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L’Étrange Noël de Monsieur Jack
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Générique

À partir de 5 ans, de la GS au CM2

Henry Selick, 1993, États-Unis, 75 minutes, animation, couleurs, 35 mm.
Titre original : Nightmare Before Christmas.
Idée originale et personnages : Tim Burton.
Adaptation : Michael Mc Dowell.
Réalisation : Henry Selick.
Scénario : CarolineThompson.
Paroles et musique originale : Danny Elfman.
Décors : Deane Taylor.
Supervision du storyboard : Joseph Ranft.
Supervision de l’animation : Eric Leighton.
Supervision des armatures : Thomas St-Amand.
Supervision de la fabrication des personnages : Bonita De Carlo.
Supervision de la fabrication des moules : John Reed.
Supervision de la construction des décors : Bo Henry.
Supervision de l’atelier de maquettes : Mitch Romanauski.
Directeur de la photographie : Peter Kozachick.
Montage : Stan Webb.
Adaptation française : Philippe Videcoq, Georges Costa.
Voix françaises, voix américaines : Jack Skellington (Olivier Constantin, Chris Sarandon), Sally (Dorothée Gemma, Catherine O’Hara), Oogie Boogie (Richard Darbois, Ken Page), le Maire (Danie lBeretta, Glenn Shadix), Le Savant fou (Bernard Tiphaine, William Hickey), Am (Michel Costa, Paul Reubens), Stram (Céline Monsarrat, Catherine O’Hara), Gram (Bertrand Liebert, Danny Elfman), le Père Noël (Henri Poirier).
Production : Tim Burton, Denise Di Novi.
Coproduction : Kathleen Gavin.
Distribution : Gaumont Buena Vista International.
Sortie française : décembre 1994.

Plus de cent quarante personnes ont pris part à cette aventure. Dans ce générique abrégé nous ne pouvons citer tout le monde… Reportez-vous à la bibliographie pour savoir où trouver un générique intégral.

Résumé

« L’Étrange Noël raconte l’histoire de Jack Skellington : c’est le “Roi des citrouilles” de Halloween Ville », résume Tim Burton. L’histoire commence comme une comédie musicale. Les habitants de Halloween viennent de célébrer leur fête annuelle. Mais Jack, le héros du jour, se sent seul et mélancolique. Suivi de son chien, Zéro, il erre par cimetière et forêt. Pendant que l’étrange créature féminine conçue par le docteur Finkenstein, Sally, secrètement amoureuse de Jack, l’épie, bientôt rattrapée par son créateur. Jack, lui, fait une découverte accidentelle : happé dans le tronc creux d’un sapin, il pénètre dans la merveilleuse Christmas Town, colorée, gaie, lumineuse et emplie d’enfants sages. De retour à Halloween, Jack expose son projet aux habitants. Il charge trois chenapans du nom d’Am, Stram et Gram d’enlever celui qu’il nomme le « Perce-Oreilles » et décide de le remplacer la nuit de Noël. Et le docteur Finkenstein, au grand dam de Sally qui craint pour l’avenir de Jack, crée de magnifiques rennes de traîneau. Après quelques tentatives infructueuses, Am, Stram et Gram livrent le « Perce-Oreilles » à Jack. Le gros Père Noël est envoyé, illico presto, dans les pattes du redoutable Oogie Boogie, cauchemar suprême de Halloween. Et Jack, malgré une tentative de Sally d’empêcher son départ, s’envole à bord de son traîneau pour Christmas Town. Fidèle au rôle qu’il s’est attribué, le brave Jack emplit les bottes et les maisons de Christmas Town des cadeaux concoctés par les habitants de Halloween. Las! Ils sont si effrayants que la panique s’empare de la bonne ville. La police, dûment alertée, fait donner la DCA contre le traîneau du « Père Noël ». Et la merveilleuse idée de Jack se volatilise… Pendant ce temps, le Perce-Oreilles subit les pires outrages. Sally, courageusement, tente de le secourir mais tombe à son tour dans les pattes d’Oogie. Jack, qui a repris ses esprits, arrive sur ces entrefaites. Il a pris sa décision. Noël doit avoir lieu avec le vrai Père Noël. Il empêche de justesse le massacre du Perce-Oreilles et de Sally et fait disparaître Oogie Boogie au cours d’un combat homérique. Jack renvoie le Perce-Oreilles au Pays de Noël. Et Sally, enfin libre de ses mouvements, avoue son amour à Jack…

Note d'intention

L’Étrange Noël de Monsieur Jack est à la portée de tous, enfants et adultes. Ce conte de Noël mêle dans une sarabande diaboliquement rapide deux mondes fantastiques : celui de Jack Skellington, rempli de créatures épouvantables mais souvent sympathiques et celui du Père Noël, archétype doux et lumineux d’un bonheur terrestre rosâtre... L’irruption d’un monde dans l’autre et vice versa se fait dans la douleur et la drôlerie aussi, car le film est tissé d’humour et de tendresse. Tim Burton donne toute la dimension de son talent et de sa culture à cette œuvre poétique, voire nostalgique, dotée d’un foisonnement d’images et d’une très belle bande-son (chansons et musique rythment l’histoire). À noter que si la version originale est irremplaçable, il existe une excellente version française.

Mots clé

Peur, fête traditionnelle, musique, seul, graphisme, trucages, envol, sculpture, comédie musicale, ville, créateur/créature

Une rupture esthétique

L’Étrange Noël de Monsieur JackExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Pascal Vimenet

 

 

Vous êtes-vous demandé d’où venait… L’Étrange Noël de Monsieur Jack ? De même que Halloween est une fête qui convoque des revenants, de même L’Étrange Noël de Monsieur Jack est un film qui convoque une multitude de revenants, cinématographiques s’entend. Et, comme les revenants, L’Étrange Noël de Monsieur Jack, de plusieurs manières, se dérobe. Il se dérobe parce qu’il échappe à une narration et une dramaturgie classiques et que toute tentative de catégorisation se heurte instantanément au masque grimaçant et sarcastique de Halloween, sombre figure de la face cachée de la société américaine. L’Étrange Noël de Monsieur Jack est le film emblématique d’une rupture, thématique et esthétique, comme il n’y en a pas eu depuis longtemps dans l’histoire du cinéma d’animation américain. Soit le grotesque contre le « merveilleux », figure incontournable de toutes les tartes à la crème publicitaires du cinéma d’animation américain. Au-delà du seul renversement des valeurs narratives habituelles, l’esthétique gothique du film rejette trois dogmes principaux du cinéma d’animation disneyen : l’anthropomorphisme, les formes rondes et la bidimensionnalité. Non pas que des tentatives de remise en cause de ce canon n’aient existé précédemment, mais parce que L’Étrange Noël de Monsieur Jack a été conçu au cœur même de ce système de production. Du coup, il met à nu ses ressorts et son état internes : l’inspiration thématique et esthétique de la grande machine, en panne sèche depuis longtemps, pour tenter de se ressourcer, a dû perdre de son imperméabilité. Elle est devenue poreuse. À ses risques et périls. À quelle histoire la confronte donc L’Étrange Noël de Monsieur Jack ?

À l’origine
À l’origine de l’aventure du film de Henry Selick et Tim Burton, on trouve une parodie d’un poème de Clement Clark Moore, Night Before Christmas, transformé illico par Tim Burton en un autre qui a donné son titre original au film, The Nightmare Before Christmas.

Le poème de Burton, écrit dix ans auparavant, démarrait ainsi :
C’était durant l’automne, dans la ville de Halloween.
La Lune frissonnait, Et là-haut, solitaire, assis sur la colline, un squelette ruminait,
Portant chauve-souris pour tout nœud papillon,
C’était Jack Skellington, un mince et grand garçon.

Un cauchemar… Matrices de l’idée du film, la rythmique poétique initiale et son contenu sarcastique sont essentiels. Ils engendrent la versification ironique des chants qui scandent le récit, faisant de celui-ci une ballade, et conditionnent simultanément sa construction et les choix plastiques. Le processus avait été le même dans Vincent, premier court métrage d’animation de l’auteur (1982), lorsque Vincent Price lisait, off, l’histoire du petit Vincent. Halloween, Lune, frisson, squelette, chauve-souris… Tout l’univers de L’Étrange Noël de Monsieur Jack se cristallise autour de cette première intuition : tant le principe du récit, qui ressortit avant tout à la danse ou à la ronde macabre, que la prééminence de la figure de Halloween incarnée par Jack, et que sa traduction esthétique qui donne la primauté au volume et au sombre.

Qui sont les monstres ?
Lorsque, apparemment en contradiction avec ce qui vient d’être énoncé, Tim Burton déclare: « On peut trouver l’idée de départ étrange, voire déconcertante, mais il n’y a réellement pas d’affreux dans ce film. Il s’agit, en fait, tout simplement d’un éloge de Halloween et Noël – mes deux fêtes préférées », il désigne implicitement l’ambition de L’Étrange Noël de Monsieur Jack et pose en réalité, comme innocemment, une seule question « Qui sont les monstres ? » : « On obéit toujours à une logique interne. Il y a d’une part la figure de la quête. Le personnage de Jack est à la recherche de quelque chose de positif. Et, d’autre part, le thème de la perception. Le personnage peut être perçu comme effrayant, mais l’est-il vraiment ? Pour moi, le film s’est structuré autour d’un thème majeur : un personnage fondamentalement bon est à la recherche de quelque chose de positif, mais les autres le perçoivent comme négatif. En fait c’est l’histoire classique depuis Frankenstein : comment on perçoit les gens et les choses. »

Petite bibliographie

Sur le film
— Frank Thompson, L’Étrange Noël de Monsieur Jack, le livre du film, Dreamland Éditeur, 1994.
— Bill Krohn, « Tim Burton, de Disney à Ed Wood », Cahiers du cinéma n° 475, janvier 1994.
— Thierry Jousse, « Pierrot lunaire », « Entretien », Cahiers du cinéma n° 486, décembre 1994.
— Gilles Ciment, « L’auteur, l’auteur ! », Positif n° 412, juin 1995.

Sur Tim Burton et sa filmographie
— Giannalberto Bendazzi, Cartoons, Le Cinéma d’animation, 1892-1992, Éditions Liana Levi, 1991.
— Marcel Jean, in Le Langage des lignes et autres essais sur le cinéma d’animation, Cinéma Les 400 Coups, Québec, Canada, 3e trimestre 1995.
— Iannis Katsahnias, « Vampire », Cahiers du cinéma n° 423, septembre 1989.
— Bill Krohn, « Batmania en neuf temps », Cahiers du cinéma n° 423, septembre 1989.
— Thierry Jousse, Nicolas Saada, « Entretien avec Tim Burton », Cahiers du cinéma n° 462, décembre 1992.
— Marie-Anne Guérin, « Frankenweenie », Cahiers du cinéma n° 486, décembre 1994.
— Antoine de Baecque, « Vincent », Cahiers du cinéma n° 486, décembre 1994.
— Bill Krohn, « Ed Wood », Cahiers du cinéma n° 486, décembre 1994.
— Olivier Kohn, « Ed Wood : le rêveur subversif », Positif n° 412, juin 1995.
— Michel Ciment, « Un optimisme étrange et perverti : entretien avec Tim Burton », Positif n° 412, juin 1995.
— Alain Garsault, « Edward D. Wood, Jr : un cinéaste “naïf” », Positif n° 412, juin 1995.
— Gilles Ciment, « Vincent, Frankenweenie : Apprentim Burton », Positif n° 412, juin 1995.
— Marc Poquet, « Tim Burton : le jeu singulier de la couleur », Positif n° 412, juin 1995.

 

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