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Générique
À partir de cinq ans de la GS au CM2.
Version française 63 minutes.
Réalisation : Isao Takahata.
Scénario : Isao Takahata d’après la nouvelle éponyme de Kenji Miyasawa.
Dessin et animation : Toshitugu Saida.
Directeur artistique : Takamura Mukuo.
Musique : Michio Mamiya.
Production : Koichi Murata.
Distribution : Les Films du Paradoxe
Résumé
Gauche – car tel est bien là le nom de notre jeune personnage – est violoncelliste dans l’orchestre qui accompagne les projections de cinéma d'une petite bourgade de province du Japon d’avant-guerre. Il est la cible des réprimandes du chef d’orchestre en raison de sa maladresse et de l’inexpressivité de son jeu musical. Dix jours seulement séparent la formation d’un important concert, au cours duquel sera donnée la « 6ème Symphonie ». Entamant avec détermination des répétitions nocturnes en solitaire, Gauche va recevoir la visite successive de divers petits animaux – un chat, un coucou, un petit tanuki, une souris et son souriceau –, qui tour à tour vont lui prodiguer leurs conseils ou lui demander son aide. Par son attitude provocatrice et insolente, le chat chapardeur révèlera à Gauche sa capacité à trouver et à exprimer ses sentiments, jusqu’à la colère. L’oiseau quant à lui lance inlassablement son fameux « coucou », deux notes qu’il faut savoir jouer avec toutes les nuances nécessaires pour se faire comprendre des autres. Par une pratique opiniâtre de ces deux notes, Gauche s’initiera à la subtilité de l’interprétation musicale. Grâce à la gentillesse et à l’application du tanuki, Gauche s’ouvrira à la complicité dans le rythme. Enfin, la souris, ayant entendu parler des vertus magiques de la musique de Gauche, vient le supplier de jouer pour guérir son souriceau malade. En suscitant sa compassion, elle lui donnera l’occasion d’exprimer sa générosité. Ainsi, ces visiteurs importuns apportent chacun à sa manière une réponse au violoncelliste sur le chemin de son apprentissage musical. Et la révélation finale s’impose à lui avec d’autant plus de force que les intentions des animaux et leur attitude se situent aux antipodes de toute profession sentencieuse. Tous voulaient l’entendre et le faire jouer, tous se sont portés à sa rencontre et l’ont pressé d’entendre leur requête, comme par une évidence toute naturelle. Chacun de ces animaux est profondément lui-même, et aucun n’aura même conscience d’avoir infléchi la vision et l’interprétation musicale de leur hôte. Nous sommes bien loin des archétypes animaliers du conte occidental, au rôle aux fonctions définis, et définis par leur fonction. Ici, les animaux n’ont pas de leçon à donner, ils sont venus au contraire pour recevoir, et voilà que ces dérangements s’avèrent avoir été des échanges : et s’il est, non une leçon, mais un enseignement à tirer de leur passage impromptu, c’est bien, selon le mot de Verlaine, combien « l’art, c’est d’être absolument soi-même ».
Note d'intention
Moins abouti au niveau des dessins et plus léger dans sa thématique que le chef d’oeuvre de Isao Takahata, Le Tombeau des lucioles, Goshu le violoncelliste n’en reste pas moins un film d’animation ambitieux qui séduit par sa poésie, sa fantaisie et et son propos subtil et intelligent sur le difficile apprentissage de la musique et le développement de la personnalité. Quatre bestioles espiègles (issues du bestiaire japonais) donnent une belle leçon de musique et une vraie leçon de vie à Goshu en lui apprenant la rigueur, la persévérance, le partage, la patience. L’utilisation de la musique (la sixième symphonie de Beethoven), intrinsèque au récit, est parfaitement maîtrisée : les difficultés puis les progrès de Goshu seront ainsi perçus sans difficulté par les jeunes spectateurs.
Mots clé
Musique, apprentissage, Beethoven, bestiaire, persévérance, dessus-dessous, chat, anthropomorphisme, séance de cinéma, rural
Trait d’union, ou la liberté lieuse
Extrait du Point de vue des
Cahier de notes sur...
écrit par Ilan Nguyên
Gauche le violoncelliste est un long métrage remarquable à bien des égards dans l’histoire du dessin animé au Japon. Ses sources d’inspiration, comme le soin formel apporté à sa réalisation et la tenue de sa mise en scène musicale, le situent dans une veine singulière. Un ensemble de conditions et d’ambitions particulières contribua à faire de ce film un véritable laboratoire où s’élaborèrent nombre de choix et de motifs techniques résolument neufs, qui firent date et font désormais partie des moyens d’expression établis du dessin animé au Japon. Par-delà – si ce n’est du fait même de – tous les écarts que l’on pourra reprocher à sa forme, en matière de translation du récit originel (la nouvelle de Miyazawa), Gauche le violoncelliste constitue un tour de force et un véritable hommage à l’esprit de l’œuvre originale, par la mise en regard, la réunion fusionnelle qu’il cristallise entre ce texte et la musique de Beethoven.
Un nouveau départ
En tant que premier projet de Takahata prenant pour cadre son pays, Gauche constitue un tournant majeur dans l’œuvre de son réalisateur, et le premier maillon d’un parcours créatif au long cours poursuivi jusqu’à ce jour dans une même perspective : l’œuvre de Takahata est depuis lors tournée toute entière vers la représentation de la réalité de son pays. À l’opposé de toute conception « nationale » par principe, abstraite ou théorique, son projet, dès Gauche le violoncelliste, est de puiser dans la réalité la plus proche de lui, celle de son entourage immédiat, matériel, quotidien, et qu’il connaît naturellement de la manière la plus intime, pour y appartenir et en être acteur. Cet ancrage est aussi à l’origine de chacun de ses travaux ultérieurs.
Gauche est aussi le premier projet de mise en scène d’envergure auquel Takahata choisit de s’atteler sans (et malgré l’absence de) Miyazaki, son collaborateur le plus proche. Les années suivantes confirmeront et accentueront cette séparation, et l’affirmation d’une indépendance créative chez Miyazaki, à partir de sa première expérience à la mise en scène, la série Conan le fils du futur (1978). Ainsi, Takahata aura à explorer au cours des années suivantes de nouvelles modalités demise en scène, de nouvelles collaborations, recherche dont Gauche marque le premier pas.Takahata n’a réalisé presque aucune œuvre originale à ce jour (Pompoko est le seul de ses longs métrages le créditant à cet égard). Son œuvre repose au premier chef sur un travail d’adaptation, partant de matériaux originels, vers la forme filmique : la quasi totalité de son travail est ainsi basée sur des sources partagées principalement entre textes littéraires et récits en bandes dessinées. Dans leur variation même au cours du temps, les modalités de ce travail de transposition constituent donc un nœud central dans l’approche du cinéma de Takahata. Sur ce chapitre, Gauche le violoncelliste est marquant à au moins trois égards : son ancrage dans le temps de la jeunesse ; l’ensemble des expérimentations techniques et formelles sur lesquelles repose le film ; enfin, la mise à l’épreuve et l’affirmation d’un projet basé tout à la fois sur une très grande fidélité à l’œuvre originale, et des prises de libertés ponctuelles, porteuses de sens.
Bibliographie
L’oeuvre originale
L’oeuvre de Miyazawa n’a commencé à se voir traduite en français qu’à la fin des années 1980. Le récit Gauche le violoncelliste a fait l’objet, depuis le début des années 1990, d’au moins trois traductions publiées en langue française. La traduction de ce récit, en particulier, a ainsi pu susciter un débat, par versions interposées, entre ses divers traducteurs (voir notamment la postface à Mehrenberger, 1995 : « Un testament trahi »).
Gauche le violoncelliste se trouve traduit dans les volumes suivants :
– Train de nuit dans la Voie Lactée, Paris, Intertextes, coll. Lettres du monde, 1989 (traduction Hélène Morita)
– Le Train de la Voie Lactée, Paris, Critérion, 1990 (traduction de Françoise Lecoeur)
– Mehrenberger Gabriel, Lire Miyazawa Kenji en français (Miyazawa Kenji wo furansu-go de yomu), Tôkyô, Hakusuisha, 1995 (traduction de l’auteur).
Traductions françaises de l’oeuvre de Miyazawa
– Train de nuit dans la Voie lactée (traduit par Hélène Morita), Paris, Intertextes, coll. Lettres du monde, 1989 (rééd. le Serpent à Plumes, coll. Motifs – poche/nouvelles, 1995)
– Dans la Voie lactée, Arles, éd. Philippe Picquier, 1989 (tirage épuisé indisponible)
– Le Train de la Voie lactée (traduit par Françoise Lecœur), Paris, Critérion, 1990 (tirage épuisé indisponible)
– Traversée de la neige (traduit par Hélène Morita), Paris, éditions Noël Blandin, collection Sillages, 1991
– Traversée de la neige (traduit par Hélène Morita), Paris, le Serpent à Plumes, coll. Motifs, 1994 (rééd. poche/roman, 2000)
– Mehrenberger Gabriel, Lire Miyazawa Kenji en français, Tôkyô, éd. Hakusuisha, 1995
– Le Diamant de Bouddha (traduit par Hélène Morita), Paris, le Serpent à Plumes, coll. Motifs — poche/nouvelles, 1997
– Les fruits du gingko (traduit par Hélène Morita), Paris, le Serpent à Plumes, coll. Fiction — domaine étranger, 1997
– Les Pieds nus de lumière (traduit par Hélène Morita), Paris, le Serpent à Plumes, coll. Fiction — domaine étranger, 1998
– Printemps et Ashura (traduit par Françoise Lecoeur) éditions Fata Morgana, coll. Dioscures, 1998
Sur Miyazawa Kenji
Cet auteur a suscité dans son pays une quantité considérable d’études, de gloses et de commentaires, à hauteur de l’engouement qu’a suscité son œuvre de façon continue depuis sa mort. Nous n’indiquons ici qu’un ouvrage japonais, édité parmi tant d’autres à l’occasion du centenaire de sa naissance, en 1996, et qui traite de son oeuvre en regard du cinéma.
– L’univers de Miyazawa Kenji à l’écran (Miyazawa Kenji no eizô sekai), Tôkyô, Kinema Junpô-sha, 1996.
– notice « Miyazawa Kenji », par A. Fieschi, dans Origas Jean-Jacques (dir.), Dictionnaire de littérature japonaise, Paris, PUF, coll. Quadrige, 2000.
– article « Le cousin d’Andersen », par René de Ceccatty, in le Monde des livres, 7 février 1997.
Sur le film et le travail d’adaptation de Takahata Isao
– dossier de presse du film Gauche le violoncelliste (films du Paradoxe)
– dossier pédagogique réalisé par le Forum des images à l’occasion du 2ème festival Nouvelles images du Japon, films d’animation et cinéma numérique, du 15 au 23 décembre 2001
Sur la musique au cinéma
– La musique au cinéma (1998) - Michel Chion - Fayard
Sur Beethoven
– Dictionnaire Beethoven (1991) - Barry Cooper - Traduit par Dennis Collins - Editions J.C. Lattès
– Beethoven : légendes et vérités - Edmond Buchet - Editions Buchet/Chastel – Tirage épuisé indisponible
Sur l’oeuvre de Takahata en général
– Takahata Isao, Réflexions au fil de mes réalisations (Eiga wo tsukurinagara kangaeta koto), Tôkyô, Tokuma Shoten, 1991 (vol. 1), 1999 (vol. 2) [compilation en deux recueils de divers écrits de Takahata, de 1955 à 1999]
– catalogue de la 1ère édition de Portrait d’un cinéaste sous l’arbre, festival de cinéma jeunes publics en Poitou-Charentes, du 4 au 11 novembre 2002 [invitation à Takahata, et programmation organisée entièrement autour de son oeuvre et de son parcours, suivant un certain nombre de directions thématiques]
– catalogues du festival Nouvelles images du Japon, films d’animation et cinéma numérique (Forum des images, 1999 et 2001) [invitation à Takahata en 1999, et à deux de ses collaborateurs essentiels, Ôtsuka Yasuo et Miyazaki Hayao en 2001]
– AnimeLand, hors série n°3 sur Takahata, Miyazaki et le studio Ghibli, Paris, janvier 2000.



