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Générique
À partir de 5 ans, de la GS au CM2
Charles Chaplin, États-Unis, 1928, 70 minutes, noir et blanc, muet.
Titre original : The Circus.
Production : Chaplin-United Artists.
Producteur : Charles Chaplin.
Scénario et réalisation : Charles Chaplin.
Directeur de la photographie : Roland (Rollie) Totheroh.
Cadre : Jack Wilson, Mark Marlatt.
Montage : Charles Chaplin.
Assistant metteur en scène : Harry Crocker.
Tournage : 1926-1927.
Première mondiale : 6 janvier 1928.
Musique : Charles Chaplin (1969). Chanson Swing Little Girl, écrite, composée et interprétée par Charles Chaplin (version sonorisée en 1969).
Interprétation : Charles Chaplin (Charlot le vagabond), Merna Kennedy (Merna l’écuyère), Allan Garcia (le directeur du cirque), Harry Crocker (Rex, le funambule), Henry Bergman (le vieux clown), George Davis (le magicien), Steve Murphy (le pickpocket), Stanley Isanford (le régisseur).
Résumé
Charlot le vagabond, poursuivi par un policier qui le prend pour un voleur, entre dans un cirque et perturbe un numéro de clown en suscitant les rires d’un public endormi. Le patron lui propose de faire des essais qui ne seront pas convaincants. Sur le point de partir, un autre incident lui rapporte un franc succès. Le directeur l’engage en le sous-payant. Charlot s’éprend de sa fille Merna qui lui préfère Rex, le funambule. Prêt à tout pour éclipser le rival, Charlot le remplace dans son numéro d’équilibriste. Mais il ne fait plus rire le public depuis que Merna en aime un autre, et le patron le renvoie. Merna le rejoint la nuit et lui propose de partir avec lui. Il refuse, renonçant à tout. À la femme qu’il aime, qui épouse Rex avec son assentiment, et au monde du cirque.
Note d'intention
Avec Le Cirque, les enfants plongent immédiatement dans l'univers de Chaplin : les jeunes spectateurs – comme les adultes – sont aussitôt emportés par la poésie, la drôlerie, la vivacité, la cruauté, la somme de sentiments contradictoires, du rire aux larmes tout le temps... Quand le monde intérieur chaplinesque regarde vers l'univers du cirque, lui-même porteur de multiples occasions de rêver, de rire et d'être triste, on atteint la magie.
Mots clé
Nourriture, bestiaire, liberté , rêve , chanson, cruauté, cercle, acrobatie, en public, éveil amoureux
L'artiste et le vagabond
Extrait du Point de vue.
Cahier de notes sur...
écrit par Charles Tesson
Charlot, accusé d’un vol qu’il n’a pas commis, se réfugie dans la galerie des glaces d’un spectacle de foire. La façade de la galerie, visible au fond de l’image, ressemble à un bateau. C’est vers elle que Charlot se dirige en se joignant au groupe lorsqu’il fait sa première apparition à l’écran, de dos. Entre la terre ferme où sont attroupés les badauds et ce monde promis et invisible, de l’autre côté de la carcasse du navire, il y a un ponton, suspendu dans le vide, première zone d’équilibre à franchir et à surmonter pour y accéder. Étrangement, ce décor de bateau évoque l’Arche de Noé. Il n’y a pas de déluge visible, à l’échelle cosmique et communautaire, mais il y a un naufrage personnel. Celui de Charlot le vagabond, dont on comprend vite qu’il a faim (le gâteau du bébé qu’il mange à la dérobée), puis qu’il est affamé (la nourriture qu’il s’achète en plus avec l’argent providentiel). Dans la galerie des glaces, ce ne sont pas les miroirs qui trompent l’œil mais l’opposition entre la promesse du décor (l’Arche de Noé) et son contenu. À l’intérieur, les miroirs réfléchissent à l’infini, démultipliée et éclatée, une image de soi. Il n’y a plus de place pour l’Autre, le reste de la communauté des hommes et le monde animal. La galerie des glaces sera un refuge provisoire, sans avenir, car le monde du cirque sera ce vrai lieu conforme à cette vitrine de spectacle enforme de ce décor de bateau : l’humanité retrouvée, la cohabitation heureuse, magiquement pacifique, avec l’espèce animale (la scène avec le lion en cage).
D’emblée, le cirque est ce monde de l’autre côté de la passerelle, et le spectacle, par le biais de ce décor singulier, est associé à l’invitation au voyage : larguer les amarres d’un quotidien difficile et désespérant, partir au loin pour tout oublier. Sauf que chez Chaplin, essence de son art, le spectacle ne se détache jamais entièrement de la réalité car, par le rire, il y ramène tout le temps.
La scène dans la galerie des glaces, où le corps est reflété dans une mosaïque d’images, est la mise en perspective des multiples identités biographiques et cinématographiques de Chaplin. Il y a d’un côté la figure complexe de Charles Chaplin, l’homme à la ville, connu et attaqué à l’époque par les ligues puritaines pour ses problèmes conjugaux (nombreux divorces) et critiqué pour ses engagements politiques (ses sympathies pour le régime soviétique qui lui vaudront de sérieux ennuis au moment du maccarthysme), et l’artiste, tour à tour acteur, réalisateur, musicien et ici chanteur, sans oublier l’homme d’affaires indépendant, producteur de ses films et propriétaire d’un studio qu’il a fait construire à Hollywooden 1916. De l’autre côté, il y a la figure simple et mythique, universellement connue : Charlot, l’homme à la canne et au chapeau melon, les mimiques, le langage du corps qui a franchi toutes les barrières des langues. Dans la galerie des glaces, la relation duelle entre Charles Chaplin et sa légende vivante, Charlot, est gravement perturbée. La confusion identitaire est souvent le moteur et le sujet de nombreux films de Chaplin. André Bazin, dans un célèbre texte, disait que Chaplin a fait Le Dictateur pour récupérer la moustache de Charlot qu’un mauvais autre, Adolf Hitler, lui avait volée, faisant du tort à son image. Hitler, aux yeux de Chaplin – ils sont tous les deux nésen 1889 – est un double imposteur. Accessoirement, parce qu’il a attenté à la personne de Charlot : le plagiat et la confusion de la moustache. Profondément, parce qu’il s’en est pris à l’humanité tout entière. L’identité et sa confusion est également le sujet de Monsieur Verdoux où la femme du héros ainsi que la police ignorent les multiples rôles et noms d’emprunts de Verdoux au gré de ses conquêtes féminines. Dans la galerie des glaces, Charlot ne se retrouve pas seul car il est poursuivi par un policier. On peut voir dans cette course-poursuite diffractée en des points multiples le rappel emblématique, à partir de son noyau originaire minimal (Charlot et le policeman), de ce que furent les multiples courts métrages burlesques de Chaplin qui, autour de cette situation à répétition, de film en film, contribuèrent à sa gloire. On peut y voir également, puisque ce décor est un lieu de transition entre la réalité extérieure et l’autre monde à venir, celui du cirque, un hommage en forme d’adieu à un monde cinématographique passé, en constante évolution.
Petite bibliographie
— Charles Chaplin, Histoire de ma vie, Robert Laffont,1964. Rééd. récente.
— David Robinson, Charles Chaplin, sa vie, son art, Ramsay, 1987.
Deux ouvrages indispensables et complémentaires. Le livre de David Robinson est la bio-filmographie la plus documentée et la mieux informée.
— Jean Mitry, Tout Chaplin, Seghers, 1972. Rééd. Atlas/Lherminier, 1987.
— Georges Sadoul, Vie de Charlot, Lherminier, 1978.
Deux classiques, complémentaires et nécessaires.
— André Bazin, Éric Rohmer, Charlie Chaplin, Ramsay, « Poche Cinéma », 1985. Préface par François Truffaut. Contient également un texte de Jean Renoir : « Non, Monsieur Verdoux n'a pas tué Charlie Chaplin ! »
Uniquement sur le Chaplin du parlant mais de loin l’ouvrage le plus éclairant.
— Charlie Chaplin, Cahiers du cinéma, 1987.
Ouvrage collectif, nombreux textes et témoignages, filmographie commentée.
— Chaplin et les femmes de Nadia Meflah, Éditions Philippe Rey, 2007.
Une biographie romancée, où l’auteure décrit avec précision, à grand renfort d’anecdotes et de citations, une destinée vouée passionnément au 7e art et aux... femmes ! Un livre très original.
La chanson du génériqueSwing little girl,
Swing high, to the sky,
And don't ever look at the ground.
If you're looking for rainbows,
Look up to the sky.
You'll never find rainbows
If you're looking down.
Life may be dreary,
But never the same
Some day, it's sunshine,
Some day, it's rain.
Swing little girl,
Swing high, to the sky,
And don't ever look to the ground,
If you're looking for rainbows,
Look up to the sky.
But never, no never look down.
Balance-toi, petite fille,
Vole haut vers le ciel,
Et ne regarde jamais vers le sol…
Si tu cherches des arcs-en-ciel,
Vers le ciel lève ton regard.
Jamais tu ne trouveras d'arcs-en-ciel
Si tu regardes vers le sol…
La vie peut être triste,
Mais elle n'est jamais pareille,
Des fois il fait soleil,
Et des fois il pleut…
Balance-toi, petite fille,
Vole haut vers le ciel,
Et ne regarde jamais vers le sol…
Si tu cherches des arcs-en-ciel,
Vers le ciel lève ton regard,
Mais jamais, jamais ne regarde vers le bas.

