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La Planète sauvage
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Générique

À partir de 8 ans, du CE2 au CM2.

René Laloux, France-Tchécoslovaquie, 1973, 72 minutes, animation, couleurs.
Réalisation : René Laloux.
Œuvre originale : Oms en sériede Stefan Wul (éditionoriginale Fleuve noir, Paris, 1957).
Adaptation, scénario et dialogues : René Laloux, RolandTopor.
Dessins originaux : Roland Topor.
Graphisme des personnages : Josef Kabrt.
Graphisme des décors : Josef Vana.
Musique : Alain Goraguer
Chefs animateurs : Jindrich Barta, Zdena Bartova, Bohumil Sedja, Zdenek Sob, Karel Strebl, Jiri Vokoun.
Directeurs de la photographie : Lubomir Rejthar, BorisBaromykin.
Chefs monteurs : Hélène Arnal, Marta Latalova.
Collaboration artistique pour la synchronisation : Hélène Tossy
Bruitage : Robert Pouret.
Paysages sonores et effets spéciaux : Jean Guérin.
Ingénieurs du son : Jean Carrère, René Renault.
Mixage : Paul Bertault.
Directeur de production : Vaclav Strnad.
Studio d’animation : Studio Jiri Trnka, Kratky film à Prague.
Producteurs : Simon Damiani, André Valio-Cavaglione.
Coproduction : Les Films Armorial - Paris, Service de la recherche ORTF, Ceskoslovensky Filmexport - Prague.
Voix des personnages principaux : Jennifer Drake (Tiwa), Jean Topart (Maître Sinh), Jean Valmont (Terr adulte, le commentateur).
Sortie nationale : le 6 décembre 1973.
Distribution : Tamasa.

Résumé

Sur la planète Ygam vivent les Draags, géants humanoïdes à la peau bleue et aux yeux rouges. Ces êtres qui ont atteint les plus hauts sommets de la connaissance mènent une existence de loisir et de méditation. Ils possèdent pour animaux familiers les hommes*, rapportés d’une lointaine planète dévastée. Tiwa, la fille du grand édile des Draags, a recueilli un bébé auquel elle a donné le nom de Terr : les quatre premières lettres du mot « terrible ». La petite créature domestique grandit vite : une semaine draag représente une année pour un homme. Tiwa, comme tout enfant draag, suit un enseignement par « imprégnation directe ». Une connexion fortuite entre l’écouteur de la fillette et le collier de Terr fait du petit homme l’auditeur clandestin de ces leçons : des pans entiers du savoir draag s’impriment dans son cerveau. Bientôt, Tiwa est devenue trop grande pour jouer avec son petit protégé. Terr, délaissé, prend la fuite, traînant derrière lui le précieux écouteur. Dans la nature, il fait la rencontre d’une jeune fille sauvage, Mira. Celle-ci le mène dans un parc abandonné où se cache le clan du Grand Arbre : une bande d’hommes sauvages subsistant grâce à des larcins perpétrés dans les entrepôts draags. Malgré l’hostilité initiale du sorcier, Terr est vite adopté. L’écouteur sert à des leçons collectives grâce auxquelles les hommes s’éduquent. Mais la prolifération de cette population sauvage et sa hardiesse grandissante inquiètent les Draags. Les édiles décident la « déshommisation » du parc. Transgressant les ordres, Terr court prévenir le clan rival du Buisson creux. En fuite, les hommes rescapés sont acculés dans un fossé et doivent livrer combat. Un Draag est tué. Émus par l’événement, les édiles optent pour des mesures radicales, tandis que l’exode des hommes a déjà commencé. Guidés par la Vieille qui commande le Buisson creux, les survivants parviennent à une usine de fusées désaffectée. En quelques années, les progrès de leur civilisation ont été tels que les hommes achèvent la fabrication d’engins interplanétaires capables d’atteindre la Planète sauvage où ils espèrent trouver refuge. Les signes avant-coureurs de la grande déshommisation précipitent leur départ. Sous la direction de Terr, qui, adulte, a succédé à la Vieille, les hommes s’envolent vers la planète promise. Ils y découvrent le secret de la méditation des Draags et leur vulnérabilité. Confrontés en deux combats meurtriers, sur Ygam et sur la Planète sauvage, hommes et Draags décident d’un accord pour vivre en paix.

Note d'intention

Dans ce film, pionnier du genre puisque avant La Planète sauvage, seul Paul Grimault avait relevé le défi du long-métrage d’animation avec une ambition artistique affichée, les hommes sont à la merci des Draags, des géants à la peau bleue.
Adaptation d’une œuvre littéraire – Oms en série de Stefan Wul – La Planète sauvage est un film de science-fiction, traversée par une réflexion politique portée par le duo Laloux-Topor.

Ce film iconoclaste séduit tous les publics pour son ingéniosité dramatique, il tient le spectateur en haleine jusqu’à la fin !

Mots clé

Science-fiction, domination, soulèvement, cruauté, fugue, peur, lévitation, références picturales, grand/petit, apprentissage, sauvage/apprivoisé, planète

Le Mystère Laloux

Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Xavier Kawa-Topor

 

 

L’image de La Planète sauvage qui me touche le plus est celle de Terr, allongé sur le ventre, le visage tourné vers la caméra. Son regard pur, rêveur, son sourire énigmatique expriment une mélancolie propre à l’enfance. Dans le script de René Laloux, Terr a alors sept ans, chiffre que l’on donne symboliquement pour l’ « âge de raison », ce moment de l’enfance où le regard que l’on porte sur le monde est censé gagner une acuité nouvelle. Terr fixe la caméra comme s’il regardait derrière l’apparence des choses. Plus exactement, c’est la fixité de son expression, sur cette image arrêtée, qui perce progressivement l’invisible paroi qui le sépare de nous, spectateurs, et force notre pudeur. Troublante est aussi la posture du petit garçon dans son réalisme même : étendu sur le sol, la tête appuyée sur l’avant-bras gauche, l’épaule frôlant le menton, les doigts qui jouent distraitement les uns avec les autres... Tout est douceur dans ce portrait, calme et sérénité enfantine, tranquille abandon. Pourtant, si le sourire du personnage rayonne d’un bonheur simple, il en souligne déjà la fugacité, comme si l’instant se chargeait de sa propre nostalgie. Terr vient de jouer avec Tiwa. La scène s’offre comme une parenthèse heureuse dans l’existence du petit d’homme, après la mort tragique de sa mère et sa capture par les Draags. Pour la première fois, l’enfant sourit et visiblement s’amuse. Il n’est plus cet « animal savant », au regard triste, manipulé par une fillette au gré de ses caprices . En grandissant, Terr a lié une certaine complicité avec sa jeune maîtresse : dans le jeu, chacun se prête aux facéties de l’autre. Ainsi, Terr, poursuivi par un furieux orage, dans la chambre de Tiwa, est-il tombé à terre. Immobile, les paupières closes, il mime la mort, manifestant la victoire de sa maîtresse. Cette « mort feinte » n’est pas tant un acte de soumission qu’une ruse. En cachette de Tiwa, le garçonnet ouvre un œil, puis l’autre, pétillants d’espièglerie, et adresse son regard à la caméra, comme pour dire au spectateur: « Ce n’est qu’un jeu.» La prise à témoin se charge aussi d’une signification plus profonde. Tout, dans cette fuite sous l’orage, depuis la chute de l’enfant jusqu’à sa position finale sur le sol, rappelle les circonstances de la mort de sa mère, dans la séquence inaugurale du film. Terr semble rejouer littéralement la scène jusqu’à son issue fatidique. Alors, il ouvre les yeux. Que lire dans son regard à ce moment-là, sinon l’appel d’un orphelin ? Car Terr est orphelin. Et c’est l’un des éléments originaux du film parmi les plus significatifs. La disparition de la mère n’est pas dite dans le roman de Stefan Wul. Dans La Planète sauvage au contraire, elle ouvre non seulement le récit, mais elle accompagne la destinée du personnage. L’itinéraire de Terr est ains imarqué par trois rencontres successives : trois figures féminines auxquelles correspondent les trois âges de la vie. Tiwa, la fillette Draag, Mira, la jeune femme sauvage, et enfin la Vieille qui commande la bande du Buisson Creux. Tiwa est probablement la plus maternelle des trois. Elle joue avec Terr comme avec une poupée, lui prodiguant des soins attentionnés. Mère de substitution pour le petit orphelin, Tiwa vient à le délaisser quand elle grandit. Alors Terr s’évade. La première personne qu’il rencontre dans sa fuite est Mira, une jeune fille sauvage, un personnage qui n’existe pas non plus dans Oms en série. La rencontre a lieu à la lisière d’une forêt semblable à celle aperçue dans la première séquence. Cette circonstance, associée à la vague ressemblance physique de Mira avec la mère de Terr, pourrait suggérer que le personnage est instinctivement revenu sur les lieux de sa naissance. Tout au moins la fuite de Terr semble-t-elle inspirée par une recherche inconsciente de ses origines. L’alliance des deux personnages, signifiée dès les premières images où l’on voit Terr et Mira côte à côte, tirant en tandem le bracelet géant, annonce en substance leur union. Mais une union où l’amour n’apparaît qu’en second plan – tout juste les personnages échangeront-ils, à l’écran, un baiser tendre sur la joue. L’enjeu principal du film est ailleurs : dans « l’adoption » de Terr par le clan du Grand Arbre. Épreuves et rituels jalonnent le chemin initiatique du personnage qui entre alors dans l’âge adulte. Terr affronte en combat singulier l’un des acolytes du sorcier, il est ensuite revêtu de la tenue tribale parles « escargots-tisseurs » ; enfin, ayant pris part à la mise à mort du « vampire-tamanoir », le jeune homme est admis parmi les chasseurs à boire le sang de la bête. Mieux : il en est aspergé, dela tête aux pieds. Bientôt cependant, Terr enfreint la loi du clan et court avertir la bande rivale du Buisson creux de l’imminence du danger qui guette les humains. La Vieille qui commande le clan compose alors une troisième évocation maternelle. Sévère figure matriarcale dont l’autorité s’impose à tous, le personnage est animé d’une volonté sans faille et d’une clairvoyance manifeste. Après l’attaque des Draags, la Vieille rassemble les survivants des deux clans sous son aile et les guide vers un destin collectif : l’exode commence…

Petite bibliographie

René Laloux et La Planète sauvage
Nous conseillons tout d’abord la lecture des deux ouvrages écrits par René Laloux. Le premier est un parcours subjectif dans l’histoire mondiale du cinéma d’animation, au gré duquel l’auteur aborde des questions esthétiques essentielles. Le second livre se présente sous la forme
d’un recueil d’aphorismes, articles et notes brèves, témoignant du regard que René Laloux porte sur le monde et sur l’art : ses fameuses « idées au logis ».
Ces dessins qui bougent – 1892-1992, cent ans de cinéma d’animation, Dreamland, 1996.
Au secours !... je suis né, Nuits rouges, 2000.

Concernant l’oeuvre de René Laloux, nous renvoyons aux différents interviews, films et documents proposés en « bonus » sur le DVD de La Planète sauvage. Le livre de Fabrice Blin retrace pour sa part de façon circonstanciée la carrière du réalisateur. Il est ponctué de documents iconographiques rares et d’entretiens avec les principaux collaborateurs de Laloux, parmi lesquels Roland Topor. On trouvera enfin dans l’Avant-scène cinéma le script du film avec l’ensemble des dialogues.
La Planète sauvage, DVD zone 2, Arte vidéo, 2001.
– Fabrice Blin, Les Mondes fantastiques de René Laloux, Le Pythagore, 2004.
L’Avant-scène n°149-150, juillet-septembre 1974.

Stefan Wul et l’oeuvre originale
Les romans de science-fiction de Stefan Wul ont fait l’objet en France de plusieurs éditions. Nous indiquons ici les plus usuelles – notamment pour Oms en série, oeuvre originale dont est inspirée le film – ainsi que pour chaque titre l’édition originale, entre parenthèses.
Retour à « 0 », Gallimard Jeunesse, 2000, illustrations de Gilbert Maurel
(édition originale Fleuve noir, 1956).
Niourk, Gallimard, 2001 (édition originale Fleuve Noir, 1957).
– Rayons pour Sidar, Denoël, 1998 - épuisé (édition originale Fleuve noir, 1957).
La Peur géante, Denoël, 1998 (édition originale Fleuve noir, 1957).
Oms en série, Gallimard, 2000 (édition originale Fleuve noir, 1957).
Le Temple du passé, Denoël, 1996 (édition originale Fleuve noir, 1957).
– L'Orphelin de Perdide, Denoël, 1993 (édition originale Fleuve noir, 1958).
La Mort vivante, Denoël, 1996 (édition originale Fleuve noir, 1958).
Piège sur Zarkass, Denoël, 1996 (édition originale Fleuve noir, 1958).
Terminus 1, Denoël, 1994 (édition originale Fleuve noir, 1959).
Odyssée sous contrôle, Denoël, 1993 (édition originale Fleuve noir,
1959).
Noô, Gallimard, 2002 (édition originale Présence du futur, 1977).
Des informations sur l’auteur (bibliographie, entretiens, analyses critiques…) sont consultables sur le site internet d’un passionné : http://membres.lycos.fr/stefanwul

L’univers de Roland Topor
Sans pour autant oublier l’abondante oeuvre littéraire de Roland Topor, partiellement disponible en librairie, nous nous contentons d’indiquer quelques ouvrages offrant une première découverte de l’univers – notamment graphique – de l’artiste.
– Roland Topor, Un beau soir je suis né en face de l'abattoir, Denoël, 2000.
– Roland Topor, Rébus, Horay, 2003 (anthologie).
– Collectif, Roland Topor - Dessins paniques, Hazan, 2004.
– Laurent Gervereau, Presque tout Topor, Alternatives, 2005 (anthologie).

Science-fiction, cinéma et société
Voici quatre ouvrages, parmi d’autres, classés du généraliste au plus spécialisé, ouvrant des pistes de réflexion sur la science-fiction comme miroir de la société contemporaine et de ses interrogations.
– Gilbert Millet, Denis Labbé, La Science-fiction, Belin, 2001.
– Jacques Goimard, Critique de la science-fiction, Pocket, 2002.
– Alexandre Hougron, Science-fiction et Société, PUF, 2000.
– Collectif, Philosophie et Science-fiction, Vrin, 2000.
– Sandy Torres, Les Temps recomposés du film de science-fiction, L'Harmattan,2005.

 

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