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Générique
À partir de 7 ans, du CE1 au CM2
Mike Newell, Grande-Bretagne, 1993, 100 minutes, couleurs.
Titre original : Into the West (Vers l’Ouest).
Réalisateur : Mike Newell.
Scénario : Jim Sheridan, d’après le livre de Michaël Pearce.
Image : Tom Sigel.
Décors : Jamie Leonard.
Montage : Peter Boyle.
Musique : Patrick Doyle.
Produit par Jonathan Cavendish et Tim Palmer.
Distribution en France : MK2.
Interprétation : Papa Riley : Gabriel Byrne. Kathleen : Ellen Barkin. Ossie : Ciarán Fitzgerald. Tito : Ruaidhrí Conroy. Le grand-père, Ward : David Kelly. Tracker : Johnny Murphy. Barreller : Colm Meaney Hartnett : John Kavanagh. L’inspecteur Bolger : Brendan Gleeson. Le commissaire O’Mara : Jim Norton.
Résumé
Un cheval blanc, adopté par un vieux nomade – ou plutôt, n’est-ce pas lui, cet animal venu de nulle part, qui adopte le vieux nomade ? – est recueilli par les deux petits-enfants du vieil homme, Tito et Ossie, et installé dans l’appartement d’une cité populaire où ils habitent avec leur père, « Papa Riley ». Celui-ci, en effet, à la mort de sa femme, survenue lors de la naissance d’Ossie, a abandonné l’errance de ses ancêtres pour se sédentariser. Il vit désormais dans un faubourg de Dublin, de petits trafics et de minables escroqueries à l’aide sociale. Et il s’enfonce dans l’ivrognerie. Naturellement, la présence d’un cheval, si elle est normale dans un camp de gens du voyage, pose quelques problèmes dans le « deux pièces » d’une grande cité. Émoi des voisins, pétitions. La police vient finalement embarquer l’animal et un policier véreux en profite pour le revendre à un propriétaire de haras. Désespérés, les deux gamins cherchent le cheval. L’ayant enfin découvert sur un champ de course où il participe au championnat national de saut d’obstacles, ils l’enlèvent à la barbe de son entraîneur et s’enfuient avec lui. Commence une longue poursuite, où sont engagés tout à la fois les policiers, les hommes de main du propriétaire de haras, et le père des deux enfants aidé par un ami et une jeune femme. Ils rattraperont les enfants et le cheval, au bord de la mer. Mais, alors que le père sauve de la noyade son plus jeune fils resté jusqu’au bout sur le dos du cheval, celui-ci disparaît dans les flots d’où on l’avait vu comme surgir au début du film. Cette longue traque aura été une belle aventure pour les deux enfants, qui se seront pris, le temps de leurs chevauchées dans la campagne irlandaise, pour les cow-boys dont ils ne se lassaient pas de suivre les aventures à la télévision. Mais elle aura été aussi beaucoup plus que cela : c’est elle qui va leur permettre de retrouver l’amour de leur père, que l’angoisse aura lancé à leur recherche. Il reprendra la route, avec eux et tous les siens, après avoir, comme le veut la coutume des gens du voyage, fait brûler la roulotte où sa femme était morte. Alors peut commencer une vie nouvelle.
Note d'intention
Les thèmes abordés dans Le Cheval venu de la mer sont existentiels : quête de la mère disparue, aventures, errance, liberté, recherche de l'origine… S'il ramène au conte de fée, avec son cheval blanc doué de pouvoirs merveilleux, le film s'accroche au réel et dénonce le racisme dont sont victimes les Tinkers (gens du voyage) en Irlande. À côté d'une description presque rude, réaliste, du monde ravagé où vivent le père et ses enfants, contrastant avec celui des gens du voyage, une plongée dans l'univers de la télévision montre le western comme sortie de secours, porte magique devant laquelle rêvent les deux petits garçons… Et quand le cheval blanc les emporte pour une course onirique et aventureuse, il emporte avec lui tout l'imaginaire du jeune public.
Mots clé
Racisme, chevelure, mère, exclusion, légende, western, liberté, cadet/aîné, clan, sauvé de la noyade, séance de cinéma, nomades, télévison, mer
Un cheval nommé liberté
Extrait du Point de vue.
Cahier de notes sur...
écrit par Émile Breton
Conte de fées, puisqu’il met en scène un cheval aux pouvoirs en quelque sorte magiques, Le Cheval venu de la mer est aussi un témoignage sur le racisme dont les « Tinkers » (qui sont des nomades mais pas des Gitans, on le verra dans les « Promenades pédagogiques ») sont l’objet en Irlande. C’est également, et tout aussi fortement, une plongée dans les rêves d’enfants nourris par leur grand-père des antiques mythes que les « gens du voyage » se transmettent de génération en génération et, par la télévision, des visions de grands espaces où chevauchent, libres, cow-boys et Indiens. Ce va-et-vient entre la légende, la réalité et le rêve fait le prix du film, par ailleurs mené et monté rapidement, en plans courts ménageant de multiples rebondissements, comme le grand récit d’aventures qu’il est, sur le modèle justement des westerns que ces gosses adorent. Ces va-et-vient constants ne touchent pas seulement la construction du scénario qui passe d’un niveau à l’autre, mais se retrouvent à l’intérieur des séquences elles-mêmes, où il n’est pas toujours aisé de déterminer si l’on se trouve dans le conte, dans le réel ou dans les fantasmes des deux enfants jouant aux Indiens et aux cow-boys. Ainsi, dans une séquence qui, très volontairement, démarre sur un plan archi-répété dans les westerns, de silhouettes de cavaliers se détachant à contre-jour dans les lointains d’une crête de colline, l’équivoque sera jusqu’au bout entretenue sur le « gibier » que poursuivent ces cavaliers. Si le spectateur sait en effet très vite, par leur tenue, la présence de chiens en meute, et autres détails, qu’il s’agit de participants à une chasse à courre, il croira un long moment (jusqu’à ce qu’il découvre un renard caché dans les mêmes ruines que le cheval et les deux enfants), que ce sont eux que les chasseurs traquent. Et ceci d’autant plus que tout, dans l’attitude des gamins, montre qu’ils se sentent poursuivis. Autre exemple de ces équivoques délibérément maintenues : lorsque, à la fin du film, le grand-père, croyant que son petit-fils, Ossie, ne reviendra pas à la vie, s’accroupit sur le rivage et se lamente, « Ah moi, avec toutes mes histoires », il est clair qu’une telle phrase n’est là que pour entretenir le doute sur les « pouvoirs magiques » de ce cheval qui a conduit les enfants auprès de la « Madone des voyageurs » et qui a su leur faire retrouver la tombe de leur mère. Mettant en effet lui-même en cause ses « histoires » – comme celle, qu’il conta au début du film, d’Osin, l’homme qui mourut pour avoir voulu retrouver les siens, gens du voyage, alors qu’il était promis à l’immortalité – il laisse entendre que ce sont toutes les légendes dont il a nourri Tito et Ossie qui les ont fait s’enticher de Tir na nOg qui n’était peut-être qu’un cheval comme les autres, et les ont poussés dans cette aventure…
Petite bibliographie sur les gens du voyage
Les Tinkers n’existant, on l’a vu, qu’en Irlande, on ne trouvera guère d’autres films évoquant leur sort. Par contre, dans le cinéma européen, assez nombreuses sont les œuvres traitant des Tsiganes ou des Gitans, et abordant généralement cette
question sous l’angle des préjugés racistes. On peut retenir, entre autres :
— Gipsy (The Gypsy and the Gentleman), 1957, de Joseph Losey.
C’est le troisième film que le réalisateur américain, chassé de son pays par le maccarthysme, put réaliser en Angleterre. Ce n’est pas pour sa fidélité de représentation des mœurs gitanes qu’on retiendra ce très beau film, mais pour sa peinture âpre
et belle d’un monde en décomposition. En effet, situé au XIXe siècle, Gipsyest d’abord le portrait d’un aristocrate déchu qui sera entraîné au fond de l’abjection par une belle Gitane qui l’a « ensorcelé ».
— Kriss Romani, 1962, de Jean Schmidt.
Premier film de ce réalisateur français qui devait consacrer toute son oeuvre aux «marginaux», il vaut par la proximité du cinéaste avec ceux qu’il a choisis de filmer, par le très grand respect qu’il manifeste pour eux, en un temps où le cinéma français ne se préoccupait guère de tels problèmes.
— J’ai même rencontré des Tsiganes heureux, 1967, d’Alexandre Petrovic.
Ce film yougoslave fut un des premiers à porter un regard chaleureux –bien que, à le revoir plus tard, assez prisonnier encore d’une vision folklorique– sur une communauté tsigane, vue de façon proche du documentaire.
— Les Tsiganes montent au ciel, 1975, d’Emil Lotianou.
Film soviétique plus attaché au pittoresque et aux «belles images » qu’à la vérité des situations.
— Gyuri, 1981, de Pal Schiffer.
Ce film hongrois, de « documentaire-fiction », sur les difficultés pour un jeune Tsigane hongrois à trouver du travail, est un des témoignages les plus forts qui existent sur un racisme qui n’est, on le sait, pas propre à la Hongrie. Tourné « en situation» avec des Tsiganes que le réalisateur a suivis dans leurs démarches pour trouver leur place dans une société qui les rejette, ce film aurait mérité une large diffusion dans tous les pays. Ce qu’il n’eut pas.
— Les Princes, 1982, de Tony Gatlif.
C’est l’histoire de trois générations de Gitans qui vivent dans une HLM de la région parisienne, et qui ne renoncent à rien de ce qui pour eux donne son prix à la vie : la liberté, ce qui n’est pas toujours facile. Un très beau film français du seul réalisateur d’origine gitane. À noter qu’en 1993, Tony Gatlif a réalisé un film-poème, Latcho Drom, sur les chansons tsiganes et leur cheminement depuis le Moyen Âge.
— Le Temps des Gitans, 1985, d’Emir Kusturica.
Film yougoslave. Cette histoire de jeunes «Roms» emmenés en Italie pour un sombre trafic d’enfants, est aussi un poème superbe sur une autre façon d’appréhender la vie, sur le rêve comme apprentissage de la liberté. «Je voulais, a dit Kusturica à propos de ce film, un réalisme d’où surgiraient des séquences surréalistes.» Et c’est bien ce mélange réussi qui en fait le prix.
— Parmi les articles à consulter sur Le Cheval venu de la mer, il faut citer le dossier consacré par Télérama Junior, avec le CNDP : Télérama Junior, n° 112, 12-18 mars 1994.


