Rébellion

Corpus de films : L’Argent de poche, Les Aventures de Pinocchio, Les Aventures de Robin des bois, Bonjour, Gosses de Tokyo, Paï, Le Roi et l’Oiseau, Zéro de conduite.
En préambule, voici quelques points de définition et de réflexion :

Les enjeux dramatiques de la rébellion :

Rébellion contre sa famille, pour une bonne cause, pour dénoncer quelque chose. Dénoncer son désaccord face à un ordre social, des coutumes ancestrales. Dans tous les cas, manière de pointer l’exaspération d’une tradition sociale/cultuelle. La société doit évoluer, elle est en gestation.
Rébellion contre sa famille pour une cause moins noble : refus pur et simple de l’obéissance par manque de maturité, volonté farouche de posséder une télévision par exemple dans Bonjour. Point de départ d’un apprentissage, d’une quête.
Rébellion prend une dimension politique. S’insurger contre l’ordre établi, contre la dictature. Enjeu de plus grande envergure.

Les formes de la rébellion :

Le chahut, la désobéissance, le silence, la provocation, le combat, le motif de l’hubris (le héros rebelle).
Chaque forme de rébellion est décrite en fonction des films (cf. ci-dessous).
Les grandes figures du rebelle.
Incidences sur le style du film. Zéro de conduite, cinéma avant-gardiste, contre le cinéma des pères.
L’Argent de poche, une tension permanente. Un cinéma à fleur de peau.

Conclusion:

Qualité de ce corpus de films : une réflexion sur la légitimité de la révolte. Les héros doivent se rebeller pour faire évoluer les mœurs, pour s’émanciper. Pour la plupart, ils sont jusqu’auboutistes, ne lâchent rien. C’est la caractéristique du rebelle, il croit défendre une grande cause, ou alors il le fait inconsciemment, au nom de sa morale, de ses principes. Mais son comportement a une influence sur le cours des événements.

 

Détails des films :

Les Aventures de Pinocchio
Il se rendra innocemment coupable vis-à-vis de l’ordre social et de l’ordre parentale : voleur de nourriture et écolier fugueur, Pinocchio fait des bêtises. Personnage rebelle sans s’en rendre compte. En révolte en permanence, c’est lié à sa personnalité, à son âge, à son manque de maturité. Ce comportement va déterminer son émancipation. C’est un récit d’apprentissage ayant pour leitmotiv les accès de rébellion du jeune garçon ou les actes de perversion à son encontre. Pinocchio se bagarre comme un enfant pauvre se bagarre dans la vie. Le film est une allégorie de la difficulté de vivre, la désobéissance comme refus de l’ordre social établi, du fatalisme de sa condition sociale.
Une scène emblématique de la rébellion :
Séquence 7 (00.25.10) : le grillon lui fait la morale et le menace d’être transformé en bourricot. Mécontent, Pinocchio lui lance une cuiller qui brise le portrait de la femme défunte de Gepetto. Punition immédiate : il se brûle les pieds dans le feu car il est redevenu marionnette.

Les Aventures de Robin des bois


Robin des bois est un homme du peuple, il outrepasse ses prérogatives de héros commun des mortels pour défier l’ordre en place. Robin des bois, représentant du peuple veut que leur bon roi, Richard cœur de lion, reprenne ses pouvoirs. Le pouvoir en place, dirigé par Jean frère du roi, et Sir Guy de Gisbourne, est corrompu et c’est une vraie révolution que notre héros essaie de mettre en branle. Rebelle des temps modernes, Robin des bois applique à la lettre l’article 35 de la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen du 24 juin 1793 : « Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l'insurrection est pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »
Robin des bois est un rebelle pour la bonne cause.
Séquence 12 : Robin s’invite au banquet organisé par Jean. En tant qu’invité-surprise, il défie Jean en balançant le cerf tué par son associé sur la table du festin. Il dit « De la part de Richard, que Dieu le bénisse ! ».

L’Argent de poche
Il y a cette scène de chahut dans le réfectoire de la colonie de vacances, juste après que Patrick a échangé un baiser avec la jeune fille dans les escaliers. Ce moment de liesse collective marque le passage du jeune homme dans le monde adulte, il quitte l’enfance dans un grand fracas.
La figure du rebelle est incarné par Julien, exclu social, agressif parce qu’en rupture de communication. Julien vit dans une cabane en bois, sa mère est alcoolique, elle le bat souvent. Julien est différent, son comportement le rend hostile et impopulaire auprès de ses camarades.  C’est la révolte, la débrouillardise, l’enfant souffrant.
La révolte ici traduit une souffrance, une insouciance volée trop tôt à l’enfance. Julien est la figure de l’enfant-adulte révolté.
Séquence 47 (1.23.05) : Julien dort en classe. Le concierge vient chercher les élèves pour la visite médicale, Julien refuse d’y aller, il refuse ensuite de se déshabiller devant l’infirmière. Le spectateur découvre par la suite le drame : le corps de l’enfant est couvert d’ecchymoses et de brûlures.

Bonjour


Le drame est simple : les enfants veulent une télévision, ils mèneront la vie dure à leur parent tant que leur désir ne sera pas satisfait. Grève de la faim, grève de la parole… nos petits rebelles ont des ressources pour faire craquer leurs parents. Petit clin d’œil à l’incongruité de nos sociétés de consommations, un acte de rébellion consiste à réclamer un bien matériel. Dans Bonjour, les enfants ne veulent pas être soumis à l’autorité de leurs parents, ils sont déterminés, coûte que coûte, ils auront leur télé ! A travers les affrontements entre enfants et parents, Ozu pointe du doigt avec humour les problèmes de communication liés au fossé générationnel.
Séquence 16 (36.57) : Minoru et Isamu décrètent une grève de la faim. L’un et l’autre battent des pieds et poussent des cris.

Gosses de Tokyo
Le chef de famille est malmené. De condition sociale modeste, il est sujet aux moqueries de son patron et des collègues. Ses deux jeunes filles éprouvent une grande honte de cette situation, ils jugent leur père responsable de cet affront et décident de lui en tenir rigueur : ils chahutent l’ordre paternel. Les fils et le père s’affrontent. Les enfants font l’école buissonnière, ils refusent également de manger.
Petit drame de la vie familiale et quotidienne, cet acte de rébellion à l’encontre de l’autorité paternelle dénonce les clivages sociaux d’une société traditionnelle.
Séquence 29 (1.03.11) : à la maison, les fils boudent leur père, lui tournent le dos, ignorent sont cadeau (un paquet de gâteaux), et tapent des pieds. L’aîné lui lance : « Tu nous dis d’être importants, mais tu es rien moins qu’important. »

Paï


ou la figure féminine de la Rebelle !
Paï refuse catégoriquement les codes de la société et l’héritage culturel ancestrale que son grand-père ne veut inculquer qu’aux jeunes garçons du village. Pourquoi une fille ne deviendrait-elle pas l’héritière spirituelle de son grand-père ? A force de persévérance et d’entêtement, la petite fille courageuse parviendra à ses fins.
Ce beau film initiatique met en valeur les vertus de la révolte : l’entêtement d’une petite rebelle peut faire évoluer les mœurs d’une société sans se couper de ses fondements culturels. Et la femme trouve toute sa place dans cette évolution constructive.
Séquence 21 (35.55) : A l’intérieur du bâtiment, le grand-père enseigne aux garçons du village les paroles du chant sacré de Païkea. Cachée à l’extérieur, près de la fenêtre, Paï écoute et apprend…

Le Roi et l’Oiseau
Véritable allégorie politique, ce film fustige l’oppression des despotes. La rébellion traduit le refus d'obéissance à une autorité jugée illégitime. Le Roi et l’Oiseau est une satire.
Séquence 26 (63.10) : l’Oiseau dresse les lions contre le roi pour sauver la Bergère. Un feu d’artifice tiré en plein jour apporte le bouquet final à cette fête gâchée par l’irruption des insurgés.

Zéro de conduite


Et pour finir, voici le film emblématique de la Rébellion : Zéro de conduite !
Véritable leitmotiv du film, le thème de la désobéissance est omniprésent. Les enfants désobéissent aux parents. Pensionnaires, ils désobéissent à l’ordre scolaire, il n’y a pas de limite ! Attention, la révolution n’est pas loin !
Véritable pamphlet politique, ce film est aussi une subversion esthétique. Jamais, la forme n’aura épousé le fond avec autant d’attention.
Zéro de conduite est un film de rebelle contre les pères/paires du cinéma français. Avant-gardiste et iconoclaste, il offre au spectateur une véritable mise en scène du thème de la rébellion !
Séquence 21. (33.25) : l’heure de la révolte a sonné, c’est le chahut dans le dortoir ! Le chahut le plus esthétique et le plus poétique qu’on ait pu voir au cinéma !

 

Delphine Lizot