Bonjour
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Générique

À partir de 8 ans, du CE2 au CM2.

Yasujiro Ozu, Japon, 1959 94 minutes, couleur (Agfa-Shochikucolor).
Titre original : Ohayo.
Réalisateur : Yasujiro Ozu.
Scénario : Kogo Noda, YasujiroOzu.
Image : Yuharu Atsuta.
Lumière : Akira Aomatsu.
Son : Yoshisaburo Senoo.
Décors : Tatsuo Hamada.
Musique : Toshiro Mayuzumi.
Montage : Yoshiyasu Hama-mura.
Production : Shochiku – studios d’Ofuna (ShizuoYamauchi).
Interprétation : Keiji Sada (le professeur d’anglais), Yoshiko Kuga (Setsuko), Chishu Ryu (M. Hayashi), Kuniko Miyake (Mme Hayashi), Koji Shidara (Minoru, l’aîné), Masahiko Shimazu (Isamu, le cadet), Haruko Sugimura (Mme Haragu-chi, la présidente), Hajime Shirata (Kozo), Haruo Tanaka (M.Haraguchi), Eiko Miyoshi (Grand-mère Haraguchi), Masuo Fujiki (Zen’ichi), Toyo Takahashi (Mme Okubo), Eijiro Tono (M. Tomizawa), Teruko Nagaoka (Mme Tomizawa), FujioSuga (le professeur de Minoru), Kyoko Izumi (la femme «moderne»), Akira Oizumi (le compagnon de la jeune femme «moderne»)…
Distribution au Japon : 12 mai 1959.
Première distribution en France : (Paris) 12 janvier 1994.
Distribution actuelle : Carlotta Films

Résumé

Banlieue de Tokyo : de la vie de quelques familles dans un quartier de petites maisons voisines. Madame Okubo et Madame Tomizawa soupçonnent Madame Haraguchi, la présidente de l’Association des femmes – qui elle-même soupçonne Madame Hayashi sa trésorière –, d’avoir détourné l’argent des cotisations pour s’acheter un lave-linge. Sur le chemin de l’école, leurs enfants jouent à devenir pétomanes, regardent le sumo sur le téléviseur des voisins – un jeune couple «moderne» – plutôt que d’apprendre leur leçon d’anglais, et Minoru et Isamu, les deux garçons de Madame Hayashi, réclament à cor et à cri une télévision. Setsuko, la sœur cadette de Madame Hayashi, confie au beau professeur d’anglais au chômage des traductions professionnelles. La présidente se rend chez sa trésorière et l’accuse à mi-mot de mentir, avant de découvrir que sa propre mère, une femme âgée, avait omis de lui remettre les fameuses cotisations. Elle retourne s’excuser, l’incident paraît clos. Le soir, Minoru, l’aîné, réclame encore une TV, défie l’autorité de son père en critiquant ouvertement l’hypocrisie des relations quotidiennes entre adultes et décrète, suivi par son frère, une grève illimitée de la parole. Le lendemain matin, ils ne disent même pas «bonjour» à Madame Haraguchi, persuadée d’être victime de l’affaire des cotisations. Pendant ce temps, Setsuko continue d’apporter du travail au professeur d’anglais, Monsieur Hayashi craint en achetant un téléviseur d’être atteint du «syndrome d’abêtissement collectif» et les enfants gardent le silence chez eux comme en classe. Le dimanche, le couple «moderne» prépare son déménagement, Setsuko étend du linge et le maître d’école de Minoru vient frapper à la porte. Les enfants en profitent pour fuguer. Le soir venu, c’est le professeur d’anglais qui les retrouve et les ramène à domicile. Et dans le couloir : un grand carton contenant une télévision que Monsieur Hayashi a achetée à Monsieur Tomizawa, un retraité déprimé reconverti en représentant d’appareils électriques. Minoru et Isamu cessent leur grève sur le champ et, le lendemain matin, adressent un grand «bonjour» à Madame Haraguchi qui, décidément, n’y comprend plus rien. Sur le chemin de l’école, les enfants jouent encore, avec plus ou moins de succès, à devenir de grands pétomanes.Sur le quai, en attendant le train, Setsuko et le professeur d’anglais se rapprochent et parlent du temps qu’il fait. Les caleçons du fils de la présidente – qui s’est trop appliqué au jeu des pets… – sèchent au vent.

Note d'intention

Le personnage principal de Bonjour, c’est la télévision qui fait son entrée dans les foyers japonais à la fin des années 50. Les deux frères malicieux, Minoru et Isamu, en réclament une à leurs parents réfractaires, leur dessein sera désormais de les convaincre. Usant de tous les stratèges, ils finiront par imposer l’objet symbolique des temps modernes au milieu du salon.
Avec son talent inégalable de moraliste, Yazujiro Ozu choisit une fois de plus d’observer le quotidien pour le transfigurer en fiction populaire.

Usant des ficelles du genre burlesque, il aborde grâce au rire des thèmes importants comme la vie de famille, l’essor de la société de consommation, les problèmes de voisinage, les conflits générationnels, etc.

Mots clé

Burlesque, fossé générationnel, petite bourgeoisie, fugue, grossièreté, télévision, enfants/parents, voisinage, peinture de mœurs, rébellion

Les drôles d’espaces de la parole

Extrait du Point de vue. Cahier de notes sur...
écrit par Bernard Benoliel

 

 

En 1960, Yasujiro Ozu évoque nombre de ses films pour la revue japonaise Kinema Jumpo, et parmi eux Bonjour tourné l’année précédente : « J’ai pensé à cette histoire pendant longtemps. On peut bavarder à l’infini sur des choses insignifiantes, mais quand on arrive à l’essentiel, il est très difficile de dire quoi que ce soit. Je voulais faire un film sur cela bien que sachant qu’il serait très difficile d’exprimer ce genre de situation.(…) Au début, je pensais que cette histoire pourrait être plus calme et plus sobre. Mais professionnellement, comme je pensais à faire de l’argent, j’ai rendu l’histoire plus humoristique. En fait, il serait plus juste de dire que je désirais que les gens viennent voir ce film plutôt que de faire de l’argent. »

 

Relations et dépendances

Ces propos d’Ozu rappellent au premier abord une des belles singularités du cinéaste : loin de traiter de sujets spectaculaires, un désir au contraire d’observer avec insistance la vie quotidienne pour la transfigurer en fictions populaires. Des propos qui invitent aussi à penser que le sujet principal de Bonjour serait incarné par deux personnages en particulier, pas forcément les plus en vue dans le récit (mais on verra la valeur toute relative de cette dernière impression) : le professeur d’anglais et la jolie Setsuko, deux jeunes personnes timides qui éprouvent sans doute la naissance de l’amour en leur for intérieur, n’en laissent rien paraître (sauf une affabilité accentuée et réciproque) et recourent à des conversations passe-partout plutôt que d’oser un aveu : « On peut bavarder à l’infini sur des choses insignifiantes, mais quand on arrive à l’essentiel, il est très difficile de dire quoi que ce soit. » Et ces deux personnages seraient d’autant plus le sujet principal que les noms des deux acteurs: Keiji Sada dans le rôle du professeur et Yoshiko Kuga dans celui de la jeune femme, vedettes du cinéma japonais de l’époque, apparaissent les premiers au générique. Dans ce cas, et comme le dit aussi Ozu avec un repentir, la part comique de Bonjour serait venue après, en plus (plus-value), comme un ajout commercial donc et non comme l’indispensable contrepoint qu’elle représente. Car la vision de Bonjour contredit la relecture par Ozu du scénario de Bonjour : est-ce dû à la photogénie des deux garnements, en particulier à la bouille et à la gestuelle irrésistible du plus petit des deux, Isamu ? À l’effet causé par l’irruption de l’objet télévision dans l’univers codé et très « japonisant » d’Ozu ? L’impression semble bien inverse, celle d’une intrigue principale construite autour des enfants et d’une intrigue secondaire faite d’une histoire d’amour balbutiante, matière plus « ordinaire » somme toute de beaucoup de films du cinéaste. Oui, mais à la réflexion, on peut en dire autant de la télévision comme apparition d’un signe moderne dans l’espace traditionnel ; il suffit de penser au panneau « Drink Coca-Cola » sur le chemin de la plage dans Printemps tardif, à l’enseigne lumineuse « New Japan » qui ouvre Dernier Caprice ou aux images de base-ball dans Le Goût du saké. Et puis, qui dit que le ressort principal de Bonjour n’est pas plutôt le jeu du pet à la commande inventé par les enfants ou cette histoire de commères et de cotisations envolées, ou encore la crise qui couve et trouve sa forme paradoxale dans la « grève de la parole » des deux frères ?

Petite bibliographie

– Yasujiro OZU, Carnets, 1933-1963, Alive, 1996.

 

Études
– David BORDWELL, Ozu and the poetics of cinema, 1988, Princeton University Press, 1994.
– Noël BURCH, Pour un observateur lointain. Forme et signification dans le cinéma japonais, Cahiers du cinéma/Gallimard, 1982.
– Gilles DELEUZE, Cinéma 2, L’Image-temps, Minuit, 1985, p. 22-29.
– Shiguéhiko HASUMI, Yasujiro Ozu, 1983, Cahiers du cinéma, 1998.
– Youssef ISHAGHPOUR, Formes de l’impermanence : le style de Yasujiro Ozu, Yellow Now, 1994, réédité par Farrago/Léo Scheer, 2002.
– Fabrice REVAULT d’ALLONNES, Gosses de TokyoCahier de notes sur… »), Les enfants de cinéma, 1999.
– Donald RICHIE, Le Cinéma japonais, éd. du Rocher, 2005.
– Kiju YOSHIDA, Ozu ou l’anti-cinéma, Actes Sud, 2004.

 

Revues
Cahiers du cinéma, n° 286, mars 1978 (collectif) ; n° 311, mai 1980 (Alain Bergala).
Cinéma/02, automne 2001 (collectif) ; Cinéma/09, printemps 2005 (Charles Tesson).
Le Mensuel du cinéma, n° 14, janvier 1994 (Jacques Valot).
Positif, n° 203, février 1978 (collectif) ; n° 205, avril 1978 (Eithne Bourget, sur Bonjour) ; n° 557-558, juillet-août 2007 (collectif).
Trafic, n° 4, automne 1992 (Sylvie Pierre).

 

Histoire
– Edwin O. REISCHAUER, Histoire du Japon et des Japonais (1. Des origines à 1945 ; 2. De 1945 à nos jours), Seuil, 1997.

 

Filmographie en DVD
Gosses de Tokyo, Fleurs d’équinoxe, Bonjour, Fin d’automne, Dernier Caprice, Le Goût du saké (coffret Arte).
Où sont les rêves de jeunesse ?, Une femme de Tokyo, Histoire d’herbes flottantes, Récit d’un propriétaire, Printemps tardif, Crépuscule à Tokyo
(coffret Carlotta, vol. 1).
Choeur de Tokyo, Une auberge à Tokyo, Printemps précoce, Été précoce, Le Goût du riz au thé vert (coffret Carlotta, vol. 2).
Il était un père (Carlotta) ; Voyage à Tokyo (Carlotta) ; Herbes flottantes (MK2) ; Bonjour (Criterion, zone 1).
Sans oublier Tokyo-Ga, un documentaire de Wim Wenders, réalisé en 1983 (Bac Video) ) et, en 2003, le film de Hou Hsiao-Hsien, Café Lumière (TF1 Vidéo).

 

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Photos du film

Les enfants de cinéma

 

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