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Générique
À partir de six ans, du CP au CM2.
75 minutes, muet.
Titre original : The General.
Réalisation : Buster Keaton.
Scénario : Al Boasberg, Charles Smith. D’après un sujet de : Buster Keaton et Clyde Bruckman ; librement adapté du récit de : William Pittenger, The Great Locomotive Chase (1863)
Image : J. Devereux Jennings.
Décors et direction technique : Fred Gabourie.
Musique : Jean Yatove.
Montage : J. Sherman Kell.
Production : Joseph M. Shenk et Buster Keaton/United Artist.
Interprétation : Buster Keaton (Johnnie Gray) Marion Mack (Annabelle Lee), Charles Smith (son père), Franck Barnes (son frère), Glen Cavender (Capitaine Anderson), Jim Farley (Général nordiste)...
Distribution : Les Grands Films classiques.
Résumé
1861, guerre de Sécession, côté sudiste. Johnnie Gray, conducteur de train, veut s’enrôler dans l’armée confédérée mais on le refuse à cause de son métier, jugé trop utile. Sa bien-aimée le prend pour un lâche et ne l’aimera, déclare t-elle, qu’« en uniforme ». Un an plus tard, des espions nordistes s’emparent de sa locomotive, la General, en même temps que d’Annabelle qui se trouvait là. À leur poursuite dans une autre locomotive, Johnnie se retrouve en territoire ennemi, espionne l’état-major, délivre Annabelle, s’habille en Nordiste et refait avec elle le chemin vers le Sud à bord de la General, poursuivi cette fois par deux trains ennemis. Après avoir endossé un uniforme du Sud, il prévient les siens, contribue à la déroute de l’Union, capture un général nordiste et triomphe sur le plan militaire autant qu’amoureux.
Note d'intention
Considéré comme le chef-d’oeuvre de Keaton, Le Mécano de la General, est celui de ses films qui offre les plus grandes beautés de mise en scène. Les commentateurs ont salué l’équilibre d’un scénario, qui tout en s’inspirant d’un fait historique réel, obéit à une construction dramatique remarquable. Véridicité de la reconstitution et ampleur de la mise en scène : tournage en décors naturels dans des extérieurs grandioses, authenticité des actions sans trucages filmées en continuité, des scènes de bataille, de leur violence destructrice... Réalisme puissant, par-delà le comique, d’un style cinématographique qui restitue la largeur et la profondeur des espaces, l’ampleur et le rythme des mouvements, hissant le film au rang des grands classiques américains et soulignant la grave et singulière beauté du comique « sérieux » de Keaton.
Mots clé
Nord/Sud, en train, course-poursuite, bataille, épique, burlesque, héros, love-story, la guerre, acrobatie, l'homme et la machine
Mécanique générale
Extrait du Point de vue du
Cahier de notes sur...
écrit par Hervé Joubert-Laurencin
À la seule lecture de la liste des interprètes, quarante secondes après le début du film (« The Cast », qui tient en une seule page), il est déjà flagrant que l’amour, l’humour et la subtile intelligence ont bousculé la hiérarchie militaire guerrière, le particulier triomphé du général. Buster Keaton, patron incontestable du film, comme il le fut une dizaine de fois au sommet de sa carrière : en même temps scénariste, réalisateur, acteur principal, producteur indépendantet chef de l’équipe qu’il a constituée, apparaît en dernier sur la liste des interprètes. C’est que dans la machine burlesque admirable qu’il a réussi à constituer en quelques années, tout est combustion : tout doit passer dans le fourneau du Récit Général. Buster Keaton n’est rien : Johnnie Gray est tout. Annabelle Lee, sa femme idéale, tient le haut de la liste. Or Johnnie, l’un des avatars de l’éternel personnage keatonien, est un peu le dernier des hommes, pauvre type innocent toujours prêt à se faire botter l’arrière-train (c’est la position initiale qu’il offre aux passagers descendant à Marietta autout début du récit, avant de leur envoyer un salut de music-hall, qui s’adresse aussi à nous) ; assez galant, par ailleurs, pour s’effacer devant une dame, et lui laisser la tête du convoi ou la première place sur la liste de recrutement, que constitue aussi bien un générique (la composition du train est inversée, mais provisoire, sur les trottoirs de la petite ville, lors de l’arrivée du prétendant chez sa belle : deux enfants font les wagons derrière lui, et l’espiègle Annabelle prend le train en marche, avant d’ouvrir sa porte et de reprendre ainsi la tête des opérations) ; assez acharné et obsédé aussi, assez athlète de l’âme et du corps pour remonter un à un tous les wagons du film et triompher totalement à l’arrivée. Si, comiquement, les lettres blanches du générique et des intertitres se détachent sur un fond qui représente une écorce d’arbre, c’est parce que – il convient de le répéter – tout doit servir à la combustion du film, autrement dit tout doit, justement, être répété, repris à l’envers, brossé à rebrousse-poil, ramené en marche arrière, jusqu’à ce que les plus innocents prennent les commandes et redeviennent ce qu’ils ont toujours été : des conducteurs, des locomotives pour l’histoire, des enfants qui jouent : les mécaniciens des opérations générales. Comment accéder à l’Union (matrimoniale) en restant dans la Confédération ? Comment être, comme tout le monde, uniforme, général, dans la ligne, dans les rails, tout en étant, comme personne, travesti, particulier, rallongé, recourbé, après avoir si souvent déraillé ? Voilà ce que va chercher à démontrer The General.
Général Annabelle Lee
On a rarement, au cinéma, imaginé un titre aussi évocateur que The General, pourtant trouvé tout prêt dans la réalité historique (voir Autour du film) et on a rarement aussi bien épuisé ses possibilités dans un film. Le titre français, pour une fois, est encore plus évocateur, avec le sens théâtral de « Générale » qui n’est pas avéré en anglais, et ce mot de « mécano », issu du jargon ferroviaire, qui désignait autrefois le conducteur d’une machine à vapeur en opposition au « chauffeur » qui enfourne les bûches, mais vocable qui résonne aussi, dans nos imaginaires d’enfance, comme le nom d’un des plus célèbres jouets de l’histoire occidentale. Or, le réalisme du chef-d’œuvre de Keaton est d’autant plus fascinant que nous percevons dans le film le sentiment du jeu, que nous y sentons la main du grand enfant qui joue, justement pas avec les modèles réduits conventionels du cinéma qui permettent de truquer les scènes de grands bateaux ou de locomotives, mais avec de vraies machines. Quant au mystérieux « mécano » de cette mystérieuse « Générale », c’est aussi, pour nous Français, Buster Keaton qui, en coulisses, lève le rideau sur l’ultime Répétition publique, à laquelle, par chance, nous aurions été invités avec les familiers du spectacle et les amateurs privilégiés du théâtre.
Petite bibliographie
Écrits de Buster Keaton
— Buster Keaton (avec la collaboration de Charles Samuel), Mémoires Slapstick, Seuil, 1987 (collection Points Virgule ; traduction de My Wonderful World of Slapstick, 1960 ; 1ère édition française, L’atalante, 1984)
— Buster Keaton, « Les six âges de la comédie » (1924), et « Quand la comédie est chose sérieuse » (1928), dans les Cahiers du cinéma, n°296, janvier 1979
Ouvrages en français sur Keaton
— Jean-Patrick Lebel, Buster Keaton, Éditions Universitaires, Paris, 1964
— Marcel Oms, Buster Keaton, Premier Plan,Lyon, 1964
— Michel Denis, Buster Keaton, L’avant-Scène, Paris, 1971
— Robert Benayoun, Le regard de Buster Keaton, Herscher, Paris, 1982
— Jean-Pierre Coursodon, Buster Keaton, Atlas-L’Herminier, Paris, 1986
— Olivier Mongin, Buster Keaton L’étoile filante, Hachette, Paris, 1995
Sur Le Mécano de la General
— E. Rubinstein, Filmguide to « The General », Indiana University Press, 1973
— Richard J. Anobile, Buster Keaton’s « The General », New-York Universe Books, 1975
— Joël Magny, Le mécano de la Général, dossier « Lycéens au cinéma», Bifi, Paris, 1998
NB : le n°155 (février 1975) de L’Avant-scène Cinéma, consacré au film, n’est pas fiable, car plusieurs passages du film sont oubliés ou modifiés par la description, ainsi que de nombreux intertitres.
Keaton enjeu d’une philosophie du cinéma
— Gilles Deleuze, Cinéma 1 L’image-mouvement, Minuit, Paris, 1983, p.237-242
— Jean-Louis Leutrat : Kaléidoscope Analyses de films, PULyon, Lyon, 1988, p.8 (sur Sherlock Junior) ; Le cinéma en perspective Une histoire, Nathan, Paris, 1992, p.102 (sur
le corps muet) ; Vie des fantômes Le fantastique au cinéma, éditions de l’étoile, Paris, 1995, p.46-47, 169-172 (sur Seven Chances) ; L’autre Visible (co-Francis Jacques),
Presses de la Sorbonne Nouvelle/Méridiens Klincksieck, Paris, 1998, p.156-158 (sur Steamboat Bill, Jr)
Sites internet (en anglais)
— Sur Buster Keaton : www.busterkeaton.com (The Damfinos Official Website)
— Sur l’épisode historique de 1862 : ngeorgia.com/history/raiders.html
— Sur l’histoire de la locomotive The General : ngeorgia.com/people/thegeneral.html



