/1996-09-25_Articles_-Jacques-Doillon-Ponette-aurait-du-etre-mon-premier-film

 

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