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Les Demoiselles de Rochefort
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Générique

À partir de six ans du CP au CM1

Jacques Demy, France, 1966,120 minutes, couleurs, Scope.
Scénario, dialogues, chansons et réalisation : Jacques Demy.
Musique : écrite et dirigée par Michel Legrand.
Images : Ghislain Cloquet.
Décors : Bernard Evein.
Costumes : Jacqueline Moreau.
Chorégraphie : Norman Maen.
Script girl : Annie Maurel.
Montage : Jean Hamon.
Son : Jacques Maumont.
Assistants réalisateurs : Michel Romanoff, Alain Franchet, Jacques Baratier, Claude Miller, Bernard Gilson.
Robes : Jean-Marie Armand.
Chapeaux : Jean Barthet.
Coiffures : Carita.
Photographies : Hélène Jeanbrau.
Régie : Michel Choquet.
Assistantes chorégraphie : Pamela Hart, Maureen Bright.
Directeur de production : Philippe Dussart.
Producteur délégué : Mag Bodard.
Producteurs : Mag Bodard et Gilbert de Goldschmidt.
Production : Parc Film Madeleine Film (Paris).
Distribution : Ciné-Tamaris.
Procédé Franscope/Eastmancolor.
Tournage du 31 mai au 27 août 1966 à Rochefort-sur-Mer.
Sortie en France : 8 mars 1967.
Prix Max Ophuls 1967.
Version américaine : The Youngs Girls of Rochefort, adaptation anglaise : Julian More. Chansons anglaises : Jacques Demy, Julian More et W. Earl Brown.

Interprétation : Catherine Deneuve (Delphine Garnier), Françoise Dorléac (Solange Garnier), George Chakiris (Étienne), Michel Piccoli (Simon Dame), Gene Kelly (Andy Miller), Danielle Darrieux (Yvonne Garnier), Jacques Perrin (Maxence), Jacques Riberolles (Guillaume Lancien), Grover Dale (Bill), Geneviève Thénier (Josette), Henri Crémieux (Subtil Dutrouz), Pamela Hart (Judith), Leslie North (Esther), Patrick Jeantet (Boubou), René Bazart (Pépé), Agnès Varda (une religieuse).
Voix : Anne Germain (Delphine), Claude Parent (Solange), Christiane Legrand (Judith), Claudine Meunier (Esther), Alice Herald (Josette), José Bartel (Bill), Romuald (Étienne), Donald (Andy Miller), Danielle Darrieux (Yvonne), Olivier Bonnet (Boubou), Georges Blanès (Simon Dame), Jacques Revaux (Maxence), Jean Stout (Guillaume Lancien).

Résumé

Une caravane commerciale avec camions, chevaux et moto-cyclistes arrive à Rochefort par le pont transbordeur pour participer à la foire de la ville, la « Fête de la mer ». Les forains installent leurs camions sur la grande Place Carrée de Rochefort. Au-dessus de la mairie, des jumelles, Solange et Delphine Garnier, donnent un cours de danse à des fillettes. Delphine rêve à son idéal masculin et Solange compose un concerto qu’elle espère présenter à Paris. Yvonne, leur mère, gère le café de la place Colbert. Elle a renoncé à un grand amour parce que son amant avait un nom ridicule, Simon Dame. Yvonne, qui ne peut quitter son comptoir, demande aux deux jeunes patrons de la caravane, Étienne et Bill, d’aller chercher son jeune fils Boubou à la sortie de l’école. Guillaume Lancien expose dans sa galerie un portrait de jeune fille, peint par un jeune militaire, Maxence. L’idéal féminin de Maxence correspond au visage de Delphine. Celle-ci refuse les avances de Guillaume qui lui exprime son désir avec un certain cynisme. Solange rend visite à Simon Dame, le marchand de musique, à qui elle a commandé du papier pour partitions. Elle lui demande une recommandation auprès de Andy Miller, ancien camarade de conservatoire de Simon, devenu un grand pianiste aux États-Unis. Celui-ci est revenu en France pour une tournée. Simon avoue alors à Solange qu’il a autrefois aimé une femme qui a rompu avec lui parce qu’elle trouvait ridicule de s’appeler Madame Dame. Étienne et Bill apprennent que leurs deux partenaires féminines ont décidé de les abandonner. Ils demandent alors à Solange et à Delphine de les remplacer au pied levé et de présenter un numéro lors du spectacle du dimanche. Celles-ci, après un moment d’hésitation dû à leur coquetterie, acceptent de présenter leur chanson « Nous sommes deux sœurs jumelles ». Andy Miller arrive alors et croise brièvement Solange, partie chercher Boubou. C’est le coup de foudre immédiat entre eux. Après la grande fête dominicale marquée par le triomphe des jumelles Garnier, Simon Dame retrouve en Yvonne son amour perdu. Andy Miller et Solange se rencontrent et s’avouent leur amour, en même temps qu’on découvre que Subtil Dutrouz, un paisible retraité client du café d’Yvonne, est l’assassin d’une ancienne danseuse, nommée Lola Lola, qu’il a découpée en morceaux. Sur la route du départ, le camion d’Étienne et Bill, dont Delphine est la passagère pour Paris, s’arrête un instant pour prendre un jeune autostoppeur : le marin, Maxence, qui vient d’être démobilisé.

Note d'intention

Les Demoiselles de Rochefort, avec ses chansons et séquences dansées, la présence de Gene Kelly (Un Américain à Paris) et George Chakiris (West Side Story), est un hommage direct à la comédie musicale américaine. Contrairement aux « musicals » américains, le film fut tourné en décors naturels, sur la vraie place de Rochefort, mais Demy fit repeindre toutes les façades des immeubles et les volets, créant ainsi un univers irréaliste et onirique. Les lumineuses couleurs pastel, les chansons composées par Michel Legrand, le scénario qui relève du conte de fée, font des Demoiselles de Rochefort une oeuvre euphorisante et un hymne à la joie de vivre ...

Mots clé

Comédie musicale, joie de vivre, love-story, province, danse, forains, sœurs jumelles, rose bonbon, phrasé, robe, couleurs

Une comédie musicale en décors naturels

Les Demoiselles de RochefortExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Michel Marie

 

 

Les Demoiselles de Rochefort correspond donc à l’un des tout premiers projets du jeune cinéaste : tourner en France une comédie musicale à l’américaine avec des chansons et des ballets. La différence essentielle réside dans le choix très provocateur d’une réalisation en décors naturels dans une ville véritable. Nous avons vu que Demy avait choisi la ville militaire de Rochefort, en raison du géométrisme accentué de son architecture. Les dallages réguliers de la Place Carrée se prêtent en effet admirablement, par contraste, à la représentation des figures chorégraphiques modernes, car ils permettent à celles-ci de mieux se détacher sur un fond symétrique. Le sol de Rochefort offre l’équivalent des structures visuelles des ballets kaléidoscopiques du chorégraphe américain Busby Berkeley, le célèbre réalisateur des Chercheuses d’or (1935) et de Place au rythme (1939).

 

Les chansons

Le film accorde une large place aux chansons : elles sont, en effet, une vingtaine à partir de la chanson initiale, celle des sœurs jumelles (séquence 4) jusqu’à sa reprise lors de la kermesse finale (séquence 21). On notera la disparition des chansons dans la dernière partie du film après la kermesse. Les personnages principaux ont tous l'opportunité d’exprimer leurs sentiments par la voie du lyrisme musical. Et ce sont évidemment les jumelles, Solange et Delphine, qui ont le plus l’occasion de chanter, ensemble et également chacune pour elle-même. Les chansons en commun interviennent dans les séquences 4, 16 et 21 : outre le thème devenu très célèbre Nous sommes deuxsœurs jumelles, nées sous le signe des Gémeaux, le spectateur a droit à la mélancolique et ironique chanson Dans le port de Hambourg, qui est suivie du thème euphorique Quand l’été à disparu. Quand le temps s’en est allé... Aimer les fleurs. Aimer les rireset les pleurs...

Delphine et Solange s’expriment seules lorsqu’elles évoquent leur amour idéal. Il en est de même pour Maxence, Andy, Simon et Yvonne. Les deux forains chantent pour évoquer leurs voyages et leurs amours plus éphémères : Nous voyageons de ville en ville,et de filles en filles... (séquence 9 et séquence 21). Ce qui différencie essentiellement les chansons des Demoiselles de celles des comédies hollywoodiennes qui utilisent souvent des « standards » antérieurs déjà très célèbres comme, « Singin’ in the Rain », c’est qu’elles ont été écrites spécialement pour le film par l’auteur (Jacques Demy, bien évidemment), qui est aussi le scénariste et le dialoguiste. De plus, les paroles des chansons sont toutes prononcées de manière à être comprises par le spectateur-auditeur. Elles ne sont pas séparées du dialogue mais, au contraire, en constituent le prolongement indispensable, du point de vue du sens notamment. Elles permettent de comprendre les sentiments des personnages et donnent des informations scénaristiques importantes, absentes des dialogues parlés : par exemple, la relation antérieure entre Simon et Yvonne. D’autre part, le texte des paroles chantées comprend tout autant de tournures poétiques, lyriques, ironiques et comiques que les dialogues en eux-mêmes. Mais également, Jacques Demy ne limite pas la chanson à l’expression du lyrisme amoureux. Les séquences 17 et 18, consacrées à la découverte du corps de la femme découpée en morceaux, comprennent deux chansons pour la première (chansons d’Yvonne puis de Josette) et une suite de dialogues intégralement chantés par tous les personnages présents pour la seconde : les policiers, Maxence, Solange, Andy, enfin Delphine. La séquence 18 s’oppose ainsi à la séquence 20 qui réunit tous les personnages autour d’une table de restaurant pour les faire parler exclusivement en alexandrins. Ce dialogue de conversations de rue, intégralement chanté, non sans une pointe d’auto-ironie (C’est de l’esprit à quatre sous – Grattez où ça vous démange !) rappelle le chanté des Parapluies de Cherbourg et annonce celui de Une chambre en ville.

Bibliographie

Livres
— Berthomé (Jean-Pierre), Jacques Demy et les racines du rêve, L’Atalante, Nantes, 1982. Deuxième édition 1996, 480 p.
La première étude monographique consacrée au cinéaste. Travail très sérieux issu d’une thèse universitaire par le spécialiste français du cinéaste qui a assisté adolescent au tournage de Lola à Nantes. Chaque chapitre est consacré à l’étude détaillée d’un film.
— Taboulay (Camille), Le Cinéma enchanté de Jacques Demy, Cahiers du cinéma, 1996. 192 p.
Un essai plus personnel et féminin sur l’univers féerique du cinéaste par une jeune critique des Cahiers du cinéma, grande admiratrice de Peau d’Âne et des Demoiselles de Rochefort. Un travail précieux pour la genèse des films car l’auteur a bénéficié de la riche documentation réunie par Agnès Varda. Il reproduit par exemple des plans de tournage (p. 111, notamment).

Articles
— Delahaye (Michel), « Jacques Demy ou les racines du rêve », Cahiers du cinéma n° 189, avril 1967, pp. 31 à 40 et 71.
Un article fondateur écrit au moment de la sortie des Demoiselles de Rochefort. Delahaye étudie précisément la richesse du dialogue chez Demy et ses sources cinématographiques françaises et américaines. Réflexion très stimulante.

Films
Les Demoiselles ont eu vingt-cinq ans.
Réalisation : Agnès Varda.
Le film comprend des images d’un reportage tourné en 16 mm inversible par Agnès Varda pendant le tournage des Demoiselles en 1966 à Rochefort et d’autres extraits d’images d’archives. Il a été tourné en juin et septembre 1992 à l’occasion d’une grande fête commémorative organisée par la municipalité de Rochefort.
Jacquot de Nantes
Réalisation : Agnès Varda, France, 1991, 118 minutes.
Scénario et dialogues : Agnès Varda, d’après les souvenirs de Jacques Demy.
Production : Agnès Varda et Perrine Bauduin pour Ciné-Tamaris. Directeur de la
photo : Patrick Blossier.
Montage : Marie-Jo Audiard.
Interprétation : Philippe Maron (Jacquot 1), Édouard Joubeau (Jacquot 2), Laurent Monnier (Jacquot 3).

 

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