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Générique
À partir de 5 ans, de la GS au CM2
Hayao Miyazaki, 1988, Japon 1h26, dessin animé, couleurs.
Titre original : Tonari no Totoro
Réalisation : Hayao Miyazaki.
Scénario : Hayao Miyazaki.
Production : Toru Hara (Studio Ghibli), EikoTanaka, Yasuyochi Tokuma (Tokuma Shoten)
Directeur de l’animation : Yashiharu Sato.
Directeur artistique, décors : Kazuo Oga.
Musique : Joe Hisaishi.
Distribution : Gaumont Buena Vista International (GBVI).
Résumé
C’est une histoire d’après-guerre, et d’avant l’invention de la télévision : située quelque part entre 1945 et 1955 au Japon. Pour se rapprocher de leur mère, en convalescence dans une maison de repos à la campagne, deux petites filles, Satsuki, quatre ans, et Mei, son aînée, s’installent avec leur père, sous le soleil de l’été, dans une maison en pleine nature au milieu des rizières. Le père part travailler la journée, et les fillettes découvrent un nouvel univers. La voisine : une vieille dame ; les « noiraudes » : à la fois esprits de la maison, insectes et illusions d’optique ; un garçon de leur âge : Kanta. Un soir sous la pluie, en attendant longuement leur père à un arrêt d’autobus perdu dans la nuit et au milieu des arbres, la grande sœur voit et communique avec un totoro qui grogne gentiment, un être qu’elle pensait imaginaire parce que sa cadette l’avait découvert avant elle, endormi au fond d’un labyrinthe végétal, sous un camphrier géant. Il s’agit d’un être fabuleux qui ne ressemble qu’à lui-même et dont le mythe commence quand on voit ce film. C’est Totoro et le chat-bus, invisibles aux adultes, qui guériront les fillettes de l’absence de leur mère et des douleurs qui s’ensuivent : une fugue, les désespoirs et consolations provisoires des enfants. Le grand totoro les aura aussi initiées à l’érection magique des végétaux, et aura rappelé au spectateur le bonheur d’entendre tomber la pluie sur sa tête.
Note d'intention
Mon Voisin Totoro est, à première vue, un film de bon voisinage. Gentil, familial, écologique, chantant la maison aux panneaux de bois et au bain japonais traditionnel entretenu par un four à bois et l’eau de la pompe, un livre d’images aux musiques entraînantes et aux couleurs chatoyantes. Mais ce n’est qu’une impression fausse. Produit et distribué en même temps que Le Tombeau des lucioles d’Isao Takahata dont il est véritablement le film-frère, Mon Voisin Totoro est, semble-t-il, l’image inversée de cette œuvre mélodramatique et traumatisante. Pourtant rien n’est moins sûr. Si Totoro est bien l’un des plus grands dessins animés de l’histoire du long métrage d’animation, c’est parce qu’il est un film absolument singulier, toujours surprenant, non conforme, une enthousiasmante et vivifiante histoire de fantôme et de mort, et malgré tout cela une modeste petite musique à l’image de l’ocarina qu’il donne épisodiquement à entendre, ce discret instrument à vent rondouillard, d’origine préhistorique et que l’on retrouve dans toutes les cultures du monde.
Mots clé
Amitié, rêve, cadet/aîné, nature, envol, hôpital, fugue, animal, fabuleux, vie quotidienne, province, déménagement
Sur un air d’ocarina ou L’extraordinaire dans l’ordinaire
Extrait du Point de vue du
Cahier de notes sur...
écrit par Hervé Joubert-Laurencin
Mon Voisin Totoro est, à première vue, un film de bon voisinage. Gentil, familial, écologique, chantant la maison aux panneaux de bois et au bain japonais traditionnel entretenu par un four à bois et l’eau de la pompe, un livre d’images aux musiques entraînantes et aux couleurs chatoyantes. Dès les premières secondes du générique, même les lettres du titre sont au garde-à-vous, et la petite héroïne défile au pas de l’oie sur un air de cornemuse. On dirait un film scout. Toujours prêt à faire le bien. On pourrait donc s’attendre à une vision conformiste de la famille et de la société. Mais ce n’est qu’une impression fausse. Produit et distribué en même temps que Le Tombeau des lucioles d’Isao Takahata, dont il est véritablement le film-frère à bien des égards, et dont il partage l’ancrage historique, Mon voisin Totoro est, semble-t-il, l’image inversée de cette œuvre mélodramatique et traumatisante : la mère des deux fillettes de Miyazaki n’est que malade, et non brûlée vive par une bombe incendiaire puis incinérée sur un bûcher collectif sous les yeux de son fils ; la guerre est finie dès le début du film ; les deux orphelines de mère ne le sont que provisoirement et métaphoriquement, et leur père n’est pas mort à la guerre ; paysage et maison sont grands ouverts sur le bonheur et non refermés sur le deuil dans de successives petites boîtes, comme des lucioles dans une tombe de terre. On devrait donc échapper, avec Mon voisin Totoro, à cette obsession mortuaire spécifiquement japonaise (une absence de tabou devant l’exhibition des cadavres, des atteintes corporelles et des fantômes) qui choque parfois les parents occidentaux lorsqu’ils accompagnent leurs enfants voir Le Tombeau des lucioles. On devrait aller vers la joie et donc s’éloigner des morts. Pourtant, rien n’est moins sûr. Datant de 1988, lors des débuts du studio Ghibli, et n’ayant pas tout de suite été un succès, Mon voisin Totoro ne devrait pas pouvoir soutenir la comparaison avec le succès planétaire et l’énormité mythologique et technique du Voyage de Chihiro (un film aux effets fantastiques grandioses dépassant les deux heures de projection), réalisé en 2001 par le même Miyazaki. Pourtant les premières apparences ne doivent pas mener à des conclusions toutes faites, car si Totoro est bien l’un des plus grands dessins animés de l’histoire de cet art étrange et rare du long métrage d’animation – c’est du moins ce que je crois et ce que je vais essayer de démontrer – c’est parce qu’il est un film absolument singulier, toujours surprenant, non conforme, une enthousiasmante et vivifiante histoire de fantômes et de mort, et malgré tout cela une modeste petite musique, à l’image de l’ocarina qu’il donne épisodiquement à entendre, ce discret instrument à vent rondouillard, d’origine préhistorique et que l’on retrouve dans toutes les cultures du monde.
Papa, maman, fantômes de transition
Pour commencer par le plus simple et le plus attendu, je dirai que Totoro est à la fois maternel et paternel. Maternel : quand Mei le découvre (séquence 8), elle accède à lui, au bout d’un labyrinthe, par un trou dilaté tout exprès pour elle lors de son passage (on ne le trouve plus quand on y retourne), puis elle glisse dans un boyau, et la tanière est un immense cocon végétal très doux. Le grand corps de Totoro n’est que ventre : on y rebondit et on s’y accroche pour voler : Mei s’y endort. Lorsque Satsuki la retrouve à même la terre-mère, on peut penser qu’elle a été enfantée par le rêve, qu’elle a vécu une nouvelle naissance en accédant à une nouvelle réalité. Paternel : quand Satsuki fait à son tour la rencontre (séquence 12), c’est sous une pluie battante, or nous l’avons déjà vue partager la communion aquatique avec son père dans le bain traditionnel ; elle tend à son voisin d’arrêt de bus précisément le parapluie qu’elle destinait à son père, et Totoro prend un chat-bus comme son père un autobus normal ; le geste de rapprochement de Satsuki répète en l’inversant le don du parapluie par un garçon de son âge, Kanta, qui marque par là son premier geste d’homme intéressé par l’autre sexe (séquence 11).
Petite bibliographie
Livres tirés du film :
– The Art of Totoro, album imagé, édition japonaise, Tokuma Shoten, 1988.
– Tonari no Totoro Ekonte-shuu, story-board de Mon voisin Totoro, édition japonaise, Tokuma Shoten, 2001.
Ouvrages en importation du Japon, et en édition anglaise, mais pas d’édition française. Le seul ouvrage tiré du film édité en France est un « roman album» :
– Mon voisin Totoro d’Hayao Miyazaki, Gébéka Films / Canal / Tonkam, 1999.
Le cinéma d’animation japonais :
Il n’existe pas d’ouvrage de référence sur le cinéma d’animation japonais en français. Voir cependant, en plus des articles des revues de cinéma classiques sur Mon voisin Totoro (sortie française le 8 décembre 1999) :
– Animeland, hors-série n° 3 sur Isao Takahata, Hayao Miyazaki et le studio Ghibli, Paris, janvier 2000.
– Catalogue de la rétrospective Aux sources de l’animation japonaise des années 20 aux années 50, Maison de la Culture du Japon à Paris, Paris, novembre 2002 (texte de synthèse par Watanabe Yasuchi).
– Cahier de notes sur Gauche le violoncelliste (repères chronologiques de l’animation japonaise, historique du studio Ghibli et du compagnonnage de Miyazaki et Takahata, par Ilan Nguyên et Xavier Kawa-Topor).
Petite sélection de sites internet :
Sur Miyazaki, le studio Ghibli, Mon voisin Totoro : http://nausicaa.net/ (en anglais)
(directement sur Miyazaki : http://www.nausicaa.net/miyazaki/ghiblink/
(directement sur le film : http://www.nausicaa.net/miyazaki/totoro/)
http://www.buta-connection.net/ (en français)
http://www.oomu.org/ (en français)
(un travail de repérage très agréable à consulter sur les citations visuelles des films Ghibli dans la BD occidentale se trouve à la page : http://www.buta-connection.net/ghibli.php3)
http://www.totoro.org/images-totoro.html (pour trouver des images de Totoro)



