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Kirikou et la sorcière
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Générique

À partir de 4 ans de la MS à CM2.

France, 1998, animation, couleurs.
Scénario, graphisme et réalisation : Michel Ocelot.
Chefs layout : Eric Serre, Pascal Lemaire, Christophe Lourdelet.
Décors : Anne-Lise Khœler, Thierry Million
Animation : Rija Studio (Riga), Exist Studio (Budapest).
Montage et post-production : Dominique Leféver.
Musique : Youssou N’Dour.
Voix : Doudou Thiaw (Kirikou), Awa Sène Sarr (Karaba), Maimouna N’Diaye (la mère de Kirikou), Tshilombo Lumbabu (l’oncle), Robert Liensol (le Sage-de-la-Montagne)...
Distribution : Gébéka.

Résumé

Dans un village d’Afrique, un enfant parle dans le ventre de sa mère et s’enfante tout seul. Il coupe le cordon ombilical et déclare : « je m’appelle Kirikou ». Il apprend dans l’instant qu’une sorcière, la superbe et cruelle Karaba, a asséché la source du village et aurait dévoré les hommes, dont son propre père. Le minuscule Kirikou se met alors en route pour aller affronter la sorcière. Grâce à son astuce, il sauve des enfants des griffes de la sorcière, brave ses maléfices et rend l’eau au village. Après maintes épreuves, il parvient dans le domaine du Sage-dans-la-Montagne. Là son grand-père lui révèle le secret de Karaba : si la sorcière est méchante, c’est parce qu’elle souffre sans répit à cause d’une épine empoisonnée plantée dans son dos Kirikou réussit à délivrer Karaba de son mal et lui demande de l’épouser. Le Sage-dans-la-Montagne, entouré des hommes que la sorcière avait fait disparaître, convainc les femmes de l’innocence de Karaba. Le bonheur règne à nouveau dans le village.

Note d'intention

Sorti en 1998, Kirikou et la sorcière, premier long métrage de Michel Ocelot, a connu un grand succès critique et public : le film, éblouissant par la beauté de son graphisme, le travail sur la musique et les voix, la splendeur des décors, ses personnages échappant aux stéréotypes et au manichéisme est vite devenu l’emblème d’une animation européenne non formatée. Pour raconter l’itinéraire du petit Kirikou, Michel Ocelot, qui a vécu et grandi en Guinée, s’est librement inspiré du début d’un conte africain traditionnel. Au-delà de l’aspect universel des contes, le récit tout entier s’inscrit dans une culture africaine authentique : on y retrouve ainsi l’importance de l’eau, un rapport aux corps très naturel, l’attachement aveugle aux superstitions, la sagesse de l’Ancien...

Mots clé

Fable, Afrique, eau, sage, couleurs, sorcière, cuauté, grand/petit , chansons, éveil amoureux, caverne, magie, dessus-dessous, bestiaire

Poupées gigognes ou il n’y a pas toujours de quoi rire

Extrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Luce Vigo

 

 

« Mère, enfante-moi » dit une petite voix. « Un enfant qui parle tout seul dans le ventre de sa mère s’enfante tout seul… » Ce court dialogue du début de Kirikou et la Sorcière totalement inattendu, entre une femme paisible au beau ventre rond et le petit enfant qu’il abrite, nous introduit joyeusement et avec vivacité dans une histoire dont nous sommes loin d’imaginer, alors, jusqu’où elle va nous entraîner. Et surtout à quels entrelacs d’émotions contradictoires nous allons être confrontés, sur les pas de Kirikou. Ça commence comme un jeu de poupées gigognes africain : il y a un village, dans ce village une case, dans cette case une femme, dans le ventre de cette femme un bébé. Le charme de la musique de Youssou N’Dour, la chaleur de cette couleur ocre qui recouvre les cases d’où sort bruyamment un petit groupe d’enfants, le rythme du travelling qui se marie bien avec celui du musicien et qui nous met sans plus attendre au cœur de la case où la mère de Kirikou a posé son corps alourdi, tout concourt à nous mettre dans cet état d’attente du « il était une fois ». Il était une fois un tout petit enfant impatient de venir au monde, un monde, il le saura tout de suite, d’où est absente toute image paternelle. À part un vieil homme trop sûr de connaissances qu’il n’a pas et un jeune oncle très immature, le village a été vidé de ses hommes, comme peut l’être un village dans un pays en guerre. En prenant cette guerre à son compte Kirikou va, par des voies le plus souvent souterraines, sous des masques divers – chapeau magique et faux oiseau – et à travers des épreuves successives, reconstruire son histoire familiale jusqu’à réemboîter les différents éléments de sa boîte gigogne personnelle dans laquelle chacun retrouve sa place : le grand-père, le père, la mère et Kirikou. On pourrait presque se raconter l’histoire à rebours, comme celle d’un Kirikou, beau jeune homme tel qu’on le voit à la fin du film, qui essaie de comprendre le poids de solitude, de peurs et de fatigue qui a accablé son enfance : il revit, en les fantasmant, les moments de sa vie où il s’est senti si petit et où, tenaillé sans cesse par des questions restées sans réponses, il lui a fallu batailler contre lui-même et contre les autres pour s’approprier ce qui l’avait constitué. Mais, bien évidemment, cette « lecture », personnelle peut-être, ne peut venir que dans l’après-coup de la vision du film. Michel Ocelot, lui, nous invite d’abord à nous laisser aller à cette belle histoire qu’il a mis cinq ans à réaliser. Et c’est par un rire de surprise émerveillée que nous y entrons, dès que s’entend la voix ténue mais ferme de Kirikou dans le ventre de sa mère. Même si on sait que le conte est, en soi, création de toutes sortes de situations inimaginables qui sont autant de symboles pour dire la réalité et défendre les valeurs essentielles d’une morale de vie, il y a, dans l’auto-enfantement de ce petit enfant, et dans le rapport qu’il crée avec sa mère, quelque chose qui échappe à l’entendement et fait naître un sentiment de plaisir que le cinéaste a soin d’entretenir : en nous donnant à voir son propre plaisir de créateur, nourri, il l’a lui-même dit, par un conte d’Afrique occidentale qu’il avait écouté, il y a quelques années, avec émotion, il réussit à nous transmettre quelque chose de profondément lié à cette Afrique où il a vécu et qu’il a aimée quand il était petit, tout en travaillant ce que chaque histoire a d’unique et, en même temps, d’universel.

Dans Kirikou et la Sorcière, tout cela passe par un langage.
La façon dont les caractères, la gestuelle et la manière de parler des personnages sont conçus – et pas seulement ceux qui jouent les rôles principaux – crée le comique et le tragique de certaines situations dont les rebondissements ne sont jamais tout à fait prévisibles. Et si, le plus souvent, nous nous sentons portés par la vitalité de Kirikou, et d’abord par cette disproportion de taille qui existe entre lui, les autres villageois, la Sorcière et ses fétiches et qui renforce le désir de s’identifier à lui, héros minuscule chanté par la geste villageoise, il arrive que nous soyons renvoyés, avec violence, à des images de mémoire collective qui font mal. Ainsi la séquence de l’arbre-piège qui se referme, tel un filet maléfique, sur les enfants et se met, sur ses racines, en marche vers une mort certaine pour eux, rappellent d’autres images : celles des esclaves noirs africains, chargés comme du bétail dans des bateaux négriers qui les arrachaient à leur pays et à bord desquels beaucoup mouraient dans d’affreuses souffrances. Rappelons-nous Tamango, le beau et terrible film que John Berry, qui vient de disparaître, avait tourné, en1958 et qui disait cette douleur physique et morale et la rébellion de ces Africains. De la même façon, nous ne pouvons pas ne pas penser, en voyant la séquence de la fouille du village par les fétiches à la recherche d’or et l’embrasement de la case de la Femme-forte, à des faits réels : la destruction, par le feu, de campements indiens (recréé dans le western d’Arthur Penn, Little Big Man) mais aussi africains, vietnamiens et, encore à notre époque, de villages entiers disparus dans les flammes de la guerre. Il ne faut pas s’étonner de trouver, dans l’histoire que raconte Kirikou et la Sorcière, l’irruption de telles images puisque l’Afrique, mais pas seulement l’Afrique, a été un continent colonisé et que ceux qui ont souffert hier en font souffrir d’autres aujourd’hui. C’est un cercle vicieux contre lequel le récit vigoureux et poétique de Michel Ocelot lutte pour, finalement, réussir à le rompre, grâce à Kirikou et à son grand-père. Et aussi, ne l’oublions pas, à sa mère qui fait confiance à son fils quand il est petit et le reconnaît, dans toute sa beauté de jeune homme, quand il est grand. Elle est aussi celle qui permet la transmission de la sagesse entre le grand-père et le petit-fils…

Bibliographie

Autour du film
Kirikou et la Sorcière, novélisation du film pour les 7-11 ans, par Michel Ocelot, avec un cahier en couleur et des croquis originaux de l’auteur, coll. « Livre de Poche Jeunesse », Paris, Hachette, 1999.
Kirikou et la Sorcière, livre d’images pour les petits, Toulouse, Milan, 1999.
— Le distributeur GÉBÉKA Films a édité, à l’occasion de la sortie du film, une très belle série de planches reproduisant dessins et images, ainsi qu’un dossier pédagogique en couleurs, réalisé par Jean-Claude Landier et édité en partenariat avec Hatier.
— Le dossier « jeune public » édité par l’Afcae (Association française des cinémas d’art et essai, Paris).
— La cassette vidéo et le DVD de Kirikou et la Sorcière sont édités par France Télévision Distribution.

À consulter également
Télérama Junior, n° 276, 12-12 déc. 1998, pp. 12-15.
Les Civilisations de l’Afrique, Christian Mauder, Henri Monoiot, coll. « L’histoire des hommes », Paris, Casterman, 1987.
Histoire générale de l’Afrique, éditée par l’Unesco (version courte).
— Introduction générale à la culture africaine, coll. « 10/18 », Paris, Bourgois, 1977.
Contes d’Amadou Komba, Paris, Présence Africaine, 1996.
— Conte Kado : Amadou Kékédiourou, sauveur des siens.
— Toute une collection de contes à destination des enfants a été éditée par Présence africaine (25 bis rue des Écoles, 75005 Paris).
— Sur Michel Ocelot, « Il a fait un bébé tout seul », Libération, mardi 25 janvier 2000, page 44.

 

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