- Le film
- Point de vue du Cahier de notes
- Outils
- Photos
Générique
À partir de 8 ans, du CE2 au CM2
Gene Kelly et Stanley Donen, États-Unis, 1951, couleurs
Titre original : Singing in the Rain
Scénario : Betty Comden et Adolph Green à partir de la chanson écrite par Arthur Freed, Singing in the Rain
Produit par Arthur Freed pour la Metro Goldwyn Mayer
Réalisation : Gene Kelly et Stanley Donen
Musique : Nacio Herb Brown
Paroles des chansons : Arthur Freed
Numéros réglés par Gene Kelly et Stanley Donen
Directeur de la photographie : Harold Rosson
Direction artistique (dont décors) : Cedric Gibbons et Randall Duell
Costumes : Walter Plunkett
Maquillage : William Tuttle
Son : Douglas Shearer
Montage : Adrienne Fazan
Tournage du 18 juin au mois de novembre 1951
Production : Coût : 2 540 800 dollars/ Recettes : 7 665 000 dollars
Interprétation : Don Lockwood : Gene Kelly ; Cosmo Brown : Donald O’ Connor ; Kathy Selden : Debbie Reynolds ; Lina Lamont : Jean Hagen ; R.F Simpson : Millard Mitchell ; Zelda Sanders : Rita Moreno ; le professeur de diction : Katleen Freeman ; personnage du film parlant : Julius Tannen. Avec Cyd Charisse
Toutes les chansons sont écrites par le producteur Arthur Freed sauf Moses, écrite par les scénaristes Betty Comden et Adolph Green.
Distribution : Les Films du Paradoxe
Résumé
Soir de première à Hollywood : devant une foule en délire, Don Lockwood, accompagné de l’autre star du moment, Lina Lamont, et de son ami le plus proche, Cosmo Brown, raconte au micro l’histoire – enjolivée - de sa carrière, qu’il dit dominée par un seul objectif : rester digne ! Dans sa course pour échapper à ses fans, il atterrit dans la voiture de Kathy Selden, une jeune comédienne qui le snobe. Pourtant, tous deux, sans le savoir, vont à la même soirée, chez le producteur R.F Simpson qui offre ce soir-là une démonstration de film parlant à ses invités blasés. Arrive le tour des attractions et Kathy sort d’un gâteau : elle est danseuse et non pas actrice de théâtre ! Don se moque d’elle, de colère, Kathy lui destine une tarte à la crème qui, en fait, atteint Lina. La star, furieuse, la fait renvoyer. La production cinématographique est bouleversée par le succès du cinéma sonore : le tournage du film de Don et Lina, qui était muet, est donc arrêté. Catastrophe ! Pour sauver The Duelling Cavalier, on le transforme d’abord en film parlant, mais la voix nasillarde de Lina fait tout rater. Puis, on tente le « musical ». Cosmo propose de faire doubler la voix de Lina par celle de Kathy (que Don, amoureux, a fini par retrouver). Transporté par l’amour partagé avec Kathy et probablement aussi par ce sauvetage inespéré, Don chante sous la pluie. Lina, jalouse, obtient de Simpson que sa rivale soit réduite à n’être que sa doublure.Le film sort et remporte un succès immédiat. Dans sa mégalomanie et sa bêtise, Lina veut à la fois dominer Don qui ne l’aime pas, Kathy qui a une plus belle voix qu’elle et le producteur Simpson. C’en est trop ! Le soir de la première, Don, Simpson, et Cosmo lèvent le rideau de scène et révèlent qui chante vraiment derrière, qui est donc la vraie star, Kathy. Et l’ex-chanteur de bastringue et l’ex-chorus girl vécurent heureux…
Note d'intention
Chantons sous la pluie, entremêle harmonieusement comédie musicale et comédie burlesque, avec en toile de fond, une peinture ironique et drôle de la fin du cinéma muet. Le scénario, qui reprend le schéma classique de la préparation d’un spectacle à partir de l’itinéraire d’une débutante, sert de fil conducteur à la mise en place de longues séquences chorégraphiées et chantées particulièrement brillantes : les débuts parodiés de Don, le numéro comique de Make ‘Em Laugh du comparse compositeur, la déclaration d’amour dans le studio désert, la danse en solitaire sous la pluie battante... La vitalité, la joie de vivre, l’humour de Chantons sous la pluie en font une des comédies musicales les plus achevées du genre.
Mots clé
Hollywood , comédie musicale, joie de vivre, trucage, rêve, doublage, menteur, chanson, happy-end
La scène et le monde
Extrait du Point de vue
Cahier de notes sur...
écrit par Carole Desbarats
Chantons sous la pluie est peut-être un film culte parce que c’est un conte et une comédie musicale à la fois optimiste, tonique et particulièrement réussie, parce que ce musical traite bien d’un bouleversement essentiel dans l’histoire du cinéma, le passage au sonore, et aussi parce que le cœur du film, fait de danse, de chant, d’économique, d’observation documentaire, cerne pour une fois bien ce qu’est le travail du cinéma. Ce qui ne serait rien si toutes ces qualités n’étaient servies par la rencontre exceptionnelle d’artistes de grand talent, les scénaristes Betty Comden et Adolph Green, les co-réalisateurs Donen / Kelly, les interprètes, le compositeur Nacio HerbBrown, réunis autour du grand producteur Arthur Freed.
Un conte
Le dernier plan du film donne vraiment l’impression d’un conte de fées qui s’achève : main dans la main, les héros regardent l’image de légende qu’ils ont réussi à forger et s’y conforment en tous points, ils peuvent donc vivre longtemps heureux et avoir beaucoup d’enfants. Les travaux de Rick Altman ont montré que la comédie musicale se fonde sur trois sous-genres, soit, le Show Musical, – des films chantants et/ou dansants qui travaillent le monde du spectacle - ou encore le Fairy Tale Musical qui prend la tona-lité des contes de fées, ou, enfin et moins connu, le Folk Musi-cal qui s’intéresse au terroir et que Donen a lui aussi illustré dans les Sept Femmes de Barberousse. Rick Altman évoque également le fait que le Musical peut,sans perdre sa spécificité, faire appel à plusieurs codes à lafois : ainsi, dans Chantons sous la pluie, si certains éléments ont, pendant le récit, préparé cette tonalité d’un conte sans fée, ils sont à la fois puisés dans le Show Musical, dans le Fairy Tale et dans le mélodrame. C’est en particulier le cas de la radicalisation des rôles : le prince rencontre la bergère (ici, la star et a chorus girl), la méchante l’est irrémédiablement, sans nuances et jusqu’au bout sauf qu’elle est jolie, mais sa voix, nasillarde et vulgaire, dit sa vérité de sorcière, le Prince Charmant a unvaillant écuyer, Cosmo, qui le conseille et le guide dans le droit chemin tout en s’effaçant derrière lui… Le fait de prendre des personnages principaux dont le statut social est diamétralement opposé renvoie au mélodrame, par exemple. L’idéalisation des personnages (le parfait acteur-chanteur-danseur interprété par Gene Kelly, la timide débutante honnête servie par Debbie Reynolds) va également dans cesens, tout en ressemblant très classiquement au conte de fées. D’ailleurs, on peut se poser la question : Kathy Selden est-elle une Cendrillon moderne, ou, comme le dit Peter Wollen, aurions-nous à faire à une discrète adaptation de la Petite Sirène d’Andersen ? Dans son remarquable texte, ce critique suggère l’idée que, comme l’héroïne du conte, Kathy sacrifie l’un de ses attributs physiques, la voix, à son Prince. L’avantage du conte de fées est, on le sait, qu’il propose un cheminement au héros et que cet itinéraire se fraie à travers des épreuves balisées et repérables. Dans Chantons sous la pluie, l’initiation est discrète ; elle affecte un personnage que la qualité de son interprète, Gene Kelly, marque d’un fort coefficient de positivité et ce, dès sa première apparition dans le film : par son passé cinématographique, Kelly est d’emblée perçu par le spectateur comme un gentil garçon. Son cheminement va donc le mener non du mal au bien mais de la méconnaissance de certaines valeurs à leur pleine acceptation. C’est déjà là une altération de la stylisation liée au conte de fées et l’introduction d’une complexité davantage attachée à une représentationartistique. En particulier, grâce à la violette timide qu’est la femme aimée, le personnage de Don va assumer son passé, la roture de son métier et du coup va devenir meilleur comédien. Il s’agira pour lui de comprendre que le bastringue, le music hall de bas de gamme sont tout aussi « dignes» que les ZiegfeldFolies ou Broadway. Et tout cela le conduira à affirmer son amour en public, dans la scène de dénouement où une chorus girl de base devient une grande star, non sans avoir elle aussi eu honte de son travail, mais après l’avoir toutefois assumé plus vite que le héros. En fait, les deux personnages vont former un couple parce que tous deux ont accompli le même itinéraire : il n’osait pas dire qu’il avait commencé dans des bars enfumés (comme le Jackie du Chanteur de Jazz), elle prétendait être actrice de théâtre et non de cinéma. Marc Voinchet explique ici combien le thème de la dignité est essentiel dans Chantons sous la pluie. (voir page 15) En tout état de cause, si les deux protagonistes sont honteux de leur origine, il n’est pas interdit, en outre, de voir dans leur plus ou moins lente acceptation de la dignité de leur travail une métaphore du cinéma s’assumant progressivement dans ses origines plébéiennes, loin de la noblesse du théâtre…
Petite bibliographie
Sur Chantons sous la pluie
— Peter Wollen : Singing in the Rain . Editions du B.F.I. 1992. (en anglais).
— Michel Marie. Article in Allons z’enfants au cinéma ! Une petite anthologie de films pour un jeune public. Edité par Les enfants de cinéma. 2001.
— D.V.D Chantons sous la pluie. Edition Collector. 2002. (Bonus sur les grandes comédies musicales, sur Arthur Freed, une séquence non retenue…).
Sur la comédie musicale
— Patrick Brion : la Comédie musicale. Editions de La Martinière . 1993.
— Alain Masson : Comédie musicale. Editions Ramsay Poche Cinéma. 1981.
Sur le passage du muet au parlant
— Du muet au parlant. Collectif. Edité par la Cinémathèque de Toulouse et les Editions Milan.1988.
— Michel Chion : La voix au cinéma. Editions Les cahiers du cinéma. 1982.
Autres
— Contes. « La petite sirène » . Andersen. Editions du Livre de Poche.N°4262.



