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Le Corsaire rouge
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Générique

À partir de six ans, du CP au CM2

Robert Siodmak, Grande-Bretagne, 1951-52, 104 minutes, couleurs.
Titre original : The Crimson Pirate.
Réalisateur : Robert Siodmak.
Réalisateurs adjoints : Burt Lancaster, Roland Kibbee.
Scénario : Roland Kibbee, et Waldo Salt, Burt Lancaster, Robert Siodmak.
Image : Otto Heller (Technicolor).
Direction artistique et décors : Paul Sheriff, assisté de Ken Adam.
Montage : Jack Harris, Jean-Pierre Steimer.
Musique : William Alwyn, Muir Mathieson.
Son : A.E.Rudolph.
Assistants réalisateurs : Gus Agosti, Vernon Sewell.
Costumes : Margaret Furse, Marjorie Best (pour Burt Lancaster et Nick Cravat).
Effets spéciaux : Russell Shearman.
Directeur de production : Terry Hunter.
Photographie sous-marine : H.J. Hodges.
Maître d’armes : Enzo Musumeci-Greco.
Production : Harold Hecht, Norman Deming (assoc.) Warner Bros. A Norma Production.
Première : 27 septembre1952.
Sortie en France : 10 mars 1953.
Distribution en France : film non distribué à ce jour.
Interprétation : Burt Lancaster (Capitaine Vallo, le Corsaire rouge), Nick Cravat (Ojo, l’ami du capitaine), Eva Bartok (Consuelo, fille d’El Libre), Torin Thatcher (Humble Bellows, le second du navire pirate), James Hayter (le professeur Elie Prudence), Leslie Bradley (le baron Don Jose Gruda), Margot Grahame (Bertha Bianca), Noel Purcell (Pablo Murphy), Frederick Leister (Sebastian « El Libre »), Eliot Makeham (le gouverneur), Frank Pettingill (le colonel), Dagmar Wynter (la signorita), Christopher Lee (le commandant de la garnison), Ewa Rober (Claw Paw), Charles Farrel (Poison Paul), Derek Tansley (Patch Eye), John Chandos (Stub Ear), Harry Lane (un pirate), et des cascadeurs.

Résumé

À la fin du XVIIIe siècle, le capitaine pirate Vallo prend par ruse, avec ses hommes, le navire sur lequel voyage le baron Don Jose Gruda. Celui-ci, émissaire du roi d’Espagne, est venu réprimer avec des fusiliers marins les révoltes dans les îles des Caraïbes. Déçu de constater que le navire ne transporte pas d’or mais des armes, le pirate décide alors de les vendre aux insurgés de l’île de Cobra, dont le meneur se nomme El Libre. Le baron offre cinquante mille florins à Vallo s’il lui livre El Libre. Vallo, accompagné de son fidèle compagnon muet Ojo, débarque à Cobra et apprend qu’El Libre est déjà prisonnier. Il se rend alors avec Consuelo, la fille d’El Libre, à san Piero où il se fait passer pour le baron Gruda et se fait remettre El Libre et Prudence, professeur ami du conspirateur. Mais Humble Bellows, le second de Vallo, et l’équipage des pirates comprennent que leur chef est tombé amoureux de Consuelo et qu’il est désormais prêt à livrer les armes aux révolutionnaires sans contrepartie financière. Consuelo et son père sont alors remis au baron Gruda alors que Vallo, Ojo et le professeur sont enchaînés sur une barque à la dérive, sans vivres ni eau. Appliquant l’une des théories scientifiques du professeur inspirée d’Archimède, les trois hommes réussissent à gagner la terre et à rejoindre les rebelles. Le professeur Prudence met au point de nouvelles armes (explosif, montgolfière, mitraillette) et Vallo, Ojo et lui, à la tête des insurgés, passent à l’attaque le jour même du mariage du gouverneur avec Consuelo. La garnison espagnole est surprise : Vallo délivre ses hommes emprisonnés dans un filet après avoir été piégés par le baron Gruda, qui les a drogués en leur offrant un baril de rhum. Vallo part à la poursuite du vaisseau espagnol et lance son équipage à l’abordage en attaquant par surprise son ennemi par revers. Gruda trouve la mort et Vallo et Consuelo se déclarent mutuellement leur amour à Cobra libérée du joug espagnol, pendant qu’Ojo mime dans un commentaire ironique cette nouvelle idylle.

Note d'intention

Vrai film de pirates, dans la tradition hollywoodienne, boudé à sa sortie par la critique mais applaudi par le public, Le Corsaire rouge a l'intérêt de nous projeter dans un double récit : accumulant avec brio et panache toutes les conventions du genre – voiliers, abordages, prouesses le long des filins, poursuites, etc. – il parodie simultanément le genre lui-même
« par une avalanche de gags et de prouesses délibérément hors du commun ». Le dynamisme de ce film, porté à bout de bras par l'acrobatique Burt Lancaster, s'adresse à la candeur du spectateur tout en s'en moquant gentiment. Un chef d'oeuvre du genre.

Mots clé

Pirates, mer, burlesque, costumes, acrobatie, bataille, Hollywood, couleurs, aventure

Hollywood et les films de pirates

Le Corsaire rougeExtrait du Point de vue du Cahier de notes sur...
écrit par Michel Marie

 

 

Dès le premier plan, le personnage mythique, le Corsaire rouge, doublé de la star, Burt Lancaster, s’adresse au public droit dans les yeux : « Larguez les vergues, envoyez toute la voilure ! Venez autour de
moi ! Vous tous, approchez, vous êtes embarqués pour le dernier voyage du Corsaire rouge, un long voyage autour des îles Caraïbes ! Mais rappelez-vous: sur un bateau de piraterie, dans des eaux de piraterie, dans un monde de pirates, ne posez pas de questions, ne croyez que ce que vous voyez…»
Puis, après que le même plan a été projeté à l’envers et que le corsaire est revenu sur la vergue d’où il s’était envolé : « Non, ne croyez que la moitié de ce que vous voyez... Un homme, au cabestan ! Levez l’ancre ! Plus vite ! » Et le récit commence.

Un double récit
Le Corsaire rouge, bizarrement titré ainsi, par pudibonderie morale, pour la version française alors que l’original américain parle de Pirate cramoisi (The Crimson Pirate) est un double récit, mêlant à la fois les conventions du film d’aventures maritimes avec voiliers somptueux, grande figuration, scènes d’abordages et personnages sanguinaires, et parodiant ces mêmes conventions par une avalanche de gags et des prouesses délibérément hors du commun. Il joue sur la crédulité du public, sa confiance un peu aveugle et sa faculté d’émerveillement, sur l’enfant qui sommeille en tout spectateur de cinéma venu voir un film pour qu’on lui raconte une histoire merveilleuse. Mais dans le même temps, le film se moque un peu gentiment de cette naïveté en la tournant en dérision par des détails ironiques (un pirate patibulaire essuie une larme avec un crochet) et par le recours à la comédie acrobatique où les deux héros, tels des enfants jouant aux pirates, seuls contre tous, sont supérieurs à leurs ennemis même si ceux-ci sont cent fois plus nombreux et incomparablement mieux armés. Les méchants Espagnols et les comparses pirates s’entretuent à longueur de film, mais ce sont des adversaires qui restent bien inoffensifs. On ne meurt presque pas dans les scènes d’abordage les plus sauvages, et malgré le Technicolor, le sang ne gicle pour ainsi dire jamais. Bien sûr, le vilain baron Gruda s’écrase sur le pont en perdant l’équilibre, mais il disparaît dans le hors-champ des voiles. Siodmak et Lancaster épargnent aux regards sensibles l’image traumatisante du corps écrasé.

Un vrai film de pirates
Le Corsaire rouge reste d’abord un vrai film de pirates et non un film burlesque comme une aventure des Monty Python sur un bateau de corsaires. Le film suit un schéma narratif assez traditionnel au départ, identique à celui de La Flèche et le Flambeau et à bien des films d’aventures historiques: un individu indépendant, le héros – ici le Corsaire rouge, dédoublé par son faire-valoir, le muet Ojo – se met au service de la collectivité (les insurgés de l’île de Cobra) pour assurer la victoire du peuple. Mais le film abonde en rebondissements inattendus, en renversements de situation (Vallo ne domine plus les règles du jeu et se fait destituer par Bellows, lui-même victime de la ruse du baron Gruda) et en surprenantes pirouettes, à l’image des acrobaties du personnage principal. Les traces de ce récit historique à la coloration anticolonialiste sont encore présentes dans le portrait du baron Gruda, émissaire sanguinaire et cruel du roi d’Espagne (il torture les insurgés, notamment Pablo Murphy) et plus encore dans celui des deux gouverneurs des îles de Cobra et de San Piero ; l’un est un vieillard sénile qui ne désire que réprimer les manifestations populaires avec la plus extrême sauvagerie, et pour son simple plaisir, l’autre est un bouffon facilement bernable, caricature de Louis-Philippe, entouré d’une cour d’aristocrates tous plus ridicules les uns que les autres. Les militaires de San Piero, dont l’un est un sosie de Napoléon, sont des idiots qui obéissent immédiatement aux ordres du faux baron Gruda et s’entretuent ; la cour est composée pour l’essentiel de vieilles coquettes qui ne s’intéressent qu’à la garde-robe de la reine-mère d’Espagne et s’émerveillent des tours de passe-passe qu’effectue le faux comte Ojo pendant qu’il leur subtilise leurs bijoux.

Petite bibliographie

Sur le film d’aventures en général :
Patrick Brion, Le Cinéma d’aventures, Les grands classiques américains de Robin des bois à l’Homme qui voulut être roi, Éditions de la Martinière, 1995.
Un bel album somptueusement illustré qui présente tous les classiques hollywoodiens du film de pirates dont Le Pirate noir et Le Corsaire rouge.

Sur Robert Siodmak, il n’existe qu’une seule monographie publiée en langue française, celle d’ailleurs très informée d’Hervé Dumont, Robert Siodmak, le maître du film noir, L’Âge d’homme, Lausanne, 1981.

Sur Burt Lancaster, il n’existe également qu’un seul titre qui énumère et analyse tous les films de sa longue carrière : Burt Lancaster par Roland Lacourbe, Édilig, 1987, cinéphiliquement fiable.

Sur l’histoire et la tradition littéraire de la piraterie, une excellente introduction par Philippe Jacquin, Sous le pavillon noir, pirates et flibustiers, Découvertes Gallimard, 1988.

Sur le maccarthysme et le rôle des communistes américains dans le cinéma des années quarante et cinquante, voir Les Communistes de Hollywood, autre chose que des martyrs, par Thom Andersen et Noël Burch, collection L’Œil vivant, Presses de la Sorbonne Nouvelle,1994.

 

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