Chang
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Générique

À partir de 5 ans, de la GS au CM2, 70 minutes, noir et blanc, muet.

Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack, États-Unis, 1927, noir et blanc.

Titre original : Chang a Drama of the Wilderness.
Réalisation et scénario : Merian C. Cooper et Ernest B.Schoedsack.
Image : Ernest B. Schoedsack.
Titres : Achmed Abdullah.
Musique interprétée par Fong Naam.
Production : Paramount Famous Players - Lasky Corp.
Restauration : Milestone Film & Video.
Montage : non crédité au générique.
Distribution : Les Films du Paradoxe.
Première mondiale : 27 avril 1927.
Interprétation : Kru (le pionnier), Chantui (son épouse), Nah (le fils), Ladah (la fille), le singe Bimbo, et « 500 chasseurs indigènes, 400 éléphants, tigres, léopards et autres habitants de la jungle ».

Résumé

Au nord-est du royaume de Siam, dans une petite maison sur pilotis au cœur de la jungle vivent Kru, Chantui et leurs trois enfants : Nah, Ladah, un bébé – sans oublier le singe Bimbo. Leur bonheur est cependant précaire. Leurs animaux domestiques sont protégés des prédateurs par un enclos, qu’une panthère réussit à franchir. De plus, le buffle de Kru est attaqué par un tigre. Kru se rend donc dans son ancien village pour réclamer de l’aide afin de traquer les félins. Après avoir placé une série de pièges, les hommes abattent tigres et panthères. La paix est enfin retrouvée. Durant plusieurs mois, Krulaboure une petite parcelle de terrain arrachée à la jungle, qui doit fournir le riz pour nourrir la famille toute l’année. Mais, la veille de la récolte, le champ a été piétiné. Kru découvre des traces de « Chang » (l’éléphant). Il construit une chausse-trappe géante pour le capturer. Le lendemain, avec l’aide de quelques villageois, il extrait de la fosse un éléphanteau pris au piège. Kru décide de dresser l’éléphant, afin de le faire travailler quand il sera grand. Mais, soudain,la mère de l’éléphanteau surgit pour libérer son petit. Kru et sa famille ont juste le temps de fuir avant que l’éléphante ne détruise complètement la petite maison sur pilotis. La famille traverse la jungle – rejointe par Bimbo qui avait été oublié dans la maison – et trouve refuge au village. Kru prétend avoir aperçu dans sa course à travers la jungle des traces du Grand Troupeau d’éléphants mais les anciens du village ne le croient guère. À ce moment, surgit le Grand Troupeau, qui dévaste entièrement le village. Les villageois construisent un krall, un vaste piège aux parois de bois très solides, destiné à piéger les éléphants. Des jours et des nuits durant, les hommes dirigent les éléphants vers le krall. Les bêtes finissent par être piégées. Les éléphants vont être domestiqués pour aider les villageois. Kru repart alors avec sa famille – et un éléphant – dans la jungle, où il commence à bâtir une nouvelle maison.

Note d'intention

Chang : « curiosité », film d'aventure, film « exotique », film « d'exploration », déclinaison du bestiaire des animaux de la jungle, filmé par les réalisateurs du mythique King Kong… Une force se dégage de ce film qui a emprunté au documentaire la patience de décrire la vie quotidienne, drôle et inattendue, de la petite famille de Kru dans sa jungle sauvage et a emprunté au drame la posture du pionnier face à la vie sauvage, du tigre face au piège, du chasseur chassé… Chang fait appel au mythe, évoque les plus grands (Kipling en premier bien sûr) tout en donnant à voir le lien si familier, universel, qui unit entre eux les membres d'une même famille et fait sourire les enfants. Malgré des cartons denses et bavards, nécessitant parfois un accompagnement, c'est une œuvre à faire découvrir à tous.

Mots clé

Indigènes, bestiaire, sauvages/apprivoisés, exotisme , cruauté, chasse, famille, village, mur

La bête dans la jungle

Extrait du Point de vue. Cahier de notes sur...
écrit par Olivier Toulza

 

 

De Nanouk l’Esquimau en Homme d’Aran, de Moana en Louisiana Story, le film de « voyage », d’« exploration », connaît son heure de gloire dans les années 1920 où il en vient presque à constituer un genre à part du cinéma; il lancera ses derniers feux dans les années 1930 avant la Deuxième Guerre. Les quatre films cités furent tous réalisés par Robert J.Flaherty, le maître du genre, qui se voulait « d’abord un explorateur, et réalisateur de films longtemps après ». Un autre cinéaste (l’Allemand Murnau en 1931) partit pour un voyage à la Flaherty dans les mers du sud et en ramena Tabouqui reste « le plus grand film du plus grand auteur de films». De Flaherty à Murnau, un déplacement s’opère, la visée du film d’exploration s’infléchit pour refléter l’esprit occidental, la tragédie des mers du sud prenant des accents de tragédie grecque... Citons encore Maurice Schérer – alias Éric Rohmer – qui ajoute : « Je ne connais, en ce siècle, pas d’œuvre qui porte plus profondément l’esprit de l’Occident. » Le genre tombera ensuite en désuétude : «[...]après, et endépit d’exceptions encore importantes, commence une décadence du film exotique caractérisée par une recherche de plus en plus impudente du spectaculaire et du sensationnel. Il ne suffit plus de chasser le lion, s’il ne chasse les porteurs. [...] Cela devait finir par Tarzan et Les Mines du roi Salomon. » Cela devait, tout aussi bien, commencer par King Kong et aboutir, en attendant la suite, à Jurassic Park. Il est vrai que, passé 1929, jeudi noir et Grande Crise aidant, les choses ne furent plus aussi évidentes : on avait moins peur de la bête tapie dans la jungle que des tigres qui gangrénaient un système économique et une civilisation de l’intérieur. Les choses se sont rapidement compliquées, les experts économiques en ont perdu leur latin, une once de magie s’infiltrant dans le système capitaliste au point qu’il ne parut plus limpide que les mêmes causes dussent nécessairement produire les mêmes effets. Cooper et Schoedsack ont eu le génie de fantasmer – à peine – cette situation dans un film, King Kong (1933) : on y voit une bête exotique défier l’Amérique du haut du gratte-ciel qui vient d’être édifié, l’Empire State Building ; on y voit aussi une jeune femme (Fay Wray) hurler de façon étonnament convaincante sur le pont d’un navire alors qu’on ne lui en demandait pas tant, comme si la peur, transformée en effroi, s’était purement et simplement dissociée de sa cause, le danger…

Autour du film

Un tournage épique

En 1925, Merian C. Cooper et Ernest B. Schoedsack tournent un premier film, Grass, qui décrit la transhumance des populations Bakhtiyaris en Perse : 50 000 hommes et 500 000 têtes de bétail traversent montagnes et déserts, en faisant face à des conditions climatiques difficiles. Enthousiasmé, un producteur de la Paramount, Jesse Lasky, leur laisse carte blanche pour le film suivant, que les trois hommes définissent comme « un mélodrame mettant en scène l’homme, la jungle et les bêtes sauvages ». Les voici partis pour Bangkok, capitale du Siam (aujourd’hui la Thaïlande), leur point de départ pour la région des Nan qu’ils atteignent en canoë. Ils se dirigent vers la communauté la plus isolée, qui compte entre quarante et cinquante familles. Là, les deux hommes apprennent de missionnaires vivant dans la région que, en cinq ans, quatre cents indigènes ont péri sous les crocs des tigres et autres félins : cette jungle fort peu hospitalière est l’endroit rêvé pour leur grand film d’aventure. Cooper et Schoedsack sont restés quatorze mois au Siam, dans des conditions particulièrement difficiles. Victime de la malaria, Schoedsack fut souvent dans un état proche du délire au moment de tourner, ce qui ne l’empêcha pas de réaliser des prises pour le moins audacieuses...

Pour filmer le second tigre dans la séquence de chasse, Schoedsack s’était perché au sommet d’une plate-forme de treize pieds, ayant lu que le bond du tigre ne dépassait jamais onze pieds. Excité et agacé par Schoedsack, le tigre a fait, exceptionnellement, un bond de douze pieds et demi, collant son museau contre l’objectif... tandis que Schoedsack maintenait la mise au point sur l’animal ! Schoedsack a en outre affirmé avoir guetté un mois durant au bord d’un cours d’eau l’arrivée d’un tigre, pour obtenir le très beau plan du fauve lappant l’eau avant d’attaquer le buffle. En ce qui concerne les autres félins, ils ont souvent été capturés par les deux hommes et les villageois. Au moment de la prise, la bête était relâchée à proximité de la caméra : Schoedsack actionnait la caméra, les villageois rabattaient les animaux sauvages vers celui-ci..., pendant que Cooper couvrait la scène au fusil.

Le clou du film devait être la scène finale de l’assaut des éléphants : Cooper et Schoedsack utilisèrent pour la mettre en scène le troupeau d’éléphants semi-sauvages du prince du Siam. Pour filmer les éléphants en contre-plongée, les deux hommes avaient imaginé une sorte de « bunker » recouvert de rondins enfoncés dans le sol. Une ouverture fermée ensuite d’une dalle de pierre permettait à Schoedsack de pénétrer dans l’abri, alors que la caméra était placée dans une tourelle au milieu du « bunker ». La dalle et la tourelle auraient dû détourner les éléphants – ce qui ne fut pas le cas : environ trois cents pachydermes sont passés sur la fosse avant que Schoedsack ne puisse être libéré.

 

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