Paï
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Générique

À partir de huit ans du CE2 au CM2.

Niki Caro, Nouvelle-Zélande, 2002, 101 minutes, couleurs, scope.
Version originale, sous-titres français.
Titre original : Whale Rider.
Production : South Pacific Pictures, Apollo Media, Pandora Film, UGC Ph.
Scénario et réalisation : Niki Caro, d’après le roman The Whale Rider de Witi Ihimaera.
Directeur de la photographie : Leon Narbey.
Son : David Madigan.
Montage : David Coulson.
Musique : Lisa Gerrard.
Interprétation : Keisha Castle-Hughes (Païkea), Rawiri Paratene (Paka), Cliff Curtis (Porourangi), VickyHaughton (la grand-mère), Grant Roa (Rawiri), ManaTaumanu (Hemi), Rachel House (la compagne de Rawiri).
Sortie en France : septembre 2003.

Résumé

Un petit village maori, sur la côte Est de la Nouvelle-Zélande. Selon la légende, un ancêtre mythique du nom de Païkea aurait fondé des tribus maories en arrivant sur les côtes néo-zélandaises juché sur le dos d’une baleine, mille ans auparavant. Dans le village, le statut de chef se transmet, depuis toujours, à un héritier mâle. Paka, le chef spirituel du village, est âgé, et son fils Porourangi a depuis longtemps choisi de s’exiler en Europe. L’épouse de Porourangi est décédée en donnant naissance à une fillette, Paï, dont le frère jumeau est mort au moment de l’accouchement. À douze ans, Paï vit en compagnie de ses grands-parents, mais entretient une relation difficile avec son koro, qui désire avant tout qu’un héritier puisse prendre sa succession. Lors d’un bref retour au pays de Porourangi, Paka en vient même à soutenir que la fillette ne lui est d’aucune utilité, et que son père peut l’emmener avec lui. Le lendemain, Paï exige pourtant que son père fasse demi-tour, sur la route du départ : elle se sent mystérieusement appelée par l’océan, par les ancêtres. Son korone se montre cependant guère enthousiasmé par ce retour. Paka a décidé de fonder une « école de la tradition », afin de former et choisir le nouveau chef spirituel. Exclue de cette école, la petite Paï mène toutefois à bien une initiation solitaire : elle observe à la dérobée les leçons de Paka, et apprend le maniement du bâton sacré, le taiaha, en compagnie de Rawiri, son oncle. L’apprentissage des garçons conduit à un échec : aucun n’est capable, en mer, de repêcher un pendentif jeté par Paka. Quelques jours plus tard, Paï parviendra quant à elle à arracher le reiputa aux profondeurs de l’océan. Désespéré par son insuccès, Paka reste prostré dans sa chambre. Lors du spectacle de fin d’année de l’école, tandis que Paï, en larmes, énonce le mythe de Païkea devant toute la communauté, Paka découvre que plusieurs baleines gisent sur la plage. Le lendemain, tous les villageois tentent de maintenir en vie les cétacés, sans parvenir à tracter le plus imposant des mammifères. Peu après, Paï grimpe sur le dos de la baleine, qui se dirige alors vers le large. La fillette – qui sera miraculeusement sauvée – prouve aux yeux de tous qu’elle est l’élue, la descendante du « cavalier baleine ».

Note d'intention

Niki Caro a adapté le roman d’un écrivain d’origine maori qui s’inspire de la légende de Païkea. Ce héros légendaire serait arrivé sur les côtes néo-zélandaises au terme d’un long voyage en mer, juché sur le dos d’une baleine. À chaque nouvelle génération, un descendant mâle du chef reçoit le titre de « cavalier baleine » qui fait de lui le leader de la communauté. L’originalité de Paï est de choisir une fillette comme descendante du « cavalier baleine », et aussi de montrer, grâce au personnage de la grand-mère, le rôle structurant de la femme dans la société maori.
Paï est donc un beau film sur les femmes, c’est aussi un film tourné en scope qui éblouit par la beauté des paysages et de la nature et qui ne peut être apprécié à sa juste valeur que sur un écran de cinéma.

Mots clé

Famille, rébellion, courage, mer, sauvé de la noyade , fête traditionnelle, baleine, fugue, vocation, chant et danse, garçon vs fille, en bateau, happy-end

L’Enfance d’un chef

PaïExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Pierre-Olivier Toulza

 

 

Lors de sa distribution en France, en septembre 2003, Paï, second long métrage de Niki Caro, a été accueilli par une presse généraliste modérément louangeuse, vantant « l’émotion » qui se dégage du récit, et aussi par une presse cinéphilique (Positif, Les Cahiers du cinéma) peu convaincue par le film de la Néo-zélandaise. Il ne s’agit pas, ici, d’occulter des maladresses qui, pourtant, ne devraient guère décourager l’analyse, puisque le film, malgré ses imperfections, intrigue et aussi permet d’appréhender, avec les enfants, une cinématographie des antipodes. Pour aller vite, disons que les défauts du film découlent de ses ambitions : Niki Caro explique ainsi avoir voulu faire de son œuvre, dont l’action se déroule entièrement sur la côte Est, l’équivalent de La Leçon de piano de Jane Campion qui fut tourné, quant à lui, sur la côte Ouest du pays. D’où – au regard des normes néo-zélandaises – une production ambitieuse qui associe financements locaux et étrangers. Comme parfois dans ce type de montage financier, l’addition de talents avérés et multiples court le risque d’aboutir à une certaine dispersion : pour la musique, omniprésente, Caro a fait appel à Lisa Gerrard, l’ex-chanteuse du groupe Dead Can Dance ; Tim Sanders, le produc-teur, fut aussi celui du Seigneur des anneaux, de Peter Jackson ; le chef décorateur, Grant Major, a lui aussi œuvré sur ce même film ; Cliff Curtis, enfin, qui interprète dans Paï le père de la fillette, s’est illustré dans La Leçon de piano. D’où le sentiment que, parfois, la cinéaste a laissé les rênes de son film à d’autres… ce qui n’est pas forcément critiquable, tant Paï s’affirme aussi comme l’œuvre d’un homme, le directeur de la photographie Leon Narbey, qui parvient souvent à insuffler à son image une véritable profondeur (aux sens propre et figuré, s’entend). Et seule la projection en salles – notons-le d’emblée pour les adeptes du DVD – rend justice au travail du chef-opérateur, jamais aussi à l’aise que dans l’obscurité presque totale (scènes nocturnes dans la pirogue du père, par exemple), les lumières blêmes, les teintes presque délavées (cf. Analyse de séquence ).

Hésitations
Film oscillant entre mise en scène et photographie, entre sens et sensation également, tout comme entre récit logique, linéaire, et spectacle (comment ne pas songer au Grand Bleu de Besson devant les plans sous-marins illustrés par la voix et les accords de Lisa Gerrard ?), Paï fait de l’hésitation le moteur de son récit : c’est là une des qualités principales du film, la source de son étrangeté. Paï est l’histoire d’une communauté, mais aussi celle d’une famille, ou tout simplement celle d’une enfant solitaire. De plus, le film se présente comme une fiction de l’initiation – mais cette ligne scénaristique, qui épouse largement la trame du conte merveilleux, est mise en tension par un souci réaliste ou, pour être exact, ethnologique, qui affleure régulièrement au cours du récit. Le village maori paraît, de prime abord, littéralement coupé du monde : parce qu’il est accolé à l’océan et isolé de façon étanche par des collines et une contrée désertique (filmées lors du bref départ de la fillette en compagnie de son père), on pourrait penser que l’endroit est un lieu clos et quasi utopique, un milieu fermé dans lequel, à l’écart de la modernité néo-zélandaise, peuvent surgir, comme dans les contes,le passé et le mythe. Pour autant, on comprend vite que les habitants du village sont loin d’être en dehors de leur époque : les femmes fument, les hommes boivent, s’habillent avec des pantalons en cuir et des lunettes de soleil voyantes, ils partent en virée avec leurs «potes» dans des Ford noires… De l’ensemble se dégage en filigrane le constat plutôt pessimiste dressé au sujet d’une société qui paraît écartelée entre modernité et tradition, et au sujet d’un village où nombreux sont ceux qui fuient très loin, et où ceux qui restent semblent vaincus par le chômage, l’alcool et l’inaction, ou au contraire se réfugient dans la nostalgie d’un passé d’autant plus valorisé et idéalisé qu’il est définitivement révolu.

Spectacles
Dans cette situation de déshérence, le seul lien qui puisse durablement s’instaurer entre les générations, et surtout entre les vivants et leurs racines, relève du simulacre et de l’artifice. Un bon tiers du film est ainsi composé de longues séquences de représentations, au cours desquelles les enfants chantent, et aussi jouent face à un public d’adultes quelque peu désabusés le mythe des origines…

Petite bibliographie

– Mircea Eliade, Initiation, rites, sociétés secrètes, naissances mystiques. Essai sur quelques types d’initiation, Paris, Gallimard, 1976, [disponible en coll. « Folio »].
– Mircea Eliade, Mythes, rêves et mystères, Paris, Gallimard, 1957, [disponible en coll. « Folio »].
– Simone Vierne, Rite, roman, initiation, Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 2000.
Trois ouvrages clairs pour approcher l’initiation, qui demeure le fondement des pratiques religieuses de la mentalité archaïque. L’ouvrage de Vierne présente la particularité, après avoir repéré les fondements archétypaux du scénario initiatique, de s’intéresser aux rapports entre initiation et création artistique (littérature, cinéma).

Witi Ihimaera, Paï (trad. fr. de The Whale Rider), Paris, Theles, 2003.
Proche d’un conte, le livre d’Ihimaera s’intéresse à un aspect de la culture maorie, ainsi qu’à la filiation et aux conflits intergénérationnels. Alors que le Pacifique Sud intéresse depuis longtemps les écrivains européens, Ihimaera est représentatif de la naissance, depuis une vingtaine d’années, d’une littérature polynésienne en langue anglaise.

– Herman Melville, Moby Dick ou la Baleine blanche, 1851, [disponible dans plusieurs éd. de poche]. La poursuite forcenée de la baleine blanche, incarnation du mal, par le capitaine
Achab, est évidemment fort éloignée de la quête de Paï. Ce classique – dont plusieurs extraits peuvent être lus avec les enfants – permettra cependant d’envisager la puissance symbolique
de la baleine.

– Jean-Loup Passek (dir.), Dictionnaire du cinéma, Paris, Larousse, 1995, « article Nouvelle-Zélande ». En l’absence d’ouvrage en langue française, un article clair et concis sur l’évolution de ce cinéma des antipodes.

 

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