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Peau d'Âne
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Générique

À partir de 5 ans, de la GS au CM2.

un film écrit et réalisé par Jacques Demy,
d'après le conte de Charles Perrault, France, 1970, 89 minutes, couleur.
Scénario : Jacques Demy, d'après le conte de CharlesPerrault.
Musique écrite et dirigée par : Michel Legrand.
Prises de vues : Ghislain Cloquet, assisté de Manuel Machuel et Yves Agostini.
Son : André Hervée.
Montage : Anne-Marie Cotret.
Scripte : Annie Maurel. Maquettes des décors : Jim Leon, réalisées par : Jacques Dugied.
Costumes : Pace Tirelli et Gitt Martini.
Coiffures : Carita et Alexandre.
Maquillage : Alex Marcus, Éliane Marcus.
Coproduction : Parc Film, Marianne Productions.
Distribution : Cinémag/Gérard Lefèvre.
Interprétation : Catherine Deneuve (deux rôles : la Reine, mère de Peau d'Âne et Peau d'Âne), Jean Marais (le Roi, son père), Delphine Seyrig (la Fée, sa marraine), Jacques Perrin (le Prince), Micheline Presle (la Reine), Fernand Ledoux (le Roi), Henri Crémieux (le Médecin), Sacha Pitoeff (le Premier Ministre), Pierre Repp (Thibaud), Jean Servais (le Récitant).

Résumé

En mourant, l’épouse d’un roi lui fait jurer de n’épouser qu’une femme plus belle qu’elle. Le Roi s’enferme dans le veuvage, puis se décide à envoyer des messagers lui rapporter des portraits de princesses à marier. Un seul portrait retient son attention : celui de sa propre fille, qu’il n’avait pas reconnue. Il déclare vouloir l’épouser. Effrayée, la Princesse vient demander conseil à sa marraine la Fée, qui semble avoir un contentieux avec le Roi. Après trois échecs consécutifs (la confection, comme gage d’amour, de trois robes que la Fée croyait irréalisables), la Fée conseille à la Princesse de demander à son Père la peau d’un âne miraculeux, qui défèque de l’or, « l'âne-banquier ». Nouvel échec: le Roi apporte à sa fille la peau de l’âne. La Fée se résout à faire voyager la Princesse, revêtue de la peau de l’âne, pendant son sommeil. La Princesse arrive dans une métairie où elle va travailler comme souillon mais parvenir à se faire remarquer d’un Prince qui passait par là. Revenu dans son palais, le Prince est en proie à la « maladie d’amour ». Il demande que Peau d’Âne lui fasse un gâteau, ce qu’elle fait, mais en glissant dans la pâte une bague. Le Prince obtient de ses parents de faire défiler toutes les femmes du royaume pour savoir à qui appartient cette bague. Alors qu’on n’a trouvé personne, Peau d’Âne apparaît. Des noces en grande pompe sont organisées.

Note d'intention

Dans Peau d'âne, Jacques Demy rend avec finesse un hommage au Jean Cocteau de La Belle et la Bête. Le film est avant tout un conte. L'adaptation par le cinéaste du texte de Perrault fait appel au merveilleux bien plus qu'au fantastique. « Ici, les éléments surnaturels se produisent grâce à des puissances magiques ». Le personnage de l'impertinente fée-marraine donne au film un ton, et accentue avec grâce ce qui est finalement le thème central : « Mon enfant, on n'épouse pas ses parents… » Au chapitre de l'enchantement, les paroles des chansons et la musique de Michel Legrand, la beauté des deux jeunes gens, la robe couleur du temps, le cake d'amour…

Mots clé

Conte, couleurs, père, fée, enchantement, sentiments, costumes, chansons, décor, trucages, gâteau, éveil amoureux, au fil de l'eau, fugue, prince/princesse, étrange

Réalisme et merveilleux

Peau d'ÂneExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Alain Philippon

 

 

J’ai choisi comme titre « réalisme et merveilleux », et non « réalisme merveilleux », pour éviter de calquer ma formulation sur « réalisme poétique » – expression qui, sauf lorsque quelqu’un le note en passant, renvoie officiellement à une école et à un genre bien connus, alors même qu’il y a là une incontestable contradiction dans les termes. En recourant ici au terme « merveilleux », je me réfère à un genre littéraire auquel appartiennent les contes de Perrault, et que l’on distingue traditionnellement du « fantastique ». Ici, des événements surnaturels se produisent grâce à des puissances magiques (la principale étant celle de la Fée), mais comme inscrites naturellement, sans heurt, dans la réalité. (Tous les films de Jacques Demy – ou presque – peuvent d’ailleurs être considérés comme des contes de fées réalistes.) François Truffaut disait ne pas aimer les dessins animés parce que « tout y (était) possible ». Sans doute affirmait-il ainsi sa nécessité personnelle de ne se mouvoir que sur le terrain du réalisme. Mais ici : si dans un conte tout est possible d’un coup de baguette magique, qu’en est-il au cinéma ? Avec quels moyens ? Dans quelles limites ? Quid, d’autre part, de l’adaptation d’un conte, chez un cinéaste que l’on peut également taxer de « réaliste » ? Jacques Demy adapte de façon très scrupuleuse un conte lui-même très réaliste, les principales licences de Jacques Demy ayant trait au personnage de la Fée : quelque magiques que puissent être certains événements de Peau d’Âne, le conte et le film donnent de la réalité du dix-septième siècle, et principalement de sa réalité sociale, une vision juste. On y apprend par exemple que, dans le royaume du père du Prince, on trouve encore des souillons qui vivent et travaillent dans de véritables porcheries, et qu’il convient de remédier à cela. La Princesse n’est pas seulement revêtue d’une peau métaphorique, quelle qu’ait été la nature particulière de l’âne-banquier: elle pue, c’est dit crûment dans le film (même chez les rois), et sa puanteur donne même lieu à un évanouissement. Toutes les classes sociales sont représentées, exemplairement dans la scène de l’essayage de l’anneau, puisque toutes les filles du royaume (mais « pas les garçons » – légère licence ironiqueque se permet Demy par rapport au conte) y sont invitées. De même, avec la métairie où travaille Peau d’Âne, on a l’impression, un peu irritante d’abord, de voir une de ces images que l’on a tant vues dès qu’un film se situe avant notre siècle : une sorte de cliché, d’image d’Épinal ou d’image-SFP, tant les films réalisés avec cette instance nous ont montré maintes fois lesmêmes chevaux, les mêmes figurants dans les mêmes postures (parfois totalement irréalistes de maladresse). (SergeDaney notait qu’il avait fallu Bresson et Lancelot du Lac pour que l’on découvre au cinéma que l’on pouvait parcourir des kilomètres et des kilomètres sans rencontrer personne, alors que tous les films sur le Moyen Âge grouillent de monde.) Or il n’en est rien : ce que l’on voit à l’image ne relève que de la fidélité au récit, où l’on peut noter, entre autres choses, la présence de l’« auge aux cochons » ou celle des valets dont la Princesse était « la butte ordinaire de tous leurs quolibets et de tous leurs bons mots ». De même Jacques Demy garde-t-il, à propos de la robe couleur du temps, le sens que le mot « Temps » avait chez Perrault et plus largement au dix-septième siècle : un beau ciel légèrement chargé de clairs nuages. De même, lorsque les médecins, après avoir examiné le Prince, rendent leur verdict (« maladie d’amour »), il ne s’agit absolument pas d’une fantaisie : la maladie d’amour faisait partie des maladies répertoriées par l’Université au dix-septième siècle, et des remèdes – parmi eux, le mariage – étaient même préconisés. Un détai lenfin souligne le désir de réalisme de Jacques Demy : lorsque (séq. 15) la Fée confie sa baguette à la Princesse, elle n’omet pas de préciser qu’elle en a une autre dans son domaine, et demande à la Princesse de la lui prêter un instant, juste pour disparaître. Mais sans doute le trait le plus évident du souci de réalisme de Jacques Demy est-il le gros plan des mains essayant l’anneau, seul plan systématiquement et longuement répété. Une séquence, peu réussie à mes yeux, pose très précisément la question du « Tout est possible », et fait figure de symptôme : celle, onirique, où l’on voit le Prince et la Princesse se permettre « tout ce qui est interdit ». L’inventaire de « tout ce qui est interdit » (pure invention de Jacques Demy) semble bien mince, bien pauvre (se gaver de pâtisseries, entre autres choses). On me répliquera qu’il s’agit là de rêves d’enfants. Cela n’en témoigne pas moins, à mes yeux, de la difficulté de Jacques Demy à ouvrir toutes grandes les portes de la fantaisie, comme s’il lui fallait toujours des limites à l’intérieur desquelles il se meuve aisément. Le réalisme serait alors un garde-fou contre les excès de la fantasy (de l’imagination ou du fantasme).

Petite bibliographie

Le conte
— Charles Perrault, Contes, éd. prés. et annot. par Nathalie Froloff ; texte établi par Jean-Pierre Collinet, Gallimard 1999.
Contient : Peau d'Ane ; Les souhaits ridicules ; La Belle au bois dormant ; Le Petit Chaperon
rouge ; La Barbe bleue ; Le Maître Chat ou Le Chat botté ; Les Fées ; Cendrillon ou
La Petite Pantoufle de verre ; Riquet à la houppe ; Le Petit Poucet.

— Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, Laffont, 1976.
— Olivier Piffault, Il était une fois… les contes de fées, Le Seuil / BNF, 2001.
Lire, écrire à l'école n° 22 : le conte, Collectif, CRDP de Grenoble, 2004.
Ma Peau d’âne, Anne Ikhelf et Alain Gauthier, Seuil jeunesse, 2002. (transposition du conte).

Peau d’Âne, le film
— Caroles Desbarats, « Peau d’Âne », coll. Collège au cinéma, dossier 52.
— Serge Daney, « Peau d’Âne », Cahiers du cinéma, n°229, mai/juin, 1971.
— Jean Douchet, « Peau d’Âne revisité », Cahiers du cinéma n° 587, février 2004.

Sur Jacques Demy
— Camille Taboulay, Le cinéma enchanté de Jacques Demy, éd. Cahiers du cinéma, 1996, 192 p.
— Jean-Pierre Berthomé, Jacques Demy et les racines du rêve, l’Atalante, Nantes, 1982. Deuxième édition 1996, 480 p.
— « Jacques Demy ou le monde en manège », Cahiers du cinéma, n°438, décembre 1990.
— La bande originale du film est disponible sur CD ; éditeur : Playtime.
— Le DVD de Peau d’Âne est édité chez Paramount et comprend de nombreux bonus ( les chansons du film, L'extrait de L'univers de Jacques Demy, Peau d'Âne raconté par des enfants etc.)

 

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