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Générique
À partir de huit ans, du CE2 au CM2. 83 minutes.
Jean Renoir, France, 1932, noir et blanc.
Réalisation : Jean Renoir.
Scénario et dialogues : Jean Renoir et Albert Valentin d’après la pièce de René Fauchois. Image : Marcel Lucien.
Son : Igor B. Kalinowski.
Décor : Jean Castanier, Hugues Laurent.
Musique : Raphael, Johann Strauss.
Montage : Marguerite Houllé, Suzanne de Troye.
Production : Société Sirius (films Michel Simon).
Interprétation : Michel Simon (Boudu), Charles Granval (M. Lestingois), Marcelle Hainia (Mme Lestingois), Séverine Lerczinska (Anne-Marie), Jean Gehret (Vigour), Max Dalban (Godin), Jean Dasté (l’étudiant), Jane Pierson (Rose).
Distribution : Pathé.
Résumé
Boudu, clochard parisien, s’est jeté dans la Seine. M. Lestingois, libraire aux idées libérales, le sauve de la noyade et l’installe chez lui. Mais Boudu, c’est l’anarchie et la liberté dionysiaque : il laisse libre cours à ses instincts, ignore les convenances, scandalise les clients de la librairie, séduit la bonne et la femme de son bienfaiteur. Pour sauver les apparences et la « morale », Lestingois marie Boudu à la bonne. Mais lors d’une promenade en barque après la noce, Boudu fait chavirer l’embarcation. Profitant de la panique générale, il se laisse emporter par le courant. Il échange son frac de marié contre les hardes d’un épouvantail : Boudu recouvre sa liberté.
Note d'intention
En adaptant la pièce de René Fauchois, Jean Renoir choisit de faire du clochard Boudu le héros du film, au détriment de l’honorable M. Lestingois, personnage principal de la pièce. Le cinéaste lâche la bride au grand Michel Simon : « tout ce que peut faire un acteur dans un film Michel Simon le fait dans Boudu, tout, même les pieds au mur ! » écrit André Bazin. Comme un enfant maladroit, Boudu laisse libre cours à son naturel, qui détonne dans l’univers petit-bourgeois de Lestingois. Satire des conventions de la bourgeoisie bien-pensante, cette oeuvre tournée en 1932, techniquement très en avance sur son temps, n’a pas vieilli. La fantaisie, la liberté de ton et surtout la subversion tonique et l’improvisation boufonne de Michel Simon séduiront le jeune public.
Mots clé
Anarchie, désir, clochard, liberté, grossièreté, bourgeoisie, au fil de l'eau, chien, sauvé de la noyade, intrus, argent, théâtre , Paris
Recréer le modèle
Extrait du Point de vue.
Cahier de notes sur...
écrit par Rose-Marie Godier
Vigour
Je me demande ce que vous avez bien pu repêcher !
Lestingois
Je crois que c’est un homme !
À maintes reprises, Jean Renoir s’est exprimé sur le caractère volontairement non-fini de ses films : il faut, dit-il, qu’un film soit fini par le public, puisque, plus généralement
: « Les arts majeurs sont les arts qui permettent au public de participer à la confection de l’oeuvre d’art. » Cette exigence, qui fut celle des peintres impressionnistes, tend à faire du film, non pas le lieu clos d’une simple représentation, mais celui, ouvert, d’une rencontre. C’est dire aussi que chaque spectateur supplée à sa façon : « En réalité, poursuit Renoir, un film est autant defois un film qu’il y a de spectateurs. Enfin, si le film est bon. Si le film est trop précis, pour chaque spectateur, c’est le même film. » Dans cette perspective, Boudu sauvé des eaux apparaît déjà comme un bon film, au vu de la multiplicité des commentaires qu’il a pu susciter jusque-là. De la pièce de René Fauchois au Boudu sauvé des eaux de Jean Renoir s’opère, nous l’avons vu, une transformation qui est aussi changement de registre. Parlant de l’adaptation, Renoir adopte une fois de plus un réflexe de peintre : « Après tout, ce qui nous intéresse dans une adaptation, ce n’est pas la possibilité de retrouver l’oeuvre originale dans l’oeuvre filmée, mais la réaction de l’auteur du film devant l’oeuvre originale. (…) On n’admire pas un tableau à cause de sa fidélité au modèle, ce qu’on demande au modèle, c’est d’ouvrir la porte à l’imagination de l’artiste. (…) Le véritable artiste croit que sa fonction se borne à copier le modèle. Il ne se doute pas, pendant qu’il travaille, qu’il est en train de recréer le modèle, que ce modèle soit un objet, un être humain, voire une pensée ». C’est dans cette recréation du modèle qu’on pourrait ainsi déceler tout ce qui constitue l’originalité de Jean Renoir.
La pièce de René Fauchois qui, nous l’avons vu, comprenait à cette époque trois actes, se jouait dans un décor unique : l’intérieur de la librairie, où trônaient un buste de Voltaire par Houdon et une grande photographie de Victor Hugo par Nadar. Ce décor s’ouvrait au fond sur le quai, et une réserve y était aménagée : celle de la salle à manger. C’est dans cette salle à manger que Boudu séduisait Madame Lestingois, tandis que sur la scène principale le libraire traitait avec une ironie condescendante une cliente peu versée dans les belles-lettres. Notons que Renoir ne s’embarrasse pas de ces pudiques sousentendus : c’est dans la chambre, devant la gravure du zouave, que Boudu mène à bien son affaire. Quant à la suffisance du libraire – qui pouvait, certes, faire rire aux éclats le public plus lettré du théâtre –, Renoir l’a gentiment déplacée sur Boudu : le rire est plus franc des Fleurs du mal au magasin de fleurs et aux Fleurs du jardin, jusqu’à la scène pédante de la pièce, où Lestingois écrasait de son savoir livresque une cliente, dont l’inculture risquait fort d’être partagée par un public plus populaire. C’est dire d’emblée que Fauchois et Renoir ne s’adressent pas à un même public.
Petite bibliographie
Jean Renoir, Ecrits 1926-1971, Belfond, 1974.
Jean Renoir, Ma vie et mes films, « Champ Contrechamp », Flammarion, 1974.
Jean Renoir, Entretiens et propos, Editions de l’Etoile/Cahiers du cinéma, 1979.
Jean Renoir, Pierre-Auguste Renoir, mon père, Gallimard, 1981.
André Bazin, Jean Renoir, Gérard Lebovici, 1989.
Célia Bertin, Jean Renoir cinéaste, Gallimard « Découverte », 1994.
Claude Gauteur, Jean Renoir La double méprise 1925-1939, Editeurs Français Réunis, 1980.



