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Jour de fête
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Générique

Réalisation : Jacques Tati

1949, France, 78 minutes (hors générique de la restauration), couleurs.
Scénario original : Jacques Tati et Henri Marquet, avec la collaboration de René Wheeler.
Images : Jacques Sauvageot et Jacques Mercanton.
Opérateurs de prise de vues : Marcel Franchi, Jean Mousselle, assistés de Citovitch, Castagnier, Moride, Marquette.
Collaboration technique : Henri Marquet, Jacques Cottin (costumes), André Pierdel (trucman et accessoiriste), Lydie Noël-Mousselle (scripte, régie).
Acteurs : Jacques Tati (François, le facteur), Guy Decomble (Roger), Paul Frankeur (Marcel), Santa Relli (la femme de Roger), Maine Vallée (Jeannette, la jeune fille à la fenêtre), Delcassou (la vieille à la chèvre), Roger Rafal (le coiffeur), Beauvais (le cafetier), Jacques Cottin, Henri Marquet, Madame Cottin, André Pierdel et les habitants de Sainte-Sévère-sur-Indre.
Musique : Jean Yatove.
Décors : René Moulaert.
Montage : Marcel Moreau.
Sonorisation : Jacques Maumont.
Production : Fred Orain, pour Cady-Films.

Distribution : Les Films de Mon Oncle

Résumé

Fin des années quarante. Les habitants d’un petit bourg, paysans à la moisson, petits commerçants, Monsieur le Maire et François le facteur sont observés avec une bienveillante malice par une vieille femme, accompagnée d’une chèvre. Ce petit monde va être perturbé par l’arrivée des forains qui organisent une fête au village. Ces festivités ne s’achèveront pas sans avoir laissé quelques traces sur les habitants, particulièrement sur le facteur François. Après avoir fait la démonstration de sa sociabilité en participant à la préparation de la fête et en trinquant avec qui veut, le facteur essaie, déjà bien éméché, de faire en vélo une « tournée à l’américaine ». Multipliant les performances, il finit dans l’eau. De retour vers le bourg, il est sollicité par des paysans et c’est le petit garçon, coiffé de son képi de facteur, qui finira la tournée.

Note d'intention

Jour de fête, tourné en 1947, en couleurs, mais montré pendant des décennies dans sa version noir et blanc a été restauré : depuis 1995, on peut donc découvrir la magnifique copie couleur du premier film de Jacques Tati.
Dans cette comédie burlesque, le cinéaste interprète lui-même François le facteur, qui, sur son vélo, provoque mille catastrophes. S’astreignant à un jeu d’acteur burlesque, il accomplit lors de la tournée en vélo, des performances corporelles avec une aisance telle qu’on n’aperçoit pas la difficulté. Pourtant, la performance est bien là : par exemple la tenue incroyablement rigide du vélo mais aussi l’art de ralentir les gestes – art du mime par excellence, qui combiné à l’entraînement d’un sportif, est le signe de l’art de Tati.

Mots clé

Burlesque, vélo, bruitages, forains, facteur, cheval, américain, couleurs, province, acrobatie

Le temps à retrouver

Jour de fêteExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Jacques Aumont

 

 

« J’avais été requis par les Allemands en 43, et puis je m’étais évadé, et j’étais allé me réfugier au Marembert, qui est situé à six kilomètres de Sainte-Sévère. Là j’ai été surpris, parce qu’il y avait la guerre, mais on avait l’impression qu’à l’intérieur même de Sainte-Sévère, on ne s’en apercevait pas du tout. C’est quand même formidable de voir des gens qui savent vivre. J’ai pensé que si un jour je faisais un film, je viendrais le tourner
là. »
Trois ans plus tard, Jacques Tati réalisait ce souhait ; après avoir fait semblant d’en chercher les extérieurs dans le Midi, il finirait par tourner L’École des facteurs presque entièrement dans le sud du département de l’Indre, dans ce qu’il n’était pas besoin alors d’appeler « France profonde », parce que cette profondeur (ou profondité) était banale. Tati filme aussitôt après un conflit armé qui a marqué durablement l’histoire de l’Occident, et par contre-coup, l’histoire du monde ; il filme en un moment où les affrontements, pour avoir changé de nature et redéfini autrement les camps, restent violents. Moins brutalement peut-être que dans l’Italie, qui se divise alors entre sa moitié communiste et sa moitié chrétienne, la politique en France connaît pourtant un clivage analogue. Ily a les défenseurs de l’ordre démocratique et libéral, et les tenants d’un ordre nouveau, qui attendent le grand soir ; la presse de 1946 – parce qu’elle est alors le média le plus immédiatement proche de l’actualité politique – est ostensiblement scindée, presse communiste contre presse impérialiste (il n’est jusqu’aux illustrés pour enfants qui le reflètent, avec l’opposition quasi militante entre par exemple le christianisme conquérant de Tintin et l’humanisme marxiste de Vaillant). De la défense de l’Empire, il ne reste dans Jour de fête qu’une trace, marginale et généralement inaperçue, sous la forme d’une affiche qui, dans le bureau de poste de Sainte-Sévère-sur-Indre, annonce discrètement : « Au service de l’Union française » (encore peut-il s’agir d’une union postale). Quant au grand soir, c’en est bien une version, mais absolument carnavalesque, qui est donnée : les rapports sociaux sont redéfinis, le temps de la fête, mais comme dans une parenthèse acceptée et une fois pour toutes réglée. Tati le dit bien : ce qui lui a plu à Sainte-Sévère, ce qui l’a intéressé, c’est précisément qu’il s’agit d’un endroit hors du temps, hors de l’époque et hors de l’histoire, d’un coin de France, et rien d’autre (après tout, le facteur s’appelle exactement François, et même « Françoués »). La France rurale du milieu du vingtième siècle est prodigieusement attardée : c’est ce dont se souvient quiconque a séjourné à la campagne en ces années-là (pas d’eau courante, pas de tout-à-l’égout, pas toujours l’électricité, jamais de téléphone évidemment). Un pays pas très riche, qui en outre sort de la guerre, où par conséquent les gens sont encore maigres, plutôt mal nourris (les grandes grèves de 1946 à 48 n’arrangèrent rien, ce fut par moments une pénurie pire que celle du temps de guerre). Les paysans y labourent avec un unique cheval, y moissonnent avec d’antiques instruments de bois, fourches et râteaux rudimentaires, à force de bras. Jour de fête ne parle pas de tout cela, mais il l’enregistre avec le reste ; les gestes des paysans que fugitivement l’on aperçoit, avant et juste après la fête, sont les vrais gestes qu’accomplissaient journellement des familles qu’il fallait nombreuses pour avoir des bras (ces bras dont, dans les discours des ministres, manquait l’agriculture) ; les tracteurs sont absents, et seul le forain en possède un – ce qui dès le premier plan le distingue et dit déjà que la fête est une greffe toute provisoire sur le corps rural.

Le pays de l’innocence
Ce pays « où les gens savent vivre », et où – c’est le sens de la remarque de Tati – ils savent vivre parce qu’ils échappent aux vicissitudes du temps, c’est donc le pays où perdure en dépit de tout un certain état d’innocence. Le pays où se déroule la fête est un pays inexistant au milieu de nulle part, habité par des êtres qui n’ont pas d’histoire, et par conséquent pas d’âge…

Petite bibliographie

— Armand J. Cauliez, Jacques Tati, Seghers, coll. « Cinéma d’aujourd’hui », éd. augmentée, 1968.
— Michel Chion, Jacques Tati, Cahiers du cinéma, coll. « Auteurs », 1987.
— Marc Dondey (avec Sophie Tatischeff), Jacques Tati, Ramsay-cinéma, 1989.
— Barthélémy Amengual, « L’étrange comique de M. Tati », Cahiers du cinéma, 32 et 34, février et avril 1954 ; repris dans Amengual, Du réalisme au cinéma, Nathan, coll. « Réf. », 1997.
— André Bazin, « Monsieur Hulot et le temps », Esprit, mai 1953 ; repris dans Bazin, Qu’est-ce que le cinéma ?, Éd. du Cerf, 1985.
— Serge Daney, « Éloge de Tati », Cahiers du cinéma, n° 239, septembre 1979 ; repris dans Daney, la Rampe, Cahiers du cinéma-Gallimard, 1983.
—Christian Rolot et Francis Ramirez, « Quelques aspects du réalisme dans Jour de fête de Jacques Tati », Restant, Anvers, février 1978.
— Le n° 199 des Cahiers du cinéma (daté de mars 1968) contient quatre articles (de Jean Badal, Noël Burch, Jean-André Fieschi, Paul-Louis Martin) sur Playtime, et un entretien avec Tati.
— Jacques Kermabon, « Les Vacances de Monsieur Hulot » de Jacques Tati, Crisnée (Belgique), Éd. Yellow Now, coll. « Long métrage », 1988.
— Francis Ramirez et Christian Rolot, « Mon oncle » de J. Tati, étude critique, Nathan, coll. « Synopsis », 1993.
Signalons enfin que Jour de fête a fait l’objet de fiches filmographiques, plus ou moins détaillées, diffusées par les principaux ciné-clubs (FLECC, fiche n° 43 ; Comité français du cinéma pour la jeunesse, fiche n° 13), et d’une fiche de l’IDHEC (fiche n° 18).

La fiche pour l’UFOLEIS est publiée dans Image et Son, n° 114, juillet 1958. Ces divers documents sont notamment consultables à la BIFI.
— François Ede, « Jour de Fête » ou la couleur retrouvée, Cahiers du cinéma, 1995.
— et le Cahier de notes sur ... Les Vacances de Monsieur Hulot, écrit par Carole Desbarats, Les enfants de cinéma.

 

La fiche sur le "site image"

 

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