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Générique
À partir de six ans du CP au CM2.
89 minutes. Muet, sans accompagnement musical, cartons en version française.
Titre original : Umarete wa mita keredo.
Réalisation : Yasujiro Ozu.
Scénario : Akira Fushimi, sur une idée de James Maki (pseudonyme d’Ozu),
Image : Hideo Mohara.
Décors : Takashi Kono.
Montage : Hideo Mohara.
Production : Shochiku/Kamat.
Interprétation : Hideo Sugawara (le fils aîné, Ryoichi), Tokkan Koso (le fils cadet, Keiji), Tatsuo Saito (le père), Mitsuko Yoshikawa (la mère), Takeshi Sakamoto (le patron), Teruyo Hayami (sa femme), Seiichi Kato (leur fils), Masaichi Gotoda (le coursier), Seiji Nishimura (l’instituteur).
Distribution : Carlotta Films.
Résumé
Nouvellement installés avec leurs parents dans la banlieue de Tokyo, Ryoichi (dix ans) et Keiji (huit ans), en butte à l’hostilité d’une bande de gamins qui leur ont promis de « les retrouver en classe » font l’école buissonnière. Premier sermon du père, le soir, pour qui
« ce n’est pas ainsi qu’on devient des hommes importants ». Ce petit employé soucieux des apparences, souhaite voir ses fils occuper une situation élevée. Mais ceux-ci sont d’une autre trempe et lorsqu'ils découvrent, dans un film d’amateur, que leur père, pour plaire à son patron, ne cesse de faire le pitre devant la caméra, ils quittent la séance, furieux. De retour à la maison, ils apostrophent violemment celui-ci avant de décider, raidis dans leur dignité, qu’ils ne mangeront plus rien, si c’est à ses pitreries qu’ils doivent leur nourriture. Cette grève de la faim amènera leur père à se rapprocher d’eux.
Note d'intention
Yasujiro Ozu fait ses débuts comme cinéaste en 1927 en réalisant des films burlesques avant de passer à la comédie sociale fondée sur l'observation du quotidien. Gosses de Tokyo (1932) s'inscrit dans cette veine où la critique sociale prend une tournure drolatique voire comique. Ryoichi et Keiji (sorte de frères japonais du Kid de Chaplin) contestent l’ordre établi mais de façon ludique, non militante. Dès ce film, Ozu esquisse le thème dominant de son œuvre à venir : la vie quotidienne des gens ordinaires, la vie en famille, noyau de base de la société. Formellement, Ozu s’en tient déjà à un naturalisme vériste, économe de ses effets.
Mots clé
Dignité, ridicule, burlesque, cadet/aîné, parents/enfants, rébellion, séance de cinéma, vie quotidienne, rapport de classes
Saccades et ritournelles, moderato cantabile
Extrait du Point de vue du
Cahier de notes sur...
écrit par F. Revault d’Allonnes
Ritournelles « comediante » disait-on à propos des œufs de moineaux ou des trajets avec le père ; petits rituels presque burlesques, disait-on à propos des bagarres ou des jeux des gamins. À quoi s’ajoutent d’ailleurs les passages de trains, qui battent la mesure de cette réitération du quotidien. Dans ce film comme dans toute son œuvre, Ozu colle au quotidien et à ses cycles répétés ; même s’il s’agit en l’occurrence de ritournelles ou de rituels drolatiques, vus ici d’un œil amusé en même temps qu’attendri. Le quotidien avec ses éternels retours coutumiers, est au centre de l’œuvre, la fonde. Et ceci explique que les drames y restent eux-mêmes familiers. Tout comme ceci explique que ces drames ne perturbent finalement qu’à peine la vie quotidienne qui reprend bientôt son cycle ordinaire, tout juste transformé par eux : chez Ozu, la vie quotidienne est la plus forte.
Petite bibliographie
Ouvrages sur Yasujiro Ozu
— Jean-Pierre Brossard (coordonné par), Introduction à Yasujiro Ozu , Éd. Festival international du film de Locarno, 1979.
Reproduit un entretien avec Roland Barthes, des textes sur Ozu et le Zen, notamment par Paul Schrader, et des témoignages de collaborateurs, dont celui de Chishu Ryu, acteur fétiche du maître.
— Youssef Ishaghpour, Formes de l'impermanence : le style de Yasujiro Ozu , Éd. Yellow Now, coll. « De parti pris », 1994.
Un bel essai de philosophe esthète sur l'art d'Ozu, comme rituel formel dénudé, avec développements sur le Zen et sur la modernité.
— Shiguéhiko Hasumi, Yasujirô Ozu , Éd. Cahiers du cinéma, coll. « Auteurs », 1998.
Une approche singulière de l'oeuvre, sa thématique et sa mise en scène, conçue autour d'actions, comme « nier », « manger », « habiter », « voir ». D'où Ozu ressort moins Japonais qu'il n'y paraît, relié à Hollywood et à la Nouvelle Vague.
— Donald Richie, Ozu , trad. Pierre Maillard, Éd. Lettre du blanc, 1980.
L'une des grandes études anglo-saxonnes, celle-ci traduite, sur le minimalisme dans le cinéma d'Ozu.
— Paul Schrader, Transcendantal Style in Film : Ozu, Bresson, Dreyer, University of California Press, 1972.
Essentiel sur l'ascèse formelle au cinéma comme transcendance, mais non traduit.
Voir aussi dans les Cahiers du cinéma, n° 286, mars 1978, et dans Positif, n° 203, février 1978.



