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Générique
À partir de 8 ans, du CE2 au CM2.
Version française ou version originale sous-titrée, 135 minutes.
Luigi Comencini, Italie, 1972, couleurs.
Titre original : Le avventure di Pinocchio.
Réalisation : Luigi Comencini.
Scénario : Suso Cecchi d’Amico et Luigi Comencini (adapté de Le avventure di Pinocchio, de Carlos Lorenzini, dit Collodi.)
Image : Armando Nannuzzi.
Son : Giorgio Paliotta
Musique : Fiorenzo Carpi
Montage : Nino Baragli
Production : RAI, ORTF, Bavaria Film, Sam Paolofilm-Cinepat.
Interprétation : Nino Manfredi (Gepetto), Andrea Balestri (Pinocchio), Gina Lollobrigida (la Fée Turquoise), Franco Franchi (le Chat), Ciccio Ingrassia (le Renard)...
Distribution : Cinéma Public Films
Résumé
Gepetto, menuisier veuf et sous-prolétaire d’un petit bourg de Toscane à la fin du XIXe siècle se fait offrir par son voisin une bûche de bois envoûtée et espiègle qui parle, proteste et vole toute seule. Il en tire une marionnette articulée destinée à remplacer le petit garçon qu’il n’a jamais eu. Une fée visite le pauvre logis et donne apparence humaine au fantoche, en le menaçant d’un retour à l’état d’objet s’il n’était pas en tout point un fils obéissant et soumis à son père. Ce ne sera jamais le cas : Pinocchio se rendra plus d’une fois innocemment coupable vis-à-vis de l’ordre social, et sera souvent la victime naïve des exploiteurs, laissé à ses régressions douloureuses par une fée qui l’observe ou le punit et un père aimant mais impuissant.
Note d'intention
Le conte de Carlo Collodi, chef d’oeuvre de la littérature enfantine mondiale, a beaucoup été adapté, dans l’édition, le théâtre, le cinéma. En 1940, les studios Disney sortaient leur second dessin-animé Pinocchio, une version dévoyée, édulcorée et moralisatrice du récit italien. Comencini, grand cinéaste de l’enfance, réalise lui une adaptation fidèle à la lettre du texte italien mais très libre et interprétative dans son esprit. Son film, sorte d’antithèse du Walt Disney, insiste sur la liberté, l’insoumission de Pinocchio en refusant de faire l’apologie de l’obéissance.
Mots clé
Éducation, école, parents, fée, misère, rébellion, mensonge, baleine, décors, tombe, sauvé de la noyade, créateur/créature
Le don de soi : Gepetto et Pinocchio
Extrait du Point de vue
du Cahier de notes sur...
écrit par Hervé Joubert-Laurencin
Gepetto est incontestablement le personnage du sacrifice. Il incarne à la fois le héros de l’humilité et le martyr de la paternité, à la limite de la caricature. La beauté de son caractère réside dans sa traduction concrète : vendre sa casaque, ne garder pour soi que les restes de la poire, puis la céder à son affamé de fils, jusqu’à ses épluchures, se jeter littéralement à l’eau, puis dans la gueule du monstre. Pinocchio, quant à lui, apparaît d’abord comme une inversion de son père : un égoïste et un voleur qui prend ce qui ne lui est pas dû. Pourtant, très vite il est plutôt amené à perdre ce qui lui a été donné, et cela presque toujours parce que, cette fois en bon fils de son père, il a voulu, pour le bien, « donner tout ce qu’il avait » [...] Enfin, il n’hésite pas à aliéner sa liberté, récemment découverte, en allant à l’école, dans l’espoir de retrouver son père, et se jette à l’eau, comme l’avait fait celui-ci, sans hésitation. Le père et le fils partagent donc la particularité de ne rien posséder et de donner beaucoup. Ce qui les rassemble est donc l’amour, dont une des définitions célèbres est, justement, de donner ce qu’on n'a pas.
Petite bibliographie
En français
— Carlo Collodi, Pinocchio, nouvelle traduction intégrale de Jean-Paul Morel, illustrations de Jean-Marc Rochette, Casterman 2000.
Une magnifique édition, qui suit intégralement le rythme du feuilleton original, dans une traduction qui prend en compte toutes les variations de la langue raffinée ou populaire que Collodi se plaisait à utiliser.
— Carlo Collodi, Les Aventures de Pinocchio : en poche et texte intégral, entre autres aux éditions des Mille et Une Nuits (illustrations de Attilio).
En italien
— Le avventure di Pinocchio, en poche, entre autres dans la collection Oscar Mondadori
(illustrations de Enrico Mazzanti, de la première édition en volume), avec en appendice le détail des variantes entre l’édition en feuilleton et en volume, et une note sur les illustrateurs.
Quelques articles essentiels sur le film
— Jacques Lourcelles, « À la recherche de Pinocchio », Fiction, octobre, novembre et
décembre 1973.
— À défaut, consulter la notice très précise du même auteur dans son Dictionnaire du cinéma, Les films, Robert Laffont, 1995.
— Robert Benayoun, « Un Émile à rebours », Positif n°157, mai 1974, pp. 45-48.
— Jean Narboni, « Il n’y a de cause que de ce qui cloche (À partir des Aventures de Pinocchio de Luigi Comencini) », Cahiers du cinéma n° 265, mars-avril 1976.
De et sur Comencini
— Jean A. Gili, Luigi Comencini (monographie), Edilig, 1982 (contient en annexe « Trois ans de travail (Journal de travail de Pinocchio) », pp. 107-110).
— Entretien avec Luigi Comencini in Aldo Tassone, Le cinéma italien parle, Edilig, 1982,
pp. 87-95, et surtout pp. 92-93.
Pour un commentaire philosophique poussé de l’épisode du Pays des Merveilles
— Giorgio Agamben, Enfance et histoire, Payot, 1989, chapitre : « Le pays des jouets. Réflexions sur l’histoire et le jeu », pp.83-109.



