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Générique
À partir de huit ans du CE2 au CM2.
Djibril Mambety Diop,
1998, Sénégal-France-Suisse, 45 minutes, couleur, Film tourné en wolof et sous-titré en français.
Scénario et réalisation : Djibril Mambety Diop.
Image : Jacques Besse.
Son : Alioune M'Bow.
Montage : Sarah Taouss-Matton.
Production : MaagDaan, Waka films AG, Céphéïde Productions.
Produit par : Djibril Mambety Diop, Silvia Voser
Musique : Wasis Diop.Le chant religieux est interprété par Dyenaba Laam.
Interprétation : Lisa Balera (Sili Laam), Taërou M'Baye (Babou Seck), Oumou Samb (la femme arrêtée), Moussa Balde (Moussa, le jeune homme dans le fauteuil roulant), Dyenaba Laam (Grand-mère), Martin N'gom (le chef de la bande des vendeurs de journaux).
Distribution en France : Les Films du Paradoxe
Résumé
Depuis fort longtemps, la vente de journaux à la criée dans les rues de Dakar est l'apanage des garçons. Sili, une fillette de douze-treize ans, une jambe ballante appareillée, quitte chaque jour sa cité Tomates pour la ville, y mendier et nourrir ainsi sa famille. Un matin, elle se fait bousculer par un jeune vendeur. Elle décide alors de cesser de mendier pour vendre, elle aussi, des journaux, car « ce qu'un garçon peut faire, une fille peut le faire aussi ». Au dépôt de presse, Sili obtient treize exemplaires du quotidien Le Soleil. Mais les garçons n'acceptent pas cette intrusion sur leur territoire, et menacent d'emblée la fillette. Un jeune vendeur solitaire, Babou, prend sa défense. Dès ce premier jour de vente, quelqu'un lui achète tous ses journaux, et lui donne un gros billet. Ni le boulanger, auquel elle demande la monnaie, ni l'agent qui passait ne veulent croire qu'elle a gagné cet argent honnêtement. L'agent soupçonneux l'emmène à la police. Sûre d'elle-même, Sili se justifie devant le commissaire, exige des excuses de l'agent, fait libérer une femme, elle aussi accusée de vol sans preuve, et repart son gros billet en main. Avec, elle achète un parasol pour sa grand-mère aveugle, qui psalmodie dans le soleil du marché. Elle distribue la monnaie restante aux vieilles femmes et aux enfants. Les jours suivants, Sili et Babou vendent ensemble leurs journaux en déambulant dans les rues des petites gens de Dakar. Ils se taquinent, échangent, s'accompagnent. Sili conte et chante ; Babou, qui ne sait lire que le Coran, applaudit. Mais la bande des vendeurs, jaloux du succès de Sili, la malmène jusqu'à lui voler sa béquille. L'amitié des deux enfants triomphe : Sili monte sur les épaules de Babou. Ils s'éloignent dans une trouée de lumière.
Note d'intention
La Petite Vendeuse de Soleil est l’ultime film de Djibril Diop Mambety, le deuxième volet, après Le Franc, d’une trilogie inachevée : « Histoires de petites gens ». Bel « hommage au courage des enfants de la rue », ce conte nous entraîne dans les rues de Dakar, sur les pas d’une fillette qui découvre la dureté du monde. Avec Sili, on se confronte certes à la cruelle réalité, la pauvreté, les bidonvilles, les petits métiers de vendeurs de rue. Mais, loin de tout misérabilisme, on perçoit aussi le formidable élan vital de tous ceux qui peuplent ce film généreux. La trajectoire de Sili, tout entière placée sous le signe de l’astre solaire est exemplaire de l’enfance qui refuse d’être à genoux.
Mots clé
Dignité, garçon vs fille, courage, handicap, générosité, altérité, ville, métiers, danse, amitié, bataille
Conte cruel de la jeunesse
Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Marie Diagne
La Petite Vendeuse de Soleil s'ouvre sur une séquence d'arrestation violente et sans preuve d'une femme qui, pour prouver sa bonne foi, se dévêt dans une rue fréquentée de Dakar. Ce personnage ne réapparaîtra qu'à la dix-huitième minute dufilm (d'une durée totale de 43, soit plus des deux tiers écoulés). Pourtant, cette séquence marque le spectateur. Qu'a-t-on compris de cette arrestation ? On reste interloqué devant ces badauds réjouis, la fureur de cette femme à demi-nue derrière des barreaux. Mais là où d'ordinaire les séquences suivantes répondraient progressivement aux affects ainsi provoqués, le récit de Mambety impose la rupture. Le titre annonce un personnage distinct, La Petite vendeusede Soleil, et un récit autrement attrayant voire « gentillet ». On entre dans un autre parcours, celui d'une fillette handicapée qui se rend à Dakar pour mendier. L'invitation du cinéaste est claire : quand ces deux personnages vont-ils se rencontrer ? Quelle place cette première séquence occupe-t-elle dans le récit principal ? Plus l'histoire se déroule, moins on voit comment va enfin y entrer la femme arrêtée du début. Une tension est créée : on est déçu de ne pas suivre cette femme, plutôt que cette enfant dont on nous a déjà raconté l'histoire cent fois, semble-t-il. Nous suivons la petite Sili mais,en creux, telle une image rémanente, la séquence d'ouverture, violente et laissée sans suite, nous accompagne. Et si le projet cinématographique de Mambety était contenu dans cette tension initiale ?
Aux prises avec Dakar
Le jour se lève, une silhouette s'avance vers nous. Elle est vêtue de rose, telle une nouveau-née, une enfant qui de la vie a tout à expérimenter. « Sili La Rose », comme aimait l'appeler Mambety, quitte sa cité natale, une banlieue de baraques délabrées, pour rejoindre Dakar.
La nécessité de se rendre dans la ville – « pour chercher de quoi nourrir ma famille », explique la fillette – ne se résout pas dans un acte anodin. Atteindre Dakar ressemble bien plus à un voyage périlleux qu'à un simple déplacement quotidien. Une fois sortie de sa cité, une succession d'obstacles jalonne le trajet de Sili, et suggère une ville hostile, difficile à atteindre. La distance à parcourir se double du danger de la circulation : lorsqu'elle traverse la route pour la première fois, une voiture arrive à sa hauteur au même moment à vive allure ; on la voit déjà renversée. Le jeune garçon qui va l'emmener dans sa charrette l'avertit : « Ils neme laisseront pas entrer avec mon cheval. » Dakar devient forteresse avec entrées contrôlées. Le sous-entendu est clair : une fois face à la ville, elle devra y entrer et s'y débrouiller seule. La zone frontalière des réfrigérateurs affiche le seuil d'une sociétéde consommation et sa tentation, là où Sili vient mendier pour survivre. Son répondant sera la vitrine du pâtissier Laëtitia, à l'intérieur du quel Sili ne pénètre pas. Une contre-plongée sur un building écrase la petite, comme entrée dans la gueule de loup. L'image d'une arrestation incompréhensible flotte. Le heurt est évident, la solitude de Sili affichée, parallèlement à la femme du début. C'est ce dont nous informe, comme pour conclure son arrivée dans la ville, le plan d'ensemble qui isole Sili au cœur du marché, présentant une main pour l'aumône. La mise en place tendue de la fillette dans la ville tisse une toile autour de ses béquilles problématiques, et laisse en suspens une chute. Pourtant, les maux de Dakar semblent étonnamment étrangers à Sili : elle traverse la route l'allure décidée, en ignorant complètement la voiture qui passe si dangereusement près d'elle,alors même que le regard du casseur de pierre indique le danger au spectateur. De même, le jeune garçon l'emmène dans sa charrette sans qu'elle ait eu à en formuler la demande. Et quand, comme une surenchère, au marché, après l'agression du jeune Moussa, elle se dirige vers la bande des garçons pour dénoncer leur sauvagerie, on se dit que, cette fois, elle en fait trop. Le point culminant est atteint, la chute tant attendue se produit.
Petite bibliographie
À propos du cinéma africain :
— Olivier Barlet, Les Cinémas d'Afrique noire, le regard en question, éditions L'Harmattan, collection « Images Plurielles », Paris, février 2001.
— Olivier Barlet, « Cinémas d'Afrique noire : le nouveau malentendu», dans Cinémathèque, revue trimestrielle d'esthétique et d'histoire du cinéma, Numéro 14, Automne 1998, pages 107-
116.
— Denise Brahimi, Cinémas d'Afrique noire francophone et du Maghreb, Editions Nathan, Paris, 1997.
— André Gardies, Cinéma d'Afrique Noire francophone : l'espace-miroir, éditions L'Harmattan, Paris, 1989.
— Serge Daney, « La (trop) longue marche du cinéma africain » dans Libération, 2 novembre 1981. On peut le trouver dans le Ciné Journal qui rassemble des articles écrit par le critique Serge Daney, parus dans Libération entre 1981 et 1986. éditions des Cahiers du cinéma, Paris, 1986.
L'on pourra consulter également :
— Férid Boughedir, Le Cinéma africain de A à Z, éditions OCIC, collection Cinémédia, Bruxelles, 1987.
— Soumanou Vieyra, Le Cinéma africain : des origines à 1973 Paulin, éditions Présence africaine, Paris, 1975.
— Guy Hennebelle, Les cinémas africains en 1972, Editions Société africaine, collection A.L.A, Dakar, 1972.
Ces trois ouvrages ont le mérite de proposer les premières approches critiques du cinéma africain. Ils en ont ainsi permis sa première reconnaissance.
À propos de Djibril Diop Mambety :
— Nar Sene, Djibril Diop Mambety, la caméra au bout … du nez, éditions l'Harmattan, collection La Bibliothèque d'Africultures, Paris, mars 2001.
— Michel Amarger, Djibril Diop Mambety ou l'ivresse irrépressible d'images, éditions ATM-MTM, Paris 1999.
Livret accompagnant le coffret vidéo du Franc et de La Petite vendeuse de Soleil, deux premiers volets de la trilogie des Histoires de Petites gens.
— « Hommage à Djibril Diop Mambety », Écrans d'Afrique, Deuxième semestre 1998, numéro 24.
On lira un ensemble d'articles consacrés à l'oeuvre du cinéaste, et en particulier un échange entre Mambety et le journaliste Michel Amarger, à propos de La Petite vendeuse de Soleil.



